Mardi 30 juin 2009
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En repassant par la boutique du marchand de nouvelles jovial, j'ai trouvé la mention d'une NUIT DES ETOILES pour ce soir. Alors, je me suis rappelé ma stupéfaction
lorsque j'ai découvert dans mon dictionnaire étymologique italien favori, à l'entrée : DESIDERARE, les lignes suivantes: du latin desiderare littéralement cesser de
regarder les étoiles en vue d'y déceler des présages. Voici donc avec pour ouverture un simple mot, toute une histoire de magie et de ciel qui s'installe,
et presque un début de roman. Ou en tout cas, un verbe bien romanesque. "Desirer" ce serait donc se détourner de la contemplation du ciel, et brûler de
s'approprier, convoiter, mourir d'envie d'avoir ou de posséder; jeu qui paraît bien stupide à l'esprit du doux rêveur qui précisément se meurt d'amour pour ces mêmes étoiles.
Ou bien ne risque pas de cesser de les contempler, quand bien même l'idée d'un désir quelconque lui traverserait l'esprit. Naturellement, glissant sur le même thème
comme les rayons de lune en été glissent doucement sur mon lac (un lac italien qui coule dans mes veines) j'ai pensé tout naturellement aux "Vaghe stelle dell'orsa" du quasi surnaturel Leopardi, un titre drapeau qui flotte au-dessus de la poésie italienne à l'égal de notre Albatros baudelairien. La rare et indomptable langue de Giacomo
Leopardi est l'éternel casse-tête des traducteurs les plus grands, qui s'en tirent avec les honneurs réservés aux casse-cou amoureux des glaciers où l'on meurt couramment d'épuisement. Ces
"Vagues étoiles de l'Ourse", titre qui semble tiré du Cantique de la plus haute espèce biblique, en a vu déraper plus d'un. Mais nul n'y a triomphé, même si la rumeur, comme c'est souvent le cas, a rendu quelques experts français patentés, dignes de respect --mais Leopardi, latiniste, helleniste,
jeune homme au corps brisé par l'étude de presque TOUT, a jeté dans l'océan de vie studieuse saturée de chagrins et de contention d'esprit, la clé qui peut rouvrir à une langue étrangère la
sienne, le territoire où ses Canti s'élèvent; raison pour laquelle on laisse le plus souvent le texte italien en regard, pour que le lecteur averti compare la taille du diamant italien à celle de
la pierre qui conviendrait idéalement en français. Remercions pour leurs peines infinies ces traducteurs qui eux aussi sont allés rapporter de là-haut les "Vagues étoiles de l'Ourse" et qui n'ont
pas tous mérité, loin s'en faut, l'adage de "traduction-trahison", venu d'ailleurs de l'italien sous la forme bien connue (traduttore -traditore). Comme nombre d'autres poètes (Hoffmansthal, TS
Eliott, Dylan Thomas, et leurs égaux) Leopardi vit dans son royaume. Il a peut-être --sans aucun doute, même -- composé dans un monde d'étoiles, solitaire, dramatique sous sa pudeur ombreuse et
lyrique, dans un climat de "surhumain silence" expression contenue dans son poème le plus connu du continent poétique italien, qui s'appelle L'INFINI, texte tellement infini qu'il semble
s'éloigner de nous à force d'être répété, et qui est, à côté de tant d'horreurs vécues, l'une des vraies gloires du genre humain -- parce qu'il paraît distant comme la plus lointaine des
planètes observables, et cependant dicible d'un seul souffle. Une appréciation appuyée sur la plus sincère humilité, qui peut être nous reconduit au début de ces lignes, à ne pas DE-SIDERARE,
(nous détourner des étoiles), mais à les regarder pour y soupeser, sous prétexte d'observation, le rayonnement le plus pur des pierres argentées qui brillent sous les ondes célestes, qui
seulement sont encore là parce les poètes les ont rêvées. Observons donc les étoiles ce soir.
elevergois - tous droits réservés, y compris sur les rives du lac de Côme, et autres luoghi ameni si chers à mon si cher stendhal (qui aurait peut-être ri de moi, comme il dit) mais qui m'a
si souvent fait pleurer de bonheur.