Partager l'article ! LES SOIRS D'ETE: Certains soirs où tout s’est apaisé au cœur de cette eau argentée qui ne remue plus entre les mai ...
Certains soirs où tout s’est apaisé au cœur de cette eau argentée qui ne remue plus entre les mains de la nuit , voici naître les montagnes d’un bleu sombre qui s’accordent au crépuscule: on suit sous les arbres de longs sillages d’ombre qui grandissent, c’est l’heure mélancolique qui crispe le geste le plus simple des présences magiques, et soudain tout se dérobe. La moindre barque attardée qui rentre vers un port glisse, lente et irréelle, mesurant à elle seule l’espace de toute une vie. L’attente exquise du monde qui s’efface étend sur les jetées une inquiétude, et sur les plages qui n’ont ni bruit ni souffle, cette lueur mordorée de lampe prend un éclat bleu sombre de flamme hésitante sous un verre, lueur de cierge et d’argent mêlés. L’intarissable richesse du jour remue dans l’âme. Avec toute la vaillance de la jeunesse qui s’ y insurge, qui gronde comme un torrent prisonnier soudain brisé contre des rochers froids, elle qui aspire à mesurer sa force et son élan, elle voudrait tout bousculer, créer un autre monde, et même s’enfuir, s'enfuir, s'enfuir!... L’heure exquise de nos rives étend cependant ses magies: voici le long soupir des arbres, les îles au loin qui s’endorment, les chemins creux de toutes nos montagnes d’où descend une haleine chaude et parfumée. Puis l’air plus épais vient arrêter toute vie. C’est instant suspendu sur l’abîme, sur le fil des secondes où se murmurent des mystères. Aucun mot ne traduira jamais la beauté de cette voûte qui confine le monde dans son silence. Aucun mot ne dira la violence qui transforme alors toute la chaleur des jours en rêve de conquêtes, en instants de fatale attente, ni la profondeur de cette inquiétude où tout est plus vivant à l’instant même où tout meurt. Bientôt sonnera comme une prière l’heure de la nuit au clocher; le paradis de toutes les fleurs s’effacera, et avec lui la chanson des vallées, et toutes les beautés des couleurs, et alors s’entrouvrira la porte qui conduit aux saisons éternelles.
passages et souvenirs de soirées mélancoliques en Stendhalie - elevergois - eric levergeois - copyright protégé par ma
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