le blog elevergois
Ce peintre brésilien que les salles parisiennes de l'UNESCO nous offrent comme une révélation, sont un éloge de pure grâce à la peinture qui se veut l'éclaireuse hardie de nouveaux mondes. Appartenant à l'Abstraction Lyrique, Antonio Bandeira, compagnon de route de la Seconde Ecole de Paris, donne à voir une intensité qui brûle, qui va d'emblée retrouver l'essence des couleurs, libres et sensibles comme est la couleur sur la chair vive des pétales, faisant resonner ses espaces avec un timbre d'une tonalité vivante, et qui enchantent, en un mot c'est à couper le souffle.
Né au brésil à Fortaleza en 1921, Bandeira trouva sa voie auprès du peintre allemand Wols (peintre de l' informel à la vie de bohême magique et splendide), et inscrivit son territoire auprès des Estève, Manessier, Poliakoff, et autres Hartung, héros d'une peinture-peinture généreuse en couleurs, dans la petite vingtaine d'années qui suivit la fin de la guerre. C'est surtout par une finesse du « toucher » comme on dit en termes pianistiques, par une approche certes informelle mais très rigoureuse dans ses codes, sa géométrie, ses traits de délimitation calligraphique vraiment inspirés, que Bandeira s'impose au regard. Et s'il est vrai qu'on ne peut manquer d'évoquer à son sujet l'oeuvre d'un Klee, des échos d'André Masson et des rapprochements (analogiques uniquement) avec Vieira da Silva, il y a chez Antonio Bandeira un intense tempérament de découvreur .
La capacité à refonder son style de façon virtuose en créant à chaque nouvelle étape un espace maîtrisé, fait de cet artiste une sorte de prophète qui éveille à volonté et indéfiniment des espaces inconnus. Et par ce moyen, le peintre provoque une surprise heureuse dans chaque toile. Une petite série de cathédrales informelles, brumeuses et striées de grésil éclatant en fine poussière, repoussant la façade de l'édifice dans d'incroyables noces avec la gangue de l'atmosphère, nous offre un tissu léger de tonalités effleurées. (« cathédrale dans la neige » 1963 - « Il neige sur Notre-Dame » 1962, ou encore « La cathédrale » 1964).
L'approche des masses à peine suggérées rend vaporeuses et irréelles les formes originales, sortes de linceuils mouchetés en voie d'effacement, mais aussi les transpose dans une évocation de formes absolument magiques. Car il faut bien à présent parler d'une intensité particulière à cet artiste.
Mainte fois célébré et honoré par des expositions ou des reconnaissnces officielles à Forteza, Rio, Sao Paolo, à la Biennale de Venise ou à Londres, et bien sûr Paris, A. Bandeira possède le génie très particulier se jouer des codes de l'abstraction en les métamorphosant à son gré avec une force quasi surhumaine. Et toujours le même bonheur accompagne le spectateur qui le suit de toile en toile. Une serie d'oeuvres ayant de vastes fonds bleus et cosmiques, qui datent de la fin des Années Cinquante, élèvent encore d'un degré l'émotion et l'ivresse créatrice de cet artiste dont la puissance et l'invention paraissent sans limites. Il y a ici comme un jaillissement, une explosion de forces célestes où le fond de l'énigme paraît être le génie du bleu décidant de tout un avenir rayonnant.
Composées en 1957, 1958, et jusqu'en 1962, des toiles ouvrant à l'imagination des allées gigantesques, pourraient constituer le coeur de cette redécouverte d'un artiste aussi doué d'invention: « Les arbres » une pièce sinueuse et toute en éclats est une réduction de l'explosion lyrique que sera « la Grande Ville » (A grande cidade), véritable mise en scène abstraite d'une cité tentaculaire qui se décompose de façon spectaculaire, cadencée, avec des passages intimistes et très tendus, qui assurent à cette ville abstraite le statut de fresque repoussant toute limite dans un grand ciel d'eau bleutée où se rencontrent les stries de toutes les comètes. C'est un festin pour le regard, une débauche d'energie heureuse où les cadences du trait assurent une orchestration magnifique. Des toiles semblables mais visant d'autres conquêtes formelles, comme « La Ville Bleue » (1958) ou « La ville illuminée en Bleu » (1962) reéditent ces tours de force lyriques qu'il nous plait de nommer « explosifs » parce que tout y circule comme une meute d'électrons de couleurs qui reconstruisent sous nos yeux des espaces absolument magiques.
Considéré sous cet angle, le tableau au sujet généreux intitulé « Primaveril » (1965 - le Printemps), avec ses rameaux d'arbre en bois noir d'où s'échappent en nuage subtil des points blancs d'amandier en fleur, est un peu l'offrande lyrique d'approche aisée de cet artiste, qui sait maîtrisier et exprimer la vie à travers une étendue de langages stylitiques toujours en progrès, toujours attentifs et inventifs, comme le fruit d'une pensée impatiente qui puise dans son ardeur des élans toujours surprenants, toujours nouveaux. Les toiles qui terminent cette exposition prouvent à quel point l'artiste-né, le peintre-révélateur est un infatigable inventeur de formes qui élévent l'esprit.
S'il est actuellement à Paris des expositions plus courues, rares sont celles qui, comme celle consacrée à ce peintre brésilien de Paris – (disparu malencontreusement d'un accident post-opératoire en 1967) – et il faut s'empresser de remercier la conservatrice, Vera Novis, pour la présentation méticuleuse de l'itinéraire du peintre, ainsi que G-P Persin, spécialiste de la période, qui, à côté des institutionnels, a fortement contribué à la mise sur pied de cette rencontre vraiment rare, et à bien des égards inoubliable.
Salles Miro de l'Unesco à Paris, de 9h à 18h – 7 place de Fontenoy – -- entrée libre sur présentation d'une pièce d'identité – tél: 01.45.68.05.23 – (catalogue bilingue) –jusqu'au 30 avril 2010 --
a paru avec l'aimable assistance des Abonnés du Monde - version élecronique - avec le lien qui suit et c'est donc le second article sur cet artiste.
http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2010/04/18/antonio-bandeira-ou-l-espace-celeste_1335463_3232.html
elevergois -- avec la rituelle pensée pour le clapot de la petite vague qui vient doucement creuser le sable des rives sur mes lacs italiens
--elevergois