Dimanche 28 juin 2009
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Quand Liszt se résolut à écrire de si belles pages, si profondes, sur la musique de Chopin qui paraît toujours comme une revenante ou une somnambule soudain élevée
dans la magie de ses pas, il dut comprendre l'incroyable virtuosité d'une création qu'on prend à tort pour une musique de convenance, et non d'immensité discursive et métaphysique toujours en
progrès dans la gravité -- bien au contraire de ce que l'on a tendance à croire. Pourtant, quelquefois, il suffit d'avoir le coeur à vif, être "entre soi et soi" comme dit Paul Valéry, ou
comme dans une nouvelle mort joyeusement vécue, car bien souvent dans les plis de rose bouillonnante, il y a des abîmes surnaturels, élégiaques comme les élégies peuvent être jouées du fond
de plaisirs élyséens ambigus. Il y a des voix de cantatrices et des sombreurs d'autres oeuvres, surtout des opéras que le cantabile du clavier ne cesse pas de chanter, mais bien souvent on
passe sous les aires du vivant pour atteindre à un vrai jardin de songes, et de rêves vécus pleinement, si cela a un sens. Mais cela a un sens qui paraît venir d'un pays lointain où
l'artiste seul peut s'aventurer, car la phrase musicale est curieusement aventureuse, même si elle même fait penser au public -- nous voulons dire le vaste public -- à une ritournelle plus ou
moins triste qui répondrait à la tristesse de tout passant pris au hasard. Si nous y regardons bien, une bonne partie des oeuvres qui nous émeuvent sont parées d'éloges qui ont été proclamés
avant nous, et auxquels nous participons malgré nous -- un peu, d'ailleurs comme dans nos attachements et nos éblouissements esthétiques -- nous sommes de toute façon l'attachement et
l'éblouissement d'autres que nous continuons. Pour être original, en musique comme dans le reste, il faut pouvoir sentir jusqu'où peut aller la sonorité UNIQUE qui émane du violon, ou du
piano, et rester en adoration devant ce que le génie déploie d'extraordinaire quand il est présent, vivant, et qu'il nous accorde une partie de sa vie sans laquelle aucune expression artistique
n'a de sens. Cette sonorité unique qui est un rêve, nous est quelquefois donnée, elle demande à qui cherche une vérité en écrivant ou en composant, des efforts surhumains, mais parfois une grâce
toute spéciale et que nous ne pensions pas être capables de produire apparaît, après des nuits et des nuits de souffrance sacrée. Des oeuvres parfois, font l'effet d'être tombées du ciel. Ainsi,
cet après-midi, l'exceptionnel Mythe pour violon et piano de Karol Szymanowski le soliloque du violon bouleverse l'espace, il y a dans le texte des pauses de deux secondes ou plus, des attentes,
des départs. Il faudrait écrire la suite dans la langue des dieux, ou la langue du "génie" nommé ci-dessus. Contentons-nous de penser que nous sommes au monde par cela aussi, grâce à ces
instants miraculeux, comme dans le neuvième ciel qui chez Dante est composé d'un cristal car nous ne pouvons pas dire plus grand ni plus haut. Il n'y a que Béatrice à aimer, et au coeur d'un ciel
surhumain.
elevergois -- chroniques de touraine (Fêtes Musicales 2009) -- texte protégé et déposé avant toute parution dans ces pages, comme par ailleurs il
l'est sur d'autres rives et luoghi ameni.