C'est une nuit tiède qui s'installe en nous au même instant où elle enveloppe les montagnes de ses grands rideaux dans une douceur de prière murmurée, ces voiles peints à fresque et où la teinte fluide d'un bleu de mer et de brumes se fixe sur les parois de l'ombre comme les revêtements de frises et de rinceaux qui ornent les façades des villas qu'on appelle ici « seigneuriales ». Elle s'insinue aussi dans le coeur de la haute colline de chataigniers et de hêtres qui forme, par son surpomb sur l'eau, ce que Léa appelle le Pain de sucre, éminence qui rappellerait aussi un monticule décorant un paravent chinois. Bientôt viendra la nuit plus profonde, avec les errances de mille récits venus de l'eau, les vents qui écorchent leur soie entre les haies de noisettiers ou de ronces, et l'envers infini de la liberté qu'accordait le jour. Nous serons près des mondes réinventés, des alchimies produisant des nuances de granit estompés ou d'ardoise en poussière, alliées aux autres pollens et senteurs qui répandent ce parfum lourd de fleurs macérées où l'on perçoit l'odeur d'une allée de magnolias, les notes pures du gardenia d'un blanc d'aube avec sa posture vierge et retenue, et aussi une grande vague de senteurs sauvages descendant de la montagne pour rouler jusqu'aux rives. Les fleurs de la nuit sont des pensées incarnées qui vivent leur vie surnaturelle. Elles s'y libèrent pour échanger avec nous des pensées qui naissent sous l'horizon de la conscience, pénétrant juqu'aux profondeurs de l'âme toujours en quête d'un élan vers le mystère des choses nées du monde obscur. L'eau du lac elle-même tout entière abandonnée à son itinéraire nocturne, parle dans ses rêves et nous chante peut-être des bribes de vers descendant des siècles où la poésie n'appartenait qu'aux grands oracles. Cette nuit-là est comme l'univers entier trouvé dans le cône inversé d'un volcan éteint, où tout est cendre brillante de diamants subtils, cendre renaissante du phénix que le soleil a brûlé en nous tout le jour et qui se retransforme en vie de poésie – et nous resterons à l'écoute de tous les chants et murmures sortis des bois, des source, des fontaines aux mélodies rustiques qui s'élèvent avec une voix aigre et pincée, tandis que les deux notes du clavier du village, les battements de nos deux clochers, disent les heures qui passent en posant des jalons fugaces sur la voie lactée. (à refaire....pour l'instant c'est moche comme un brouillon)
elevergois - nuits italiennes -- le village de ....une nuit qui efface les douleurs pour y substituer l'écoute des murmures
tombés du paradis des vents déposés doucement sur les eaux -- chroniques des lacs -- tous droits déposés -- protégés-- .
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