par elevergois.com - (e. levergeois), humour, presse, traduction, etc
12.03.09
Quoique ce ne soit pas mon sujet de prédilection, je voudrais souligner que le sport français et le football en particulier, font l'objet de prouesses stylistiques ahurissantes toujours destinées à ne pas fâcher l'orgueil national. Surtout un lendemain de défaite.
Les autres nations européennes, grâce à des recettes de sorciers inconnues, sans doute, ont des équipes qui marquent des buts et qui gagnent. Et quand ni la pelouse, ni le coupeur de citrons, ni le ballon ou l'arbitre (sujets d'orgueil hautement français éventuellement) ne sont en jeu, c'est l' équipe française qui est en face et qui perd. Les manchettes de la presse anglaise, en pareil cas, sont d'une brutalité indigne à laquelle nous n'oserions pas vilement nous abaisser: "cette bande de navets n'a rien à faire sur un stade", " quelle honte", etc. La gazetta dello sport, (équivalent du journal l'Equipe) ne mâche pas non plus ses mots :"changez le directeur technique", "l'avant-centre n'a qu'à plus qu'à faire ses valises", etc. On en arriverait presque à la crise gouvernementale, car le directeur technique national, en Italie, est franchement plus important pour le peuple que M. Berlusconi. En France, pays béni par l'ivresse tricolore, sachez-le, et enregistrez-le une bonne fois pour toutes, nous ne perdons jamais, mais nous subissons. Nuance...
Enfin, si, mais nous perdons juste un peu quand même, mais à peine, disons en hors-texte, en filigrane, en marge d'une situation qui globalement nous a totalement dépassés. Dépassés signifie surnoisement déjà dans l'inconscient : "excusés" ...vous voulez un dessin? L'équipe de France s'est retrouvée face à une situation insurmontable, inhumaine, face à des joueurs extraterrestres qui avaient la clé du match en main, et finalement, si nous ne l'avons pas fait, c'est parce que c'était - notez l'autre nuance - par définition absolument infaisable.
En quelque sorte, nous sommes des victimes d'une horde de spadassins du ballon qui n'ont pas été des virtuoses hors de portée, mais qui se sont jetés sur nous comme une meute sans pitié pour la fierté nationale. On retrouve donc le lendemain de nos semi-défaites en championnats europééns de longues tirades sur "le réalisme toujours implacable de l'équipe italienne" (le réalisme en sport doit surement être un handicap), "le jeu toujours rugueux et hautement viril de l'équipe allemande" (nos joueurs doivent sans doute se préparer en écoutant des quatuors de Gabriel Fauré), et "les canoniers d'Arsenal toujours aussi diaboliques" (messieurs les Anglais tirez les premiers! fallait pas leur dire...) et en plus, question quasi mystique, ces joueurs jouent souvent dans leur stade immortel qualifié par tous les échotiers de "Temple du football" (Wembley, par exemple). On ne peut quand même pas aller gagner dans le " Temple" du voisin, c'est une question de politesse. Nous avons du tact, voilà tout.
Heureusement, nous avons comme arme secrète, cette tournure de la langue sportico-tarabiscotée : "la physionomie du match" , celle qui ne reflète pas le score, quasiment jamais, et inversement. Il n'y a qu'une conclusion à tirer : nous sommes grandioses, rien n'éteint la flamme de cette conscience d'être par essence une nation portée vers ce qu'il y a de plus grand et qui dépasse la mesure commune, mais peut-être faudrait-il de temps en temps rentrer dans les clous, et marquer, j'ose le dire, - puisque nous sommes dans un monde globalisé - des buts anglais, des buts italiens, des buts hollandais, des buts brésiliens...et même ceux du commerce équitable.
Même au ralenti, je suis certain qu'on ne verrait aucune différence, et ça irait au fond de la cage ! J'ajoute que MM Nouvel ou Porzamparc pourraient quand même nous faire à nous aussi un vrai Temple du Football, car depuis 1998, c'est justifié .
(elevergeois.com)
article hébergé par le Monde informatique en mars. elevergois -- auteur en panne de contrat, snif, snif, (pas le snif d'un écrivain connu déprimé et primé à
la fois, non, le snif onomatopée lacrimale)
PS . DEPUIS UN CERTAIN TEMPS, ON A REMARQUE UN RETOUR A LA TRADITION ET AUX VIEILLES FACONS DE FAIRE: PAR EXEMPLE, LES BUTS "FAITS MAIN" MAIS ON A DEJA BEAUCOUP EPILOGUE SUR CE SUJET,... ajouté en décembre 2009 - elevergois