Lundi 22 février 2010
1
22
/02
/Fév
/2010
19:42
"c'est quand tu es ivre de chagrin que tu n'as plus du chagrin que le cristal" René Char
FAIRE PART:
Ce jour-là, elle était radieuse,
et encore plus belle que les
autres jours !
-
-
-
Gabriel et Juliette
-
son frère et sa soeur
-
Patricia et Christophe
-
ses parents
-
et toute sa famille
-
-
ont la douleur de
-
vous annoncer le départ de
-
-
Manon de Montvallon
-
le 18 février 2010
-
à l'âge de 20 ans
-
-
Elle sera incinérée le
-
lundi 22 février à 14 h
-
au crématorium de Capdenac (12)
-
-
Ces cendres iront rejoindre le Mékong,
-
sa dernière volonté.
-
- "Pleurez, mes yeux et fondez-vous en eau" --la petite Antigone s'est jetée du haut du rocher et cette fois-ci il n'y eut personne pour la retenir-- l'absence d'une jeune fille qui
voulait partir, décidée, absolue, résolue comme elle l'était, aventurière, jeune révoltée qui bravait les injustices, naturellement artiste d'un talent spécial pour photographier les arbres, et
la vie de la nature menacée en tous lieux, courageuse dans l'anxiété qui l'étreignait car c'était elle qui, la première, s'était adressée courageusement aux hopitaux pour
confier cette pulsion de destruction qui revenait la hanter, enfant ombrageuse mais en même temps dont on pouvait dire que "le jour n'était pas plus pur que le fond de son coeur", toujours
luttant, toujours résistant contre certains effets des médicaments à visée "schizo hinibiteurs" (j'appelle ça comme ça, pardon pour mon ignorance) -- je ne suis pas tout à fait sûr que de
ce côté là il y ait eu une réponse formelle, mais enfin il me paraît bizarre qu'on ne sache pas la vraie nature de cette angoisse -- d'autant que tu paraissais souvent ruser avec elle et
t'en échapper-- et puis c'est vrai je t'ai appelée Antigone pour ta passion illimitée pour un autre disparu que tu aimais et qui t'aimait avec toute la tendresse d'un oncle, et il me semblait que
cette consolation dont tu entourais sa mémoire, pieusement, ne te laissait aucun répit. Alors oui, une nuit, dans la brume de l'hiver, il y a trois ans, et dans cette maison qui
tenait de la ferme fortifiée et du château gothique anglais, j'avais pris l'Antigone d'Anouilh et je l'avais lue et relue, et là j'avais comme entrevu dans le rocher le fil argenté
d'un métal étranger qui en croissant, un jour, ferait peut-être éclater le granit le plus dur parce que ces veines là, m'a -t-on dit, viennent de temps où la préhistoire de la personalité
s'est formée, et nous sommes paraît-il devant des "archaïsmes" pleins de fatalité, mais personne n'est là pour dire si le traitement des archaîsmes est lui aussi un peu archaîque. Est--ce que la
médecine, comme l'école et l'université et bien d'autres institutions qui faisaient ce pays, sont en train de péricliter et d'entraîner avec elle le naufrage d'une jeunesse A QUI LE MONDE
APPARTIENT, comme l'a bien dit Chateaubriand? Tu voulais être, accomplissant les rêves partiellement inaboutis de ton père, ethnologue, aventurière, au centre de la générosité et de la solidarité
avec les peuples lointains qui n'ont pas d'économie marchande ni de voitures à bon marché électriques, mais dont les rêves doivent être appris par nous tous, mais une telle université
existe-t-elle encore avec le prestige de naguère? Tu était une cavalière accomplie, experte -- cela avait étonné mon père, homme de vaillance et de générosité qui a grandi et fait ses études
grâce aux écoles militaires où les chevaux tenaient une si grande place: mon père t'admirait vraiment, je veux que tu le saches, pour toutes tes connaissances dans ce domaine, et tu n'avais
alors que dix ans...Le grand voyage que tu as fait il y a deux ans comme pour t'unir un peu plus avec ton père, ce voyage en Asie vous avait condits tous deux jusqu'au Laos, au
Vietnam, et puis sans qu'on ait su le sens de ce cri d'alarme, ce fut encore le repatriement, à la suite d'une saute d'humeur transformée en nouvelle crise, et notre Isabelle Eberhardt,
notre Ella Maillart en miniature avait dû être rapatriée par l'administration compliqué des retours sanitaires, directement de l'hôpital de Bangkok, directement à nouveau vers les humides bords
-- et puis ce cheval que tu aimais tant, tu ne l'as plus monté, et au bout d'un certain temps tu as dit que les traces de dressage disparaissaient, que vous n'étiez plus ce couple un peu
mythologique dont personellement (je ne parle que pour moi) j'entrenenais l'image romanesque qui te faisait tenir tête à ces Hauts de Hurlevent, dont la grâce romanesque et le
romantisme échevelé viennent à présent de se briser . Ce que tu as vécu tu l'as vécu avec l'ardeur de tous les êtres jeunes à qui une éducation AU-DESSUS DE LA VIE COURANTE, devrait être réservée
parce qu'à côté de leurs lumineuses qualités, ils ont BESOIN D'UN SOUTIEN CONTINU ET URGENT, ce que Valérie, ma femme qui sans relâche peint les "blessures du ciel" t'a apporté avec un courage et
une science des maux qui te minaient, une telle science et un tel dévouement, qu'elle t'a soutenue, aimée d'un amour partagé, n'hésitant jamais à prendre le premier avion, le premier train
la première voiture, pour te soutenir, pour te secourir en partageant tes secrets, et tu l'avais appelée, du fond de ton désarroi le plus profond "ta mère d'élection" -- à bout de solutions, et
je ne pense pas que ta vraie mère ,généreuse et aimante, t'en voulait pas de cela -- Valérie, celle qui ait lire dans l'âme des êtres souffrants, n'écoutant que ton instinct qui n'avait pour but
que ta sauvegarde, à la moindre alerte, accourait en ange protecteur. Je me souviens qu'en visitant un hiver le Quercy crispé de froid mais sans vendeurs de bricoles, soudain me revint, le
souvenir de Saint-Cirq Lapopie, village dessiné par Jérôme Bosch et l'un des seuls, peut-être l'unique, qu'André breton avait choisi comme nid d'aigle,comme fragment des Andes. Breton qui dans un
beau poème qui se déroule dans la logique de la langue exacte au dernier dégré, et du vertige et du vrai poétique, avait dit: "Je connais le désespoir sous toutes ses formes".
Partout où nous avons marché sur ces lieux, nous emportions avec nous une pensée immense et inquiète de toi. A présent tout est joué. Je ne sais si tu es morte en France, ou dans un
rêve d'une lointaine Asie, ou dans une pièce d'Anouilh -- j'avais aperçu, et d'ailleurs qui me l'eût dit directement? -- que tu aimais aussi l'Alouette du même auteur et cela aussi m'avait fait
réfléchir longuement à tes sentiers secrets, ou bien si le retour précipité dans ce que j'ai appelé plus haut la ferme gothique pleine d'une sorte de silence de la mer avait
des raisons plus médicales que la Raison ignore-- mais moi, que veux-tu, vigie bien trop éloignée, personnage attaché par alliance à la famille, je n'avais pas accès de plein droit,
comme c'est l'usage, aux secrets des racines de l'enfance que coupe un destin. Laisse-moi encore te dire combien je te trouvais belle, intensément brune comme peuvent l'être tes
tantes venues d'Espagne autrefois, le regard fragile et pourtant perçant l'âme, le teint pâle et supérieurement perspicace, visage d'intelligence et de grâce si vraies -- avec bien des
choses et des lumières indomptées que j'admirais à distance respecteuse, et toujours priant le ciel pour qu'il n'arrive rien. Mais c'est la jeune et violente indomptée qui a eu le
dernier mot. "Dites leur à tous que je les aimais" fut le dernier message. Et puis la pièce se termina , précisément comme Antigone, avec comme un envol vers le haut, vers le plus haut du ciel le
plus limpide, avec ce geste qui est comme un cri déchirant et muet réclamant tant et tant d'Amour --- comme le bruit d'un torrent qui roule maintenant ans nos coeurs. Je voulais que tu saches tout cela, je m'en veux de ne pas l'avoir dit plus tôt.