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JEUNE FILLE MARCHANT DANS L’EAU – (Maillol)
Quel élan merveilleux dans cette statue ! la puissance légère et le balancement intérieur de tous ces mouvements qu’on ne voit pas et qu’on ne voudrait pas voir, d’ailleurs, sont en action
pleine, mais ils sont comme clos sur eux-mêmes, et dans l’attente de quelque immense libération qui révèlera ce qu’ils sont. Il y a une majesté des formes ici qui délicatement se
concentre et rentre en soi-même pour mieux nous faire participer à une expression de la Beauté du monde – qui est toujours chez Maillol, comme dans une série de signes du zodiaque où lire des
paradis, le monde de la femme. Intense et sublime beauté parce que parfois, comme ici dans cette jeune fille marchant dans les vagues, elle met en place autour d’elle non une scène de marine ou
de plage foulée par un corps aux formes jeunes, mais bien plus sûrement l’univers d’un instant élevé et comme un monde d’intensités reproduites par la démarche, un mouvement tel qu’il est
représentable en sculpture, c’est à dire ouvert sur les rêves d’un grand artiste. Car, quitte à nous brouiller avec notre amour de la critique baudelairienne qui résonne en nous comme un bourdon
de cathédrale, nous osons dire que la sculpture elle aussi a son alchimie. Et par conséquent ses échappées vers des mondes concentrés, divers, et tant d’horizons où rêver. Oui, Maillol fait
rêver, et de statue en statue, on surprend en soi un désir de s’envoler, de parcourir des lieues dans un ciel où tout passage serait aisé, car c’est autant le contour amoureux d’un corps de femme
que sa calligraphie inspirée qui nous tient en respect. La densité qui pourrait banalement signifier la marque de fabrique de l’artiste, n’est qu’une première étape, et au-delà, il serait
surprenant qu’on ne trouvât pas quelque sérénité légère et fluide dictée par l’humeur de l’artiste, par qui le nu féminin, s’associe au monde pour en devenir une sorte de sonate, de fugue, où se
décline la merveilleuse puissance d’exister. Aimer Maillol n’est pas si simple : les statues quelquefois sont lentes à passer sous nos regards, elles sont puissantes, elles dominent, mais il
suffit d’en être charmé, au coeur de la pensée de ce qu’elles souhaitent nous dire. Lorsque Maillol affine une taille, donne ce mouvement de branche neuve et fleurie à son œuvre,
celle-ci nous chante les moments les plus précieux de la joie d’être au monde – et qu’elle recommence, et qu’elle poursuit. Ces statues nous disent la vie inlassablement, car en chacune d’elle
semble palpiter une source, une jouvence surhumaine, toujours jaillissante dans le même mouvement de révélation qu’elles portent toutes. Pour ces joies, pour les multiples bonheurs frais qu’il
nous arriva un jour de découvrir sans les comprendre – mais tout ce qui nous parle un langage surnaturel se fait comprendre, comme pour les êtres, quelquefois des années plus tard lorsque les
paroles méditées s’éclairent – et aussi pour sa vaillance, sa ténacité, le discernement et la vraie autorité d’âme dont elle fit preuve toute sa vie, nous aimerions dire, en mémoire de cette
femme extraordinaire que fut Dina Vierny, dont l’élan hante et traverse bien des statues, un mot léger, alors, pour elle, délicatement nous déposons devant le piédestal d'éternité cette
page de poésie. Et nous désirerions qu’on contemple parmi tant de statues, celle ci : – " la jeune fille marchant dans l’eau ", justement, qui à la vérité est une méditation sur
l’ivresse infinie de vivre qu'incarna aussi Dina Vierny. (eric levergeois – chroniques impubliables – Dina Vierny nous a quittés le 20 janvier 2009)
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