Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 17:46
C'est absolument merveilleux d'avoir fait, dans une époque comme la nôtre un film sur John Keats, qui fut l'un des plus grands poètes de son temps, c'est rendre à la poésie -- ce langage de l'âme tout entière qui donne voix à tous les mystères du monde, ce langage qui appartient à tous les hommes qui font parler les montagnes, les rivières, les orages, les douleurs, les pierres et les abîmes, et les moindres choses, auxquelles une vie neuve est accordée. Ce n'est pas d'une vaine rencontre de termes harmonieux, ou de bouquets de syllabes bien assorties qu'il est question ici ; il est question de l'engagement absolu d'un être qui s'est reconnu poète et qui se livre tout entier à cette maîtrise du langage accompagnée par  le déchiffrement des sensations les plus profondes qui nous donnent, parce que nous les partageons, une vie de rêve que nous ne partagerions pas sans elle,  la poésie, et cette expérience, cet art, ce miracle de densité  redécouverte -- et cette aventure sur les territoires  insoupçonnés d'une vie à vivre bien supérieure au reste. Keats fut un immense poète, il eut un traducteur français quasiment attitré, mais on le lisait avec plaisir dans l'édition complète anglaise, comme Tennnyson ou (les rythmes de la Lady of Shalott sont encore présents) ou encore S.T. Coleridge, qui semble à plus d'un le vrai génie de cette épopée de la poésie anglaise . Merveilleux poètes anglais redécouvrant l'Italie, comme Browning à Florence, Shelley à bord de son voilier l'Ariel. A Rome, certains doivent le savoir, au pied du grand escalier qui va vers l'église Trinità dei Monti, il y a un petit musée consacré à John Keats, et sur le mur est une phrase de son ami Shelley (qui mourut sur son voilier dans la baie de La Spezia) qui (je traduis de mémoire) dit ceci: "cet homme dont le nom était écrit sur la rumeur des vagues". Jane Campion a déjà dit qu'à la fin du film on ricanerait ou on pleurerait. J'ai déjà choisi mon camp. Merci du fond du coeur, Jane Campion, d'avoir fait revivre ce qui reste l'honneur de l'intelligence et de la sensibilité au monde: la Poésie. On trouvera toutes les oeuvres de Keats sur la toile, et en français dans l'édition de l'imprimerie nationale.Même s'ils sont oubliés par cette époque où la niaiserie a pignon sur rue, et où l'argent des marchands semble être la mesure de toute chose, inconnus, méconnus et oubliés, les poètes connaissant l'or du temps (l'expression, chacun le sait, appartient à Breton) sont la joie, la gloire et l'honneur de l'humanité. Ils sont bien plus vivants dans notre sensibilité que ces vivants honteux que dégorge comme un égout nos sociétés appauvries de ce que la richesse n'achète pas: la subtilité, le merveilleux, l'expression, l'art, l'intensité, et le souci de la grandeur -- et pour les hommes, un destin qui toujours cherche le sublime.(elevergois.com)

Avec ma prière personnelle et profonde pour que tous puissent honorer malgré les siècles et l'indifférence, le grand poète romantique si tôt arraché à la vie, et qui écrivit d'une manière si intense et géniale! Salut à toi, ô grandeur, de loin, de près, des bords figés et lourds de mes lacs italiens- elevergois
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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 21:21
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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 13:58
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Jeudi 31 décembre 2009 4 31 /12 /Déc /2009 04:42
Vous avez peut-être remarqué que les tableaux vus et surtout revus à différents moments d'une vie, lorsqu'ils sont un objet de curiosité continue, évoluent en nous, et sont toujours plus intimement liés à notre relation  profonde  avec leurs secrets. C'est un travail de longue haleine et de patience, car les tableaux ont autant à nous dire que des pages de Stendhal ou de Proust, et se retrouvent, apres avoir chemine dans les tiroirs de l'imagination à notre insu, toujours plus grands. Si nous avons un peu peiné pour nous introduire dans les arcanes de Kandisnky -- sur le mode de la perception première, celle qui n'est pas lestée d'érudition à dégoûter de tout -- Serge Poliakoff, peintre qui peut paraître à certains daté d'une époque, fut dès le premier instant une rencontre pleine de confidences, la sensation bouleversante d'une vie déjà vécue! et notre attention fut absolue, exaltée;  il y eut presque un arrêt infime dans les battements du coeur.  Des masses en lutte avec d'autres masses, un espace maçonné, travaillé, avec des nuances de couteau, de truelle, de craie, de chaux, de surcharges qui divisent les tons et leur donnent une épaisseur qui se dégage et s'allie par rapport à une autre. Et puis, quelque part vers un centre jamais tout à fait exact, une ligne  de démarcation, une frontière, quelque chose qui tient des plaques qui s'affrontent sous les plus basses couches de la terre.  On est resté devant ,le souffle coupé. Si l'on oriente un article vers le discours sur les couleurs, leurs oppositions, leurs contrastes, voici un tableau très grand, vu dans une lointaine FIAC,  (à plus d'un million de francs disait la vendeuse responsable aussi simplement que si elle m'eût donné l'heure), et qui est tout entier travaillé dans des tons de vert très léger et de crème -- et la magie opère encore. Il faudrait penser à des cartes, à des continents qui viennent d'être découverts et replacés l'un après l'autre selon un caprice d'artiste qui pave le ciel de masses nouvelles, ou fait naviguer sur les océans des puzzles tirés d'une pangée qu'il brise à son gré. Il y a quelques temps, dans le beau et calme musée Maillol -- toujours plein d'un silence de prières et beautés de crypte -- il y avait encore une présentation de toiles de Poliakoff à couper le souffle, notamment le premier à droite en entrant dans la salle: concert de bleus n'étant plus du bleu mais des grès, des granits, des aubes laquées, des sillons et des champs bleus de crépuscule, bref, tout un arc-en-ciel de bleus se joignant et se disjoignant avec les mêmes mouvements de glaciers qui luttent, le coeur de la lumière d'une couleur forçant sur la tonalité de sa voisine pour que l'oeil la recouvre et s'en sépare selon ce qui est pour nous un mystère -- et aussi une obsession infranchissable. Je suis toujours bouleversé par le grain matériel de ces couleurs, leur insistance séculaire d'icônes ou de dolmens et qui cependant bougent ou bien aspirent à des rencontres, se poussent, s'attirent, luttent, se divisent et se joignent dans l'unité. Il y a quelque chose qui émeut et qui vient d'une profondeur des temps. Il ne serait pas inapproprié ou aventuré, d'ailleurs, de dire que toute oeuvre importante conserve, sans qu'on sache exactement laquelle une mémoire, et une mémoire qui inspire. Un grand tableau, disons-le aussi, vient à nous, nous occupe, nous hante, s'impose et nous inquiète -- seulement, si grand que soit l'artiste, ce ne sont pas tous les tableaux qui assènent leur point d'interrogation massif, leur déploiement de fresque, leur décor étagé de toutes les profondeurs de  plain-chant et d'orgues, et qui nous jouent leurs plans sonores en nous saturant d'une émotion qui balbutie pour trouver ses mots. Probablement, les puzzles de continents colorés de Poliakoff ont créé et signé d'emblée un espace imaginaire qui attendait en nous, et à bien des égards, ils ont scellé une union sacrée (au sens ou Malraux emploie ce mot) qui indique une voie, une réalité autre qui est la vraie au-dessus de la fausse, et qui crée une possession totale. Aimer ces éclats de pierre sur toile, ces plaques de marbre sombres clivées, ces pastels, huiles, estampes, refondus dans des couleurs d'alchimiste -- car la préparation des couleurs à la main, préalable connu chez cet artiste, entre sans doute dans la sorcellerie de ses oeuvres -- c'est d'abord assister à de puissantes unions où les tonalités reviennent d'un ailleurs pour installer sous nos yeux ce qui est retable, lumière d'un être profond des choses, superposition "plane" , si l'on ose dire, de mondes dissociés qui relient des abîmes derrière cette banquise colorée qui colle irrémédiablement à l'âme. Et puis, si l'on est trop hanté par l'oeuvre d'un peintre sans arriver au bout de des peines et en y usant toutes ses plumes et tous les arpèges du  "beau style", c'est qu'il y a encore plus, et qu'il faut aussi renoncer , dire de temps en temps que c'est un mystère trop profond qu'on ne sait pas sonder, et qu'on frappera toujours à cette porte sans qu'elle s'ouvre --dans l'amour des arts, il a aussi une admiration si proche de l'amour tout court qu'elle demande non des mots mais du silence, ou pour l'avenir peut-être, des mots de silence dans langue inconnue que nous n'avons pas encore trouvée.


elevergois -- début d'une étude déjà parue et qui devrait trouver sa conclusion cette année à condition que le lièvre ne soit pas battu à la course par la tortue, ce qui s'est déjà vu - tous droits réservés préservés et conservés dans nos chais, et aussi et toujours sur les bords enchantés des lacs italiens -- Côme Garde Maggiore - indispensables paradis perdus des jounées froides d'ici - elevergois.
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Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 22:47

Dans un pays bien loin d'ici, il existe des poètes qui tiennent des blogs dans les journaux électroniques, et ils écrivent comme des poètes qui ont souffert de tout, rêvé de tout, se sont enchantés de tout. Un rien, une image, une rencontre fortuite ou une mélodie qui hante leurs rêves les fait écrire. Ce qui sort de leur plume ou de leur clavier est une poésie qui n'est pas le chant précieux des érudits trop raffiné, ni une mélancolie facile qui les autorise à prendre des poses de curiosité mondaine. Non, eux, ce sont des hommes-poètes, ils ont grandi et vécu comme des phénomènes naturels incarnant la vie de la Poésie. Ils l'éclairent, ils la forment, ils la disent comme leur langue unique. Ils sont comme de vraies erreurs sur cette terre, et ils exercent à merveille leur fonction d'être des erreurs, des phénomènes, des saltimbanques, des espèces de corsaires du langage qu'il ont pris d'assaut sans trop savoir à l'avance ce qu'ils faisaient, et ils réussissent, aventuriers spendides, aussi bien l'humble que le sublime. Ils écrivent tout simplement de la poésie parce qu'ils ne savent pas faire autre chose. Mettez-les par exemple dans la situation de ramasser un coquillage sur une plage, et ils se mettent à transcrire les confessions les plus intimes de l'océan, parce que tout ce qu'ils possèdent, ils le possèdent en commun avec l'univers infini des langues capables d'exprimer quelque chose. Inutile de préciser que de tels poètes sont devenus si rares qu'en les découvrant par hasard, on est étonné comme devant une réincarnation du poète de la Renaissance. Celui qui est à la fois grand amoureux, grand géographe, grand savant du coeur humain, et surtout merveilleux artiste et artisan raffiné et soigneux dans ce qu'il a choisi de dire. Précisément, nous devons à l'un de ces poètes nés pour être poètes avant même de prendre la forme d'un homme et de ressembler aux hommes -- nous voulons dire par là qu'ils sont supérieurs à l'humanité en ce sens qu'ils rallument les cendres dans les coeurs éteints, rien de plus – une remarque qui est très belle et qui nous a touché. Ce poète d'un pays très loin du nôtre, après s'être promené le long de l'océan, a remarqué une statue qui représente un autre grand poète de son pays, et ce qui a retenu son attention, c'est que la statue du poète assis au bord de l'océan est tournée vers les passants et pas vers le grand large. C'est une question qui pourrait n'intéresser personne, à part les conseillers littéraires de la municipalité et les responsables des beaux-arts locaux. Mais elle intéresse notre poète qui est un poète essentiel lorsqu'il repense à la statue officielle, emblématique, honorifique à l'échelle d'un pays vaste comme un continent, et qui est consacrée à son très illustre confrère. Sérieusement, voudriez-vous d'un Chateaubriand avec un visage défiant les océans et le grand large, (s'il n'était pas couché dans son rocher) ou bien un Chateaubriand tourné vers la terre de Combourg et les remparts de Saint-Malo? La réponse n'est pas simple, mais ce qu'il y a de moins simple, on s'en aperçoit vite en lisant le poète qui a posé cette question, c'est le noyau, le coeur de la question qui ne cesse de briller pour l'intelligence comme un pur diamant: de quelque côté qu'on le place, ou bien le poète tournera le dos aux hommes, à toute l'humanité des lecteurs présents et futurs, ou bien, inversement et comme c'est le cas à présent, il tournera le dos à l'océan, aux vagues immenses venues de pays lointains qui lui parlent une des langues les plus spontanées et les plus naturelles qui soient pour un poète, montrant ses épaules au grand large, et comme voulant se séparer de la scène aux spectacles toujours changeants de la mer. Notre poète s'est bien gardé de conclure ou de condamner, comme on le ferait chez nous. Il a simplement adressé une lettre magnifique « à ses dix-neuf lecteurs » comme il dit si joliment, et il ont déposé des fleurs, des poèmes de l'homme à la statue, des témoignages sensibles et vrais , pleins de tendresse d'émotion, et de larmes que les lecteurs ont osé avouer dans leurs messages, de vraies larmes de gens vraiment émus qui le remercient d'avoir posé cette question. Qu'ils soit remercié ici aussi du fond du coeur, et qu'ils ne soit pas surpris si une nuit la statue (qui sait?) disparaîssait ; c'est que le grand poète impatienté de tourner le dos à l'océan est allé se baigner dans l'élément vaste et originel d'où fut tirée l'humanité: il aura ainsi résolu de lui même la question épineuse. Ou bien la statue se sera d'elle-même tournée de l'autre côté, à des heures inconnues de nous, et sans qu'on puisse s'expliquer ce mystère – c' est la solution la plus probable.

 

elevergois -- retour d'un voyage littéraire en un pays bien loin d'ici où vivent des gens  qui ne sont pas encore ivres d'idées reçues -- tous droits réervés sur les bords des lacs italiens, comme d'habitude.

 

A Monsieur Alavaro Alves de Faria , sur son article à propos de la Statue de Carlos Drummond de Andrade placée à Rio devant la mer. Merci pour votre magnifique texte!

 

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