Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /Juil /2009 05:02
Dans la douceur d'un soir qui décroît lentement sur le vert humide des chênes et très lentement sur les montagnes où glisse le vent des vallées ombreuses courant toutes vers la petite mer de tons bleus et frémissants du lac, soudain durcis comme le cobalt d'un Cézanne maçonné à la façon de l'Estaque,  ou pétris au couteau dans la matière fluide de l'air, tandis que le parfum acide et capricieux des sentiers vibre sous les haies, comme infusé dans l'éclat d'un long soleil oblique qui est le vrai peintre de ces fins du jour, les rives blanches d'une poussière de chaux ou de grès lentement s'annulent. Abandonnées par les vaillants maçons qui transportent, hissent, et tutoient tous ces âpres granits auxquels peut-être ils parlent, ces rives accueillent l'obscurité violette qui monte du fond des eaux et qui  fera sombrer tout le pays, toutes les parures des sapins frangés de blancs plumets, toutes les éminences factices et leurs colonies de hêtres, toute l'épaisseur des chataigniers aux chevelures de Gorgone dans cette ouverture de l'avant-nuit concertante qui rappelle tous les êtres. Son atmosphère rêveuse enveloppe d'un charme languissant les vieilles villas du bord de l'eau qui pourraient, alors,  devenir au gré d'une sorte de fièvre ,tout à coup, de grands palais d'un style indien ou d'Egypte, venus de bien loin, comme si tous les exilés volontaires de ce coins d'Italie, partis nombreux depuis des siècles et dont l'âme aride et obstinée était demeurée ici ,veuve des aventures et des lointains brûlés, nous avaient renvoyé en les assemblant les bouquets violets de la lente obscurité, la chanson des fleurs frileuses qui ressemblent tant à la mélancolie déchirante du violon, soudain  jouant sous une coupole d'éternité placée mystérieusement au détour d'un sentier, un air tzigane qui se mêle dans une apparente innocence à la prière des clochers. Celle qui de vallée en vallée, sonne pour le passant, le prêtre ou le simple promeneur, tandis qu'ignorant que le temps tiendra toute forme dans sa pince, il croit musarder d'un pas léger de fée vers des horizons de sapins noirs et de lune, désireux peut-être plus tard de s'étendre chastement aux côtés de la nuit rêveuse, qui l'emportera lui aussi sous les eaux.


elevergois - chronique de mon lac - celui-ci écrit sur le long bateau de bois, un soir interminable où la roue de la nuit s'était arrêtée sur la note  éternelle et joyeuse, quelque part dans les années profondes --tous droits réservés pour tous pays.
Par elevergois
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