Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 09:52

 

 

 

Nul ne  peut  reprocher aux âmes bienveillantes d’assister les voyageurs qui ont enfin trouvé la voie discrète et bordée de saules, le sentier couvert de feuilles d’automne qui conduit à la maison-poème, à la maison-souvenir, à la maison-bibliothèque du grand écrivain.  Nul ne peut reprocher non plus à l’amateur qui a puisé  chansons, poésie, renouvellement et orchestrations du monde chez l' écrivain, d’arriver sur les lieux avec l’offrande de ses souvenirs, avec un peu de l’essence même de la poésie qui l’a conduit ici. En franchissant simplement la porte, voilà notre visiteur récompensé. Certes, il pourra s’interroger sur  l’état glissant et peu entretenu des pavés de la cour, s’étonner que le froid humide mange l’appentis et les bancs apparemment depuis des années, mais nous sommes en octobre après tout,  et cela fait partie du climat. Et cela fait écho à la  mélancolie des poèmes qui lui reviennent en mémoire.  La maison a des airs d’auberge ou de relais de poste des anciens temps, elle offre dès le premier instant son mystère, son caractère fixe qui se refuse de sombrer au fil du temps. Devant ces frondaisons d’été tardif et ces arbres couverts de petites mains jaunes aux tons très poussés,  tremblant légèrement dans  le vent,  le voyageur s’est embarqué sur son rêve qui rime avec des temps qu’il n’a pas connus, mais dont l’écho lui parvient sous forme de musique discrète. Il pousse  une autre porte avec une poignée que sans doute les amis, les familiers, les auteurs, toutes les gloires disparues ont fait tourner, mais aussi une poignée simple qui fait l’humilité, comme a dit un grand chanteur,  une poignée faite pour la main du facteur qui apporte chaque jour son paquet de lettres et laisse entrer le parfum de la forêt  et  celui des jours qui se suivent.  Voici les premiers pas du visiteur dans la maison dont il a repoussé la visite si longtemps. A la vérité, il aimerait bien jouir du silence, ne pas entendre les conversations des couples qui échangent des propos de circonstance comme devant les tableaux des musées (ou qui parlent de la coqueluche du fiston), mais il voudrait rêver d’une humanité tout simplement à la hauteur d’une sorte de silence de source infiniment respectueux. Un silence de prieuré, de chapelle au fond des bois; mais en échange des efforts de qui a transformé ces lieux et les entretient, il apprend qu’il ne pourra visiter l'intérieur qu’en subissant le discours du guide, du conférencier expert -- laquelle commence à telle heure précise. Quand on est venu de loin, déclare-t-il sans hésiter, quand on a trouvé le chemin pour venir jusqu’ici, c’est peut-être parce qu’on a choisi d’apporter son dialogue personnel avec tout ce qui peut-être ressenti, ce qui exerce sa présence, ce qui palpite comme tout trésor d’archive littéraire, mais sûrement pas pour recevoir comme une prescription médicale une instruction qu’ il possède déjà -- et qui à coup sûr le videra de ses beaux songes.  Il est bien normal qu’on empêche des étrangers de voler ou de souiller les lieux, il est bien normal de faire des étrangers qui viennent,  des êtres étrangers à la poésie..., mais qui sait?  ce n'est peut-être pas. l'ojectif.  Notre visiteur s’est contenté d’acheter le volume qu’il préfère dans la maison de l’auteur, il dit à la préposée diligente et gentille (mais surprise devant cet animal curieux) qu’il en lira des pages comme une prière dans la cour, ce qu’il fait, et il monte en lui-même sur la grande houle des vers,  entend une mélodie de guitare, de pleurs, de harpe et de vent d’automne.  Plus agréables à son oreille que la voix des conférenciers -- comme dans les livres où il ne lit pas les notes mais le texte seul, et lui étant  resté seul dans le texte, il s'en va perdu, désemparé, désorienté, sans guide mais ravi.

 

Précisons que nous serions bien injuste et bien ingrat de ne pas remercier cette organisation d'un itinéraire dénommé Route des Maisons d'Ecrivains -- principalement à l'ouest de Paris, et plus  avant si entente --que nous signalons aux amateurs qui ignoreraient son existence. tous droits elevergois (eric levergeois).

 


Par elevergois
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