Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /Avr /2009 08:48
Cette nuit m'est revenue une pensée tirée du Zibaldone (sorte de fourre-tout de notes géniales du grandissime poète italien Leopardi, contenant des milliers de pages et trois fois autant d'aperçus géniaux sur tous les sujets littéraires, de modernité et d'antiquité, de philosophie, de philologie, etc -- le texte a paru en français grâce au talent d'un grand traducteur devant qui je m'incine respectueusement, et a été vaguement signalé dans quelques journaux français, il y a quelques années, avec une attention scrupuleuse qui souvent nous ôte tout enthousiasme pour le lire et pour  y trouver la joie de penser.)

Ce grand livre qui est un vaste rassemblement des aperçus les plus fins et les plus dignes de reflexion, je l'ai  ouvert un jour dans l'édition de poche italienne, et j'ai mordu à l'hameçon d'un paradoxe qui à quelque rapport avec les temps qui changent -- on sait, on nous le dit assez sur tous les tons -- que les temps changent à une vitesse! tandis que les gens eux, à ce que je vois, ont certes d'autres moeurs qu'à l'époque de Louis XIV, mais leurs penchants, eux, (goût du pouvoir, du luxe, de mille choses qui donnent envie d'autre chose (merci Alain Souchon) ne changent pas). L'histore repasse les plats avariés, pour une fois, crise ou pas crise. Mais revenons à nos moutons.

Leopardi nous dit dans un passage sur le temps qui passe en nous, les changements d'époque, etc. que contrairement à l'image de l'homme qui petit à petit s'éloigne de la rive dans une barque au fil du temps qu'on ne remonte jamais, et bien, que c'est LA RIVE QUI S'ELOIGNE ET NON LA BARQUE. Renversement stupéfiant et tellement lumineux qu'on en reste sans voix. Nos rives anciennes restent autour de nous, remplacées par de nouvelles rives plus distantes qui s'éloignent à l'infini. On se croyait rejeté, périmé, disqualifié, usagé, décrépit, mais non, nous restons curieusement intacts, avec tous les trésors de nos lectures, toutes nos idées bien en place et qui, comme toutes les idées continuent de croire selon un certain rythme. On continue de s'émerveiller, mais le décor a changé.

Et la rive quitte la barque petit à petit et non l'inverse.

 


(elevergois.com - eric levergeois - chroniques impubliables - tous droits réservés y compris sur les bords du lac de Côme)


Par elevergois
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