Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /2010 20:49
Il ne viendrait à l'esprit de personne d'accuser de l'ignorance ambiante qui que ce soit, mais le fait est que de parler ou écrire en faisant référence à une oeuvre classique, à un de ces grands noms qui sont sculptés sur la façade de nos grands temples personnels, n'émeut plus grand monde. Je n'ose pas dire que les (plus ou moins grands) lettrés vont bientôt faire partie d'une sous-branche d'anciens combattants, mais les débats qu'ils ont encore entre eux donnent l'impression qu'ils se servent d'une langue morte, connue seulement des érudits poussiérieux, des astronomes de planètes nommées Voltaire, Diderot, Rousseau, Stendhal, il faudrait les citer tous, lieux ou planètes bien plus attirants que nos pauvres conquêtes de planètes réelles. La lecture récente d'un grand journal du soir nous l'a d'ailleurs appris: pour de nouvelles grandes puissances, la Lune reste un placement publicitaire attractif, à moins que ce ne soit un lieu stratégique d'où l'on puisse menacer de bombarder la terre avec des missiles -- à condition de savoir faire des missiles qui ne partiraient pas en fumée en entrant dans l'atmosphère, ce qui nous laisse un peu de marge. Le siècle précédent regrettait parfois les trains à vapeur, celui d'avant la marine à voile; à présent, il faudra se dire (à voix pas trop haute tout de même)
"tu te souviens de l'époque où on dévorait les classiques en livre de poche?". Ca semble loin, et en même temps on se dit qu'une telle absence de savoir doit s'acquérir aussi laborieusement que nous bossions nos thèmes latins. Ne savions-nous donc rien, nous non plus, quand nous avions vingt ans? Si, nous avions mis des marque-pages dans nos manuels en nous promettant de nous émerveiller de lire tel ou tel chef-d'oeuvre plus tard, sauf que plus tard que plus tard est arrivé ce monde, ce monde si ressemblant au "monde du silence" de Cousteau, avec cette différence que le silence est dans les têtes et que ça se passe à l'air libre. Un silence contagieux d'ailleurs, sauf pour les territoires loin d'ici où on regarde la France de loin: de loin personne n'ose évoquer le naufrage ni se demander qui sont les "naufrageurs" -- c'étaient des malheureux sans le sou et un peu assassins qui pour faire éclater les bateaux sur les rivages dangereux, et s'emparer de la cargaison et tuer ce qui en restait accessoirement, embarquaient la lanterne signalant la côte sur un charrette qui bougeait sans cesse. Tactique imparable pour envoyer un navire sur les récifs, de nuit, et par mauvais temps. Il serait étonnant que le peu d'importance accordé par la nouvelle génération dirigeante aux travaux de l'esprit n'obtienne pas le même résultat. Il faut croire que " Les Phares " baudelairiens éclairant l'humanité ne l'éclairent plus de la même façon, et que nous allons du culte du  bidulle portable en culte d'autres machin-choses électroniques vers (comme nous le disent et le redisent les portails de l'Internet) des préoccupations hautement érudites sur le maquillage, les derniers résultats de la course de formule 1, ou du mariage de la dernière star à la mode. Cureiux présages. A toutes fins futile (sic), nous signalerons que nous avons entendu parler , malgré tout, de la sortie d'une biographie de Prosper Merimée, d'une autre de Clara Malraux, et que des historiens se sont penchés sur la gloire du roi Henri IV, qui en discutaient comme s'il avait été tué hier; il paraît même que le mystère subsiste sur le fait que Ravaillac ait eu des complice ou pas. De bonnes nouvelles du côté de l'édition, donc, malgré les Phares qui commencent à clignoter, mais après tout, ce n'est pas tant la question des phares qui ennuie.C'est quand on trouvera le moyen de supprimer la nuit qu'il faudra s'inquiéter.

(il semble que le texte soit sorti "en drapeau" mais si ça ressort encore après correction, ma foi tant pis)


elevergois -- avec un salut aux lacs italiens qui en ce moment semblent s'être rétrécis sous une couche de neige et de glace, et à propos de lacs italiens, ai constaté qu'il y a plus d'événements dans une page du Journal de Stendhal que dans bien des journaux de ce temps -- elevergois
Par elevergois
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