Vendredi 19 juin 2009
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« Il lui semblait que si, dans les premiers jours de leur rencontre, il avait envoyé au devant d'elle un personnage fait de convenances et de politesse, comme
un sorte d'automate chargé de faire les présentations, de tourner quelques compliments mondains et de parler spirituellement mais sans ajouter la moindre finesse qui fît espérer autre chose qu'un
inconnu charmant comme il y en a tant – attitude par laquelle il se protégeait de toute atteinte d'une sympathie nouvelle, à la manière des visiteurs qui dans les mois où il y a la grippe dans
Paris, rendent des visites à des parents nullement atteints, mais n'ôtent pas leur manteau par la peur officielle de contagion – il fallait désormais que cet ambassadeur sans qualités précises,
serviteur utile pour accomplir les premiers instants où une méprise ou un faux pas sont à craindre, cédât le pas à un personnage plus proche qui eût été capable d'exprimer ses idées, ses
penchants, et il trouva tout à coup plus naturel de les exprimer devant elle sans le moindre détour. Lucile avait signé sa dernière lettre d'un prénom de rêve, dont l'emploi signifiait pour elle
une connivence, sans doute pas avec lui, mais avec une partie des sentiments qu'elle cachait à d'autres hommes, ces sortes de confidences qu'ils prennent pour des vérités, pour la générosité qui
les accompagne, alors que bien souvent ces aveux légers ne sont que des caprices en forme de miroir dans lesquels elles se regardent bien plus qu'elles ne permettent d'être vues. C'était donc
ainsi: parce qu'elle avait signé par jeu "Lucia", il désirait la connaître sous les climats où ce prénom-là pouvait s'épanouir, un lieu de rêve où poussent des plantes puissantes au pied de
grands rochers ensoleillés, où la mer est violette le soir, et où, sans encore savoir quelle était sa silhouette, il la voyait assise à une terrasse et regardant le grand large, retenant son
chapeau d'une main tandis que le vent annonçant de loin la nuit jouait avec le long ruban lisse qui en ornait les bords. » (page retrouvée de Jean Santeuil.)
(eric levergeois chroniques en temps futile, et autres rêveries -- déposé et protégé, y compris sur les rives des lacs italiens.)
Par elevergois
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