Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 23:22
Le givre sur cette tige courbe semble fait d'une sorte d'écume qu'on serait aller puiser au plus profond de la mer, avec des fleurs de glace aux arêtes froides et dures, et le ciel s'est replié sur lui-même comme un tissu que l'on veut protéger de l'éclat du jour. Ainsi l'hiver pousse sur les arbres de la même façon que les printemps, mais avec des gouttes de rosée d'un bleu de métal, d'un bleu difficile à toucher et qui brûlerait de ses froids intenses le bout des doigts qui s'y mêleraient. La chair des pétales tout secs est comme embaumée, jusqu'au bout du parc il n'y a que des lances blanches comme celle-ci; c'est le grand naufrage d'un parc de château au bois dormant où des filaments de glace opèrent avec la même magie que les réseaux très tristes que les araignées tendent dans les nuits où on ne les voit pas, pièges pour des papillons imaginaires qui ont survécu grâce à l'espoir fou qui hante les prisons jamais ouvertes. Quand, très rarement, la terre entière se vêt ainsi de ce blanc couleur de deuil à l'infini, le regard qui n'erre plus entre les branches et les parfums tièdes, imagine que le cristal des plantes a concentré dans son coeur le plus profond les semences du renouveau retournées vers leur rêve natif, et que le revers de ces pétales attristés s'est transformé en boucles ou parements de corne ou de jade. Alors, on imagine aisément que cette poésie d'un pays lointain n'a laissé que des épingles et des broches et des aiguilles pour fixer adroitement le tissu fantômatque qui enveloppe tout, et l'on guette, derrière la fenêtre décorée de l'intérieur par les boules rouges de l'abre de Noël, un frisson de vent qui se frotterait au coin d'un des panneaux  de verre. Mais la toile enchantée ne bouge pas plus  que la glace qui qui a serré l'étang dans sa pâleur de marbre, et toute la musique qu'on peut encore entendre en soi, privée de soleil et d'émois, se résume à la dernière note du morceau entendu en rêve, posée sur le silence infini, enrobée de ce doigté de froid et d'ouate qui est  composée des sons de toutes les vies si chères qui ne sont plus.

(elevergois - le texte a paru en revue - tous droits réservés pour la revue et elevergois - 2008  -
Par elevergois
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