Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /Juin /2009 10:31

L'émerveillement devant tous les bonheurs recommencés du matin provient de mille sources, et d'une sorte d'attention joyeuse qu'on devine au coeur de tout objet familier resté durant sa longue nuit à méditer dans des territoires de métamorphoses bien inconnu de nous. Peut-être ces objets et ces lieux sont-ils doués d'une imagination personnelle,comme celle qu'on prête parfois à cette curieuse obstination à vivre et à se transformer sans cesse que possèdent les tableaux, eux qui sont des voyages dans l'imaginaire entièrement réalisés. On peut s' interrroger sur les grands espaces vides et sereins du ciel d' été, traversés comme ici par des clairières célestes où vibrent de mille nuances de grès, de tuffeau, ou de marbres fluides, aussi sur toutes les rêveries attirantes pour les Narcisses qui remplissent leurs yeux de nuages, mais rien n'égale en mystères la nuit qui vient s'amarrer le soir entre les arbres. Nuit d'une paix turbulente, qui longtemps, a été comme la poésie des étangs et des cours d'eau, une poésie de fées, d'immersions sans retour ou de métamorphoses cosmisques et monstrueuses. Il est pourant des nuits bien différentes, apprivoisées, familières, où le silence est doué d'une beauté de fleur mourante-éclose en secret, et où l'on rencontre à foison des images premières. Se peut-il que l'ombre généralisée absorde toutes les ombres sur un territoire de fraîcheur,et que le noir sirop soit en vérité un suc magique qui nous fasse nous éléver dans la sérénité des formes qui nous entourent, plus complexe, mais en même  temps nous apportant comme un miroir divinatoire? Dans ce cas, les mots comme « l'espace d'une nuit », « surpris par la nuit » désigneraient des nuits fécondes, pleines de découvertes, et non plus cet assemblage hétéroclite de mannequins ou de machines à faire peur, cet éternel déménagement de grenier où il est bon de placer des rencontres d'âmes en peine reléguées dans un hors-monde désespérant. On peut languir, on peut aimer près du bruit de la fontaine qui s'infinise en passant de la source à la vallée, et de la vallée aux haleines parfumées près des montagnes proches cernées de vent et d'eaux, parce qu'elles agissent dans l'invisible rythme d'un monde en marge, mais non point irréel. Pour qui s'est vraiment baigné solitairement dans la nuit, il faut bien qu'il existe une sorte de passerelle – certes étroite – par où l'on accède à l'essence ce certains bonheurs où se prépare l'infini et éclatant rassemblement de toutes les élégies du monde écrasé de lumières de toutes couleurs, et où s'expriment des sentiments profonds et vrais – qu'on ne connaîtrait sans doute jamais si on ne connaissait pas la douceur de certaines nuits.

 

elevergois - chroniques de Manoir en Touraine - texte protégé (ferai la version définitive sur mon ordi -- les nuits sont pleines de fautes!!)

Par elevergois
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