Jeudi 2 juillet 2009
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Cet après-midi, ce frisson ou plutôt cette peur éprouvée en automne en relisant Gérard de Nerval au fil de son Voyage en Orient s'est dépliée comme une fleur sur
l'eau -- quoique les pensées de fleur sur l'eau aient été éreintées de fatigue par cette chaleur. Il doit s'agir d'une espèce de représentation d'un monde ignoré, mais dont la présence est
sensible à tout instant, vibrant et comme menacé, il est donc inutile de théoriser une sensation esthétique qui tient à l'absolue totalité de ce qui est communiqué, avec cependant un
effet d'incertitude et de respect créateur qui suspend le spectacle visible à des lois ignorées généralement des mortels. Combien de visions superposées ressent-on dans cette
phrase nervalienne, comme on pourrait le dire des photogramme empilés par Abel Gance pour les scènes de l'école militaire du Napoléon? (où est-il d'ailleurs, ce film de génie?) Mais continuons:
pour le non-spécialiste pourtant amateur, ils y a une question comme celle que pose W. Benjamin: "L'homme communique-t-il son essence spirituelle par des noms, ou bien dans ces
noms?" et plus loin: "le nom n'a que ce sens, que cette signification d'un niveau incomparable d'être l'essence la plus intime du langage lui-même". La voilà l'idée dépliée: l'essence la plus
intime, la plus incomparable qui est celle d'un visionnaire qui semble hésiter, mais qui en vérité dépasse de bien loin le spectacle à représenter, pour aller se placer dans une sorte d'intensité
dramatique tellement chargée de sens divers et de mythes qu'elle paraît prête à s'échapper à tout instant. Les quelques pages lues cet automne dans le volume dépareillé du Voyage
communiquent une sensation distante mais sensible d'une phrase courant sur la limite infinie (inexplicable celle-là) qui sépare deux mondes: l'un est visible, et l'autre qui ne l'est pas, vibre
dessous avec un air de cantilène fait d'accents résonnant d'une part d'irréversible. Toute plongée dans les thèmes et philosophies personnelles de ce grand et surhumain génie, ne nous est pas
permise -- faute d'expertise, de documentation, d'années d'études passées à rêver sur d'autres tempéraments de prosateurs. Restons dans la pensée qu'un monde s'édifie dans ces pages. -- Au fil
des ans, lorsqu'on revoit un tableau vu, revu et même espéré à force d'être envisagé sous toutes ses formes, on s'aperçoit souvent que ce tableau a voyagé à notre insu. A une certaine
époque de la vie, rappelons-nous, les Nus bleus de Matisse se sont mis à danser, car le fil qui les délimite est un papier DECOUPE, une frontière plus profonde que n'eût été celle du dessin qui
toujours suit plus ou moins et en tout cas pressent; la découpe renvoya le dessin bien loin, en apportant un dépassement physique, charnel, presque. Et cela n'a été visible et perméable aux sens
"esthétiques" qu'au bout d'un certain temps. Donc, limitons-nous à cet exercice de dévoilement comme à un résultat de "paresse féconde" et d'attente. On ne peut pas être sévère avec qui
recommande, dans le monde d'un autre monde qu'on appelle l'art, d'attendre que certains éclairs se déclenchent comme à notre insu, ce qui bien sûr est une façon de parler. Devenant tout à coup le
message d'un monde semblant inconnaissable, parce qu'adressé à un moi ayant changé sous différentes influences, ce texte de Nerval fut enrichi de promenades pendant lesquelles il ne m'avait pas
attiré. Il faut donc avouer que détourner ses regards est parfois utile? Pour Baudelaire, qui voit souvent tout de l'intérieur, et qui si la légende est vraie, fit un de ses salons sans même
l'avoir traversé ou à peine, c'est sans doute parfaitement exact. Génie surnaturel. On comprend le danger devant le parerre ahuri des milliers de savants sur ces questions, de reparler d'une
intelligence poétique, comme flambeau illuminant toutes ces régions. Qui sait si quelqu'un osera dire qu'on n'entre pas dans la littérature, etc. etc. mais qu'il peut arriver un jour qu' on en
renaisse absolument. C'est d'ailleurs le but de toute oeuvre vraie. Patientons donc et détournons nos regards...
elevergois -- chronique d'un soir d'été rappelant Moustiques de W. faulkner, et les fameuses discussions sur les arts-- droits réservés pour tous
pays, lieux, surtout les cieux immenses du lac italien où j'aime rêver quand la " petite lame" stendhalienne s'y brise le soir et qu'on n'entend plus qu'elle, plus tard dans la nuit.
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