Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /Oct /2009 07:58
 
On ne peut pas commencer un article sur Henri Bellaunay sans s'incliner respectueusement et avec une ferveur ardente, une sorte de piété mêlée d'immense admiration pour l'étourdissant talent de pasticheur de vers -- auquel son camarade de khâgne Jean d'Ormesson rendit un hommage virtuose et mérité lorsqu'il préfaça sa célèbre Petite Anthologie Imaginaire  de Poésie pour le Livre de Poche il y a quelques années. Hélas, tout comme son autre célèbre camarade du lycée Henri IV, René Rémond, Henri Bellaunay nous a quittés. Il reste cependant de lui un volume conçu avec le soin le plus rare, et naturellement, pensé avec un humour et une finesse qui perpétueront sa mémoire aussi longtemps qu'il y aura sur cette terre des amateurs de poésie raffinés. Henri Bellaunay sut pasticher avec ce coup d'oeil profond, enjoué, d'une adresse immense, ce que la poésie française possède de plus beau. Il le fit avec cette connaissance des rythmes, des coupes, ce don de double vue qu'ont les lecteurs passionnés que la poésie se choisit comme paladins, et si parfois il vient à l'esprit un poème que tout lettré possède dans le tissu de son âme, un de ces poèmes dont le premier accent annonce un grand poète français, parfois aussi, la musique de celui conçu par Henri Bellaunay que nous avons lu et relu aussi, se fait entendre comme un écho discret qui fait sourire autant que Théophile Gautier put le faire dans son célèbre volume intitulé Les Grotesques. Mais Henri Bellaunay est un homme de son époque subtilement mêlée à toutes les autres, si bien qu'à côté de vers réellement recomposés d'auteurs connus comme La Fontaine (Bellaunay nous en offre un "Rossignol des Canaries" d'heureuse mémoire), ou bien Villon ( La ballade des Etoiles du temps jadis est un hommage aux stars féminines du grand écran, incroyablement drôle et cocasse), lorsqu'il réécrit Louise Labé ou Maurice Scève, on s'interroge un instant pour savoir lequel, de l'original ou du pastiche, est le vers le mieux sonnant et le plus chatoyant, tant Henri Bellaunay s'y révèle un poète grand et et un poète rare. Pour Victor Hugo, c'est d'un Booz Insomnieux que notre auteur nous régale, sans omettre un sommet gigantesque décalé et recomposé sous le titre connu de "Réponse à un  acte d'accusation",  qui, comme disent les gourmets, se savoure dans une sauce du XXeme siècle suffisamment piquante pour qu'on ne puisse jamais l'oublier. Les "Mallarmé"  -- chacun bien évidemment possède en mémoire la syntaxe volatile et décomposée du grand modèle -- de Henri Bellaunay font, il faut le dire même dans un hommage sérieux et grave, franchement rire à l'égal de ce que fait le célèbre Portsmouth Symphony Orchestra, lorsqu'il quitte un instant une partition célèbre pour s'engager dans de belles et rythmiques fausses notes plus vraies que les vraies, et ce n'est pas peu dire. Paul Bourget, Paul Valéry, Francis Jammes et Claudel, bien d'autres grandes figures sont revisitées avec un tel talent qu'à la fin le livre de Henri Bellaunay agit comme un cordial revigorant. Quelle immense science et quel génie du vers français fallait-il pour rebroder de cette façon des siècles et des siècles de poésie! Vraiment, il faudrait un talent égal pour écrire une Ballade des Normaliens du Temps  Jadis pour répondre dignement à un pareil volume...Nous nous contenterons de noter ici, discrètement  mais résolument,  qu'à l'Académie Française, le nom de Bellaunay s'est répandu avec bonheur, car il nous est arrivé de le retrouver cité dans de récents textes de Jacqueline de Romilly, en souvenir de lectures qui n'ont  sans doute pas  été sans joie. Ce qui permet de poser sur le front de cet auteur, une couronne d'académicien sans académie, (pour reprendre le terme qu'inventa Giordano Bruno), car Henri Bellaunay, grand poète parmi les lecteurs-créateurs les plus savants, comme beaucoup d'autres artistes avant lui, a su créer un imaginaire et une manière de faire danser le menuet aux anthologies sérieuses avec un panache et une verve exceptionelles: il laisse en ce monde un volume exquis, et grâce à son immense talent, une vraie légende. Une légende qui n'est pas près de s'éteindre.


Je dédie ces quelques lignes de critique à Valérie de Montvallon, ma femme, et à Pierre et Elizabeth de Montvallon, mes beux-parents, grâce à qui j'ai pu rencontrer Henri Bellaunay à l'occasion d'un Noël en famille, en assurant à tous que ce fut un plaisir immense, il y a  quelques années  déjà, de croiser cet érudit  étonnant et ce poète magique dont le souvenir ne s'effacera pas -- et dont l'ouvrage est sans conteste un vrai délice - elevergois -

Par elevergois
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