le blog elevergois

 

 

 

Les ciels bleus et argentés qui se multiplient au-dessus du ruban large du courant, le long des îles où les arbres s'entremêlent et s'agitent, sont semblables à de grands pétales courbés et scintillants. Il semblent prêts à soutenir la longue caresse du vent, et cependant sont posés là, douceur de soie lente au-dessus des rives, versant sur l'inconnaissable secret des fleurs cette poussière d'air chaud parfumée des épices de l'été et de sels qui descendent de l'espace cristallin. C'est un long sable bleu qui forme comme un corps endormi en vaste courbes sur les étiers et les vases d'un Nil imaginaire qui s'évapore et songe vaguement sous les caravelles des nuages qui s'étirent, suivant l'azur liquide où tout se noie. Tout ce qui frémit sur la terre annule toutes les ombres et la lumière s'infiltre jusqu'au coeur des pierres où s'épanche la confidence des plus humbles reflets soudain riches de mystère. Le regard qui suit la lente élévation de ces châteaux indolents, de toutes ces collines de nuages qui se meuvent et qui sont la palpitation d'une âme unique, s'y mêle parfois intimement, comme en suivant le jeu voluptueux des vagues d'un grand large aux écumes couleur de lis, et toute la splendeur du monde s'y transforme. Et cette longue terre où les après-midis se recommencent, du fond de cette coupe d'indicible beauté, invite à des élans superbes pour aller cueillir la douceur des brises dans les lointains profonds.

 

 

elevergois – le texte a paru en revue – texte protégé par la revue et par les editions de Revue Europe – 2008 – texte également adressé de tout coeur aux amis de Touraine , comme chacun l'aura compris

Mer 8 jui 2009 1 commentaire

Dans une ville brûlée de lumière où elle était allée se reposer de son existence ordinaire, fantaisie pourtant lui avait pris de consulter messages et sites familiers dans un café déserté par l’heure la plus chaude de l’après-midi, celle où les Athéniens dorment. Elle erra parmi les textes d’une prose poétique serrée, survoltée d’images et saturée de couleurs, de matières soyeuses et de papillons voltigeant sur des lacs, dans les interstices de laquelle elle avait naguère aperçu son reflet. Il était clair qu’un grand ménage avait été fait, plusieurs pages avaient disparu, remisées par l’auteur sous prétexte d’embellissements futurs, en réalité, décidé à effacer un intermède étrange dans lequel elle sentait avoir — elle ou ses masques — joué quelque rôle, que l’irascible propriétaire des lieux qualifierait de quelque adjectif peu flatteur à cette heure même, si elle avait pu l’interroger en direct. Elle-même avait perdu les noms et les adresses, n’aimant rien tanr que garder un recul, une distance, alors que, précisément, elle savait qu’il avait été mille fois plus simple de dire l’exacte vérité à un inconnu que d’en dévoiler une infime part à ses proches les plus proches. Elle se sentit triste de la disparition, non de sa propre trace — les commentaires étaient d’ailleurs bizarrement restés, vides de sens —, mais des textes, dont elle avait cru avoir amorcé l’enchaînement magique, s’imaginant rêveusement comme le coup de doigt sur un tambour. Elle avait cru que sa très petite mission auprès de cet inconnu si loin, si proche, était de réveiller le désir d’écrire, découragé ou par instant perdu, ce fil ténu de la vie et des étoiles. Elle avait échoué puisque rien ne semblait bouger depuis quelques jours, la page comme en suspens, seulement emplie de mots déjà écrits, déjà publiés même. Mais elle s’exagérait l’effet estival de brusque fermeture des magasins de curiosité. Pour le reste, elle avait dit réellement la vérité : la vie lui avait ravi autrefois violemment un frère, puis lui avait rendu plus tard un Double avec qui partager écriture, songes et lectures, rien d’autre de vraiment tangible, à un moment déjà de son existence où il n’était plus temps de recommencer. Et ce secret bien gardé qu’elle avait, sans nulle hésitation, révélé à celui qui paraissait le plus à même de comprendre qu’il ne pouvait y avoir répétition de ce phénomène d’enfance à volonté, cette élévation idéale des esprits et des cœurs accordés sur la plus haute note, ce secret était apparu telle la trahison d’une insensible Célimène, d’une capricieuse du genre le plus misérable ou le plus perfide. Elle en avait été accablée, se jurant de ne plus jamais faire de telles confidences inaudibles, puis touchée par une Lettre d’un autre à une autre expliquant, excusant tout soudain, par la grâce de la littérature la plus intimiste, face à laquelle tout malentendu tombait. Elle espérait désormais que ce serait vers cette veine romanesque que l’écrivain chercherait à inventer sa fable nouvelle et qui n’appartiendrait à aucun autre.
Quant à elle, il ne lui restait plus qu’à se retirer sur la pointe des pieds.
A*** - le 10/07/2009 à 22h59