Samedi 26 septembre 2009
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En général, ça commence par les raisons pour lesquelles Un Tel se sent "concerné" , ou "profondément interpellé" comme on dit, et ça continue avec des accents de
procès-verbal ou de commandement d'huissier pour dire au monde entier pourquoi le moi, le "regardez-moi-je-pense" de monsieurtoutlemonde est nécessaire à la poésie de Rilke ou de Dante. Car Dante
ou Rilke ne lui sont pas nécessaires, car autrement il trouverait plus décent de se taire, plus décent de ne pas agiter sa crécelle sur les pentes de si beaux sommets, dans une paix d'outre-monde
si intensément agissante -- mais hélas, non, les oeuvres des poètes sont des tableaux qui parlent une langue supposée universelle -- alors, quoi? alors, cet être que Dieu a bien dû faire avec le
même soin que les autres, n'est-ce pas, se met à vous faire part de ses génuflexions devant le grand personnage, de ses doutes métaphysiques, de sa lassitude de vivre (comme si on avait besoin de
ça!) et autres démangeaisons saisonnières qui lui prouvent que la poésie l'a touché de sa Grâce, comme les éternuements prouvent l'existence du pollen. La belle affaire! une fois qu'il s'est dit
poète, il ouvre une boutique, un bureau d'esprit, un salon où des fleurs et du thé ne font pas mauvaise figure, et comme ça, tout doucement, on se retrouve chez des Verdurin qui n'auraient pas lu
Proust. C'est comme ça qu'on croit communiquer avec des faux-monnayeurs, des faux-sauniers, des tourneurs de vers en fer blanc, mais ce qu'il y a de plus
mystérieux, ce sont ceux qui les suivent. Car il y a bientôt des adeptes, des sectateurs (habitant en général le quartier, et venant à pied) qui surgissent rapidement pour recueillir la
parole de sa sainteté siégeant, comme on disait dans les livres de jadis, "à l'angle de la rue de l'ours", avec toutes ses guignoleries à débiter. Ô, horreur féroce que m'inspirent tous ces
diseurs de baratin insipides! Etres où tout est absent et qui sont absents de tout!!!
Finissons par un passage du Tasse, envolons-nous ailleurs, loin, ailleurs, ailleurs!
"Già l'aura messaggiera erasi desta
a nunziar che se ne vien l'aurora;
ella intanto s'adorna, e l'aurea testa
di rose colte in paradiso infiora,
quando il campo, ch'a l'arme omai s'appresta,
in voce mormorava alta e sonora,
e prevenia le trombe; e queste poi
dièr piú lieti e canori i segni suoi."
T. Tasso (G.L.)
elevergois -- quatre heures du matin -- un salut à ceux qui dorment, et un autre plus profond à ceux qui ne dorment pas. --