Les ciels bleus et argentés qui se multiplient au-dessus du ruban large du courant, le long des îles où les arbres s'entremêlent et s'agitent, sont semblables à de grands pétales courbés et scintillants. Il semblent prêts à soutenir la longue caresse du vent, et cependant sont posés là, douceur de soie lente au-dessus des rives, versant sur l'inconnaissable secret des fleurs cette poussière d'air chaud parfumée des épices de l'été et de sels qui descendent de l'espace cristallin. C'est un long sable bleu qui forme comme un corps endormi en vaste courbes sur les étiers et les vases d'un Nil imaginaire qui s'évapore et songe vaguement sous les caravelles des nuages qui s'étirent, suivant l'azur liquide où tout se noie. Tout ce qui frémit sur la terre annule toutes les ombres et la lumière s'infiltre jusqu'au coeur des pierres où s'épanche la confidence des plus humbles reflets soudain riches de mystère. Le regard qui suit la lente élévation de ces châteaux indolents, de toutes ces collines de nuages qui se meuvent et qui sont la palpitation d'une âme unique, s'y mêle parfois intimement, comme en suivant le jeu voluptueux des vagues d'un grand large aux écumes couleur de lis, et toute la splendeur du monde s'y transforme. Et cette longue terre où les après-midis se recommencent, du fond de cette coupe d'indicible beauté, invite à des élans superbes pour aller cueillir la douceur des brises dans les lointains profonds.
elevergois – le texte a paru en revue – texte protégé par la revue et par les editions de Revue Europe – 2008 – texte également adressé de tout coeur aux amis de Touraine , comme chacun l'aura compris
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