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A QUI LA FAUTE ?
(écrit le 25 juin 1871 – après la Commune)
DANS CE POEME HUGO INTERPELLE UN ENFANT QUI VIENT D'ALLUMER UN INCENDIE – LE TEXTE DU POETE, ET LA REPONSE DE
L'ENFANT SE PASSENT DE COMMENTAIRES.
Tu viens d'incendier la Bibliothèque ?
- Oui,
J'ai mis le feu là.
- Mais, c'est un crime inouï !
...
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C'est le livre ? Le livre est là sur la hauteur ;
Il luit parce qu'il brille et qu'il les illumine.
Il détruit l'échafaud, la guerre, la famine ;
Il parle, plus d'esclave, et plus de paria.
Ouvre un livre, Platon, Milton, Beccaria ;
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille ;
L'âme immense qu'ils ont en eux, en toi s'éveille ;
Ébloui, tu te sens le même homme qu'eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître,
Ils t'enseignent ainsi que l'aube éclaire un cloître ;
A mesure qu'il plonge en ton cœur plus avant,
Leur chaud rayon t'apaise et te fait plus vivant ;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur ; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l'homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C'est à toi, comprends donc, et c'est toi qui l'éteins !
Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints !
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l'erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un nœud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il le l'ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse à toi ! c'est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela toi !
- Je ne sais pas lire.
L'Année Terrible, VIII, 1872.
(Hugo accueillit plus tard les Communards poursuivis, à Guernesey, mais il ne fut pas favorable à la logique
insurrectionnelle dans ses aspects féroces, comme il dut considérer les innombrables exécutions sommaires des révoltés – on parle de 20.000 morts -- d'un oeil spécialement tendre, car la troupe française fit un carnage d'autres Français, ce qui en tout état de cause soulève un malaise atroce. Théophile
Gautier, lui, rentra dans Paris assiégé avec ce mot: quand on bat ma mère, j'accours!)
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