Dimanche 4 octobre 2009
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On ne peut pas commencer un article sur Henri Bellaunay sans s'incliner respectueusement et avec une ferveur ardente, une sorte de piété mêlée d'immense admiration
pour l'étourdissant talent de pasticheur de vers -- auquel son camarade de khâgne Jean d'Ormesson rendit un hommage virtuose et mérité lorsqu'il préfaça sa célèbre Petite Anthologie
Imaginaire de Poésie pour le Livre de Poche il y a quelques années. Hélas, tout comme son autre célèbre camarade du lycée Henri IV, René Rémond, Henri Bellaunay nous a quittés. Il reste
cependant de lui un volume conçu avec le soin le plus rare, et naturellement, pensé avec un humour et une finesse qui perpétueront sa mémoire aussi longtemps qu'il y aura sur cette terre des
amateurs de poésie raffinés. Henri Bellaunay sut pasticher avec ce coup d'oeil profond, enjoué, d'une adresse immense, ce que la poésie française possède de plus beau. Il le fit avec cette
connaissance des rythmes, des coupes, ce don de double vue qu'ont les lecteurs passionnés que la poésie se choisit comme paladins, et si parfois il vient à l'esprit un poème que tout lettré
possède dans le tissu de son âme, un de ces poèmes dont le premier accent annonce un grand poète français, parfois aussi, la musique de celui conçu par Henri Bellaunay que nous avons lu et relu
aussi, se fait entendre comme un écho discret qui fait sourire autant que Théophile Gautier put le faire dans son célèbre volume intitulé Les Grotesques. Mais Henri Bellaunay est un homme de son
époque subtilement mêlée à toutes les autres, si bien qu'à côté de vers réellement recomposés d'auteurs connus comme La Fontaine (Bellaunay nous en offre un "Rossignol des Canaries" d'heureuse
mémoire), ou bien Villon ( La ballade des Etoiles du temps jadis est un hommage aux stars féminines du grand écran, incroyablement drôle et cocasse), lorsqu'il réécrit Louise Labé ou Maurice
Scève, on s'interroge un instant pour savoir lequel, de l'original ou du pastiche, est le vers le mieux sonnant et le plus chatoyant, tant Henri Bellaunay s'y révèle un poète grand et et un poète
rare. Pour Victor Hugo, c'est d'un Booz Insomnieux que notre auteur nous régale, sans omettre un sommet gigantesque décalé et recomposé sous le titre connu de "Réponse à un acte
d'accusation", qui, comme disent les gourmets, se savoure dans une sauce du XXeme siècle suffisamment piquante pour qu'on ne puisse jamais l'oublier. Les "Mallarmé" -- chacun bien
évidemment possède en mémoire la syntaxe volatile et décomposée du grand modèle -- de Henri Bellaunay font, il faut le dire même dans un hommage sérieux et grave, franchement rire à l'égal de ce
que fait le célèbre Portsmouth Symphony Orchestra, lorsqu'il quitte un instant une partition célèbre pour s'engager dans de belles et rythmiques fausses notes plus vraies que les vraies, et ce
n'est pas peu dire. Paul Bourget, Paul Valéry, Francis Jammes et Claudel, bien d'autres grandes figures sont revisitées avec un tel talent qu'à la fin le livre de Henri Bellaunay agit comme un
cordial revigorant. Quelle immense science et quel génie du vers français fallait-il pour rebroder de cette façon des siècles et des siècles de poésie! Vraiment, il faudrait un talent égal pour
écrire une Ballade des Normaliens du Temps Jadis pour répondre dignement à un pareil volume...Nous nous contenterons de noter ici, discrètement mais résolument, qu'à l'Académie
Française, le nom de Bellaunay s'est répandu avec bonheur, car il nous est arrivé de le retrouver cité dans de récents textes de Jacqueline de Romilly, en souvenir de lectures qui n'ont
sans doute pas été sans joie. Ce qui permet de poser sur le front de cet auteur, une couronne d'académicien sans académie, (pour reprendre le terme qu'inventa Giordano Bruno), car Henri
Bellaunay, grand poète parmi les lecteurs-créateurs les plus savants, comme beaucoup d'autres artistes avant lui, a su créer un imaginaire et une manière de faire danser le menuet aux anthologies
sérieuses avec un panache et une verve exceptionelles: il laisse en ce monde un volume exquis, et grâce à son immense talent, une vraie légende. Une légende qui n'est pas près de
s'éteindre.
Je dédie ces quelques lignes de critique à Valérie de Montvallon, ma femme, et à Pierre et Elizabeth de Montvallon, mes beux-parents, grâce à qui j'ai pu rencontrer Henri Bellaunay à l'occasion
d'un Noël en famille, en assurant à tous que ce fut un plaisir immense, il y a quelques années déjà, de croiser cet érudit étonnant et ce poète magique dont le souvenir ne
s'effacera pas -- et dont l'ouvrage est sans conteste un vrai délice - elevergois -