Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /Sep /2009 14:22

Il y a trois ans, une salle de Beaubourg exposa une centaine d'œuvres de David Smith, génial sculpteur et soudeur de fer, présentation qui permit de le ranger au nombre des géants de cet art, plus musical que ne l'est la sculpture de bois ou de pierre, et d'explorer dans ses sentiers peu connus l'imaginaire de l'artiste. Si le Guggenheim Museum s'était octroyé, comme il se doit, une très grande rétrospective pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de David Smith, représentée à Paris sous la forme du gros catalogue officiel relié en noir, Beaubourg avait disposé dans une salle en forme de grande boîte à sucre des pièces qui paraissaient se bousculer les unes contre les autres. On pouvait cependant, l'œil s'étant rapidement adapté à cette disposition un tantinet martiale, s'évader dans les calligraphies aériennes, les tracés énigmatiques où perçaient des figures, les formes rythmées ou épurées évoquant de loin les frères Gonzales ou telle période de Giacometti, avec le plus souvent des oeuvres marquées par leur souci de réelle présence dans l'espace, et d'autant plus géniales, osons le dire, qu'une bonne partie ressemblait à une série d'âmes tirées de la terre, ou à de génies fossiles ressurgis en dansant des profondeurs du globe. Gracq a su dire de la vraie littérature qu'elle est la réponse nécessaire à une question qui n'a jamais été posée, et ici se recréait avec force le même mouvement de retour d'un boomerang que nul n'a vu partir: les oeuvres essentielles qui nourrissent en nous le désir de créer possèdent cette qualité étrange et bouleversante, d'appartenir à un vocabulaire qui augmente le monde d'une partie qui devient urgente pour la pensée, car bientôt elle exerce en nous son charme. Puis vinrent les figures en forme de cubes, polis comme de grosses allumettes d'argent soudées, littéralement suspendues dans l'air à force d'y être posées, et s'offrant aux regards comme des tremplins miraculeux. Il en existe une, au Museum of Modern Art de New York, au bout d'un espace long et dégagé, qui cueille l'attention par une présence d'une densité sans limites. Elle est et elle existe: elle est un être qui enchante ou intrigue par son allure de pantin sublime, construit et animé vers le haut de main de maître. A l'instar de ce qu'on appelle « coup de foudre », « rencontre mythique », cette statue là n'a pas fini d'enrichir nos rêves de son effet de surprise qui ne décline pas avec les ans dans le souvenir. C'est un mystère que le flux et le reflux du temps n'entame pas, comme la visite d'une planète intemporelle.

 

-elevergois- tous droits protégés - nos remerciements (tardifs il est vrai) à madame Fontaine, conservateur de l'exposition, et à ses collaborateurs qui ont voulu qu'une partie des oeuvres de David Smith soit présente à Paris au cours de l'été 2006 -- amitiés à tutti quanti sur les bords des lacs italiens bien aimés.

Par elevergois
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