Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 21:37

Oui, la langue française est difficile et délicate à pratiquer dans ses ressorts secrets qu'un rien libère et qui poussent sur d'autres ressorts, aiguilles, balances, pendules, toujours adaptés pour accueillir une trouvaille à la manière du papier photographique qu'on plongeait autrefois dans un bain appelé révélateur. Sitôt qu'on la fait agir comme parchemin tissé sous un texte qui fait ressortir ses jointures de latin, de grec, d'études, de pensum et de souffrance d'inventeur, elle déploie des mystères, elle est d'emblée une langue adaptée aux plantes rares qui poussent dans ses fibres et qui s'offrent d'un même élan au botaniste et au stylet du chasseur de fautes qui la lit autant qu'il la guette. J'apprends ces derniers temps qu'on y fait des erreurs de syntaxe, de phonèmes, de syllabes, ce qui signifie qu'on ne sait plus faire la cour et sa guerre à cette langue dans laquelle on écrit, mais qui apporte également au lecteur habile qui la pratique comme un musée aux collections toujours en mouvement. Vous pensez en français? Non, le français, selon ce que vous écrivez, vous adapte au monde de la lecture avec des rayons pénétrants et sensibles qui feront de vous un être à peine décent, ou un académicien à l'aisance froide, qui a toujours par quelque côté un lointain rapport avec la posture du dandy. On ne sait pas pourquoi cette langue s'écrit du dedans, et non du dehors. Ce qu'on sait, c'est que celui qui s'y engage avec deux ou trois pas mal répétés, lui marchera sur les pieds comme celui piétine les souliers d'une jolie cavalière parce qu'il ne sait pas encore bien danser. L'incroyable affaiblissement des ressources vocaliques qui font que le français ne chante pas comme l'espagnol ou l'italien, fait qu'il faut sans cesse compenser sa phrase par des cadences, des sursauts, des à pic et des landes qui donnent du liant et de la saveur dans une lecture qui ne coule pas,mais qui s'exerce. La spire d'une peau de citron dans une nature morte hollandaise est toujours un peu comme un excitant sans sel, ni poivre, ni rien qui relève le spectacle sans qu'on sache d'emblée pourquoi ni comment, mais qui est agissante et paie comptant celui qui regarde par un effet continué. On s'y attarde en se demandant pourquoi on la voit ainsi faire des effets élégants et discrets, on s'en détache, on en est rattrapé par le coin de l'oeil, on croit qu'il y a là quelque chose à dire qui doit bien être central, capital même, mais en usant ses prunelles dessus pendant des années, on n'y trouverait rien de plus. C'est sans doute qu'on oublie qu'un tel tableau, mieux que bien d'autres parce qu'il est « ressemblant à des choses qu'on connaît, a été pensé sous ce qu'on voit comme la longue et lancinante question d'abord technique, à quoi succède ce qu'on a réussi à peindre avec des pinceaux et et des couleurs – et si sous ce tableau une longue préparation d'artiste savant exagère sans effort l'emprise du résultat, c'est de la même façon qu'on réussit, qu'on soit né français ou pas, sa rédaction en langue française qui est affaire de sauce bien pensée, de fonds marinés, d'apprêts soigneux.


Quiconque a regardé le jour au petit matin sérieusement, ne peut pas se dire qu'un rideau se lève. Car le jour qui point se prépare, il pousse dans le terreau de la nuit comme un bulbe de lis enfoncé dans la terre correctement et qui tient ses promesses en fleurissant à l'heure dite. Aussi les auteurs médiocres ou ceux marqués par le sceau du grand talent, font-ils tous des prouesses dès qu'ils arrivent à déployer le style noble, le style caressant, le style qui a peiné dans de longs silences son accomplissement, de quelque degré qu'il soit. Lorsqu'on entend monsieur Michael Edwards, professeur de poésie au Collège de France et né sous les doigts très précieux des muses de Shakespeare et de Milton, on n'a plus aucun doute sur la question des fonds en peinture, et des fonds dans la pratique savante d'une langue incarnée par un homme. Monsieur Michael Edwards mérite des éloges sans fin, sa diction est noble, ses recontres de termes français appuyées sur des pans entiers de Racine ou de T.S. Eliott à valeur égale, font de lui un de ces hommes capables de porter le costume de l'académicien hors pair, et il a donné de la poésie anglaise un livre aimable, admirable et sans retouche possible. Monsieur Michael Edwards est un homme que la poésie hante, parce qu'elle l'a élu parmi les plus grands des plus grands lecteurs en qui quelque chose de spécial et de miraculeux fascine – et ce qui fascine en lui, nous aimons à le croire, c'est son amour de la langue française qui ne s'explique que par ce mot qui couronne les belles rencontres digne des contes fées: « parce que c'était elle, parce que c'était lui ». Et s'il ressemble un peu à ces chateaux austères anglais ou celtes poussés dans nos jardins de Touraine, c'est parce qu'en nouveau paladin de de langue, il a placé ces couleurs sur son blason de chevalier du français.

 


(et Gallimard qui veut pas de mes textes, hein, où va la France!!)

 

 

elevergois - le livre dont il est question "Génie de la poésie anglaise", en français, a paru dans la Collection à couverture de poche grise et vaguement brillante, où on trouve d'habitude les classiques du Moyen-Age; achetez-le , ce livre de Michael Edwards, c'est un livre qui en vaut mille -- accessoirement, allez le lire sur les bords du lac de Côme en rêvant d'une héroïne à qui vous en pourriez lire une ou deux pages -- elevergois

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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 19:20

Dans un être aimé tout s'accorde comme dans un tableau. Nul besoin, du reste, d'imaginer qu'il y a des réincarnations, des messages venus du passé et des vestiges ressuscités. Ce qui nous émeut, au fond, c'est l'appel d'un avenir inconnu et sa splendeur. Cette héroïne qu'on aime est une découverte et une vision de vie nouvelle où tout  résonne  en tout, comme un paysage admirablement composé, et c'est petit à petit que les cheveux dont les boucles se déroulent avec douceur, les yeux qui accumulent des teintes de bleu, de violet, de soirs tendus de bleu couleur de septembre, et encore mille et une nuances, tous ces traits se fondent pour ne plus former qu'une présence qui se résume à un nom, à un prénom plutôt. Celui que portent bien d'autres femmes mais qui, pour vous, sonne comme une annonce musicale et sonore du paradis, ce paradis que comme le poète, vous tournez et retournez sur vos lèvres en le prononçant à la dérobée, en le murmurant, et qui ne signifie que cette femme-là, celle qui est aimée et qui n'est semblable à aucune autre -- et même ce qui l'entoure et qui est devenu tout aussi divin, cède à l'énoncé doux  et privé  de ce nom magique: une sorte de sésame qui rend le monde au bonheur, le fait palpiter. Vous dites deux fois son nom, et aussitôt quelque chose de divin vous arrête, comme si vous aviez un doute, un doute inutile -- ou est-ce plutôt un jeu qui permet à votre coeur qui se dilate de "respirer" un petit instant ? -- mais ce qui est si magique laisse derrière lui votre raison et toutes ses ruses, et vous dépasse, et vous laisse parfois aussi émerveillé qu'incrédule. Il se pourrait, vous y pensez par amusement, ou peut-être par distraction volontaire, qu'elle ne soit pas là demain, qu'elle ait on ne sait quel empêchement, vous imaginez tout à coup et à plaisir le contraire de ce qui vous arrive, simplement pour replonger avec bonheur dans l'ineffable et invraisemblable stupéfaction de cette réalité sûre et certaine: vous aimez celle qui vous aime, oui, et elle existe bel et bien. Et chaque jour qui vous rapprochera d'elle vous apportera une découverte. Vous allez l'apprendre comme on apprend une langue étrangère, l'atmosphère d'un pays inconnu, son parfum, ses rites. Il est même honteux de savoir qu'un jour on pourra ne plus aimer cette femme dont le moindre geste est une parole, un signe d'entente, parfois un doute, mais un doute qu'elle efface pour votre bonheur – car vous vous aimez, avec tous les verbes que contient le mot et qui sont innombrables. Il y a même, en cherchant bien, quand c'est l'intelligence égarée qui s'avance la première, comme l'idée d'un souvenir que vous auriez acquis jadis, dans un passé qui n'existe bien sûr pas, mais certains instants du bonheur font écho dans votre mémoire, comme si vous inventiez à cet amour une préhistoire, et que vous ne disiez pas simplement « pour toujours », mais aussi « depuis toujours », comme si l'amour présent, comme une gomme, réussissait à effacer les mois et les années atones où il n'était pas là, et à semer des vestiges et des signes futurs dans vos années anciennes. Lorsque vous commencez à vous demander si vous ne l'avez pas connue dans une vie antérieure, c'est vraiment que la fusion des âmes est entière; tournez-vous, avancez un peu, ...voilà, maintenant vous pouvez prendre un cliché de votre âme dans cette posture-là, vous êtes dans l'état de grâce de l'amour fou, absolu. Clic! Merci, rangez-le dans un tiroir ou faites-en une page d'auteur, cela prouvera à vos amis que quand on parlera d'amour devant vous...allons, inutile d'écrire la suite, restons dans ce beau climat de gondoles, de couchers de soleils vénitiens et de douces paroles que le vent léger du large emporte.

 

 



elevergois -- lu hier au soir Stendhal avec le même bonheur, avec cette nuance qu'en privé, quand il se parle en notant ses idées...enfin, Stendhal reste le grand et durable auteur d'oeuvres où l'amour agit et manipule tout comme un personnage invisible qui s'affaire sans trêve-- elevergois --


 











 


 


 

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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 20:49
Il ne viendrait à l'esprit de personne d'accuser de l'ignorance ambiante qui que ce soit, mais le fait est que de parler ou écrire en faisant référence à une oeuvre classique, à un de ces grands noms qui sont sculptés sur la façade de nos grands temples personnels, n'émeut plus grand monde. Je n'ose pas dire que les (plus ou moins grands) lettrés vont bientôt faire partie d'une sous-branche d'anciens combattants, mais les débats qu'ils ont encore entre eux donnent l'impression qu'ils se servent d'une langue morte, connue seulement des érudits poussiérieux, des astronomes de planètes nommées Voltaire, Diderot, Rousseau, Stendhal, il faudrait les citer tous, lieux ou planètes bien plus attirants que nos pauvres conquêtes de planètes réelles. La lecture récente d'un grand journal du soir nous l'a d'ailleurs appris: pour de nouvelles grandes puissances, la Lune reste un placement publicitaire attractif, à moins que ce ne soit un lieu stratégique d'où l'on puisse menacer de bombarder la terre avec des missiles -- à condition de savoir faire des missiles qui ne partiraient pas en fumée en entrant dans l'atmosphère, ce qui nous laisse un peu de marge. Le siècle précédent regrettait parfois les trains à vapeur, celui d'avant la marine à voile; à présent, il faudra se dire (à voix pas trop haute tout de même)
"tu te souviens de l'époque où on dévorait les classiques en livre de poche?". Ca semble loin, et en même temps on se dit qu'une telle absence de savoir doit s'acquérir aussi laborieusement que nous bossions nos thèmes latins. Ne savions-nous donc rien, nous non plus, quand nous avions vingt ans? Si, nous avions mis des marque-pages dans nos manuels en nous promettant de nous émerveiller de lire tel ou tel chef-d'oeuvre plus tard, sauf que plus tard que plus tard est arrivé ce monde, ce monde si ressemblant au "monde du silence" de Cousteau, avec cette différence que le silence est dans les têtes et que ça se passe à l'air libre. Un silence contagieux d'ailleurs, sauf pour les territoires loin d'ici où on regarde la France de loin: de loin personne n'ose évoquer le naufrage ni se demander qui sont les "naufrageurs" -- c'étaient des malheureux sans le sou et un peu assassins qui pour faire éclater les bateaux sur les rivages dangereux, et s'emparer de la cargaison et tuer ce qui en restait accessoirement, embarquaient la lanterne signalant la côte sur un charrette qui bougeait sans cesse. Tactique imparable pour envoyer un navire sur les récifs, de nuit, et par mauvais temps. Il serait étonnant que le peu d'importance accordé par la nouvelle génération dirigeante aux travaux de l'esprit n'obtienne pas le même résultat. Il faut croire que " Les Phares " baudelairiens éclairant l'humanité ne l'éclairent plus de la même façon, et que nous allons du culte du  bidulle portable en culte d'autres machin-choses électroniques vers (comme nous le disent et le redisent les portails de l'Internet) des préoccupations hautement érudites sur le maquillage, les derniers résultats de la course de formule 1, ou du mariage de la dernière star à la mode. Cureiux présages. A toutes fins futile (sic), nous signalerons que nous avons entendu parler , malgré tout, de la sortie d'une biographie de Prosper Merimée, d'une autre de Clara Malraux, et que des historiens se sont penchés sur la gloire du roi Henri IV, qui en discutaient comme s'il avait été tué hier; il paraît même que le mystère subsiste sur le fait que Ravaillac ait eu des complice ou pas. De bonnes nouvelles du côté de l'édition, donc, malgré les Phares qui commencent à clignoter, mais après tout, ce n'est pas tant la question des phares qui ennuie.C'est quand on trouvera le moyen de supprimer la nuit qu'il faudra s'inquiéter.

(il semble que le texte soit sorti "en drapeau" mais si ça ressort encore après correction, ma foi tant pis)


elevergois -- avec un salut aux lacs italiens qui en ce moment semblent s'être rétrécis sous une couche de neige et de glace, et à propos de lacs italiens, ai constaté qu'il y a plus d'événements dans une page du Journal de Stendhal que dans bien des journaux de ce temps -- elevergois
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /Fév /2010 02:13
Vraiment c'est un peu une bouteille à la mer que j'avais lancée en écrivant au poète Alvaro Alves de Faria, pour la fête qui devait l'honorer samedi dernier,  sur le blog de Pierre Assouline -- Republique des Livres, blog du Monde- et en trois autres endroits, cet article que j'ai posté sur le blog brésilien, et qu'il a eu l'extrème gentillesse de publier en portugais (brésilien) sur son propre blog officiel, (rien que ça!) comme je viens de le voir avec des larmes de joie! La nuit va se passer avec la tête dans les étoiles!!!! pour en savoir  un peu  plus suivre ce lien (www.alvaroalvesdefaria.com) -- Très heureux. Merci infiniment.-elevergois--pour le texte sur le blog, et pour faire connaissance, à côté d'une grande Tour Eiffel qui n'émet pas mais RECOIT des ondes du Brésil poétique:

http://blogs.jovempan.uol.com.br/poeta/

Pour tous les amoureux de poésie qui s'intéressent à cette flamme  ardente de l'intelligence - elevergeois -- eric elevergois
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /Jan /2010 14:54
J'ai signalé sur le blog de Pierre Assouline cette fête pour "le Serment du Viaduct" cet après midi à Sao Paolo, samedi 30 janvier, à l'occasion de la réédition de ce livre mythique: du grand poète brésilien:"Le serment du Viaduct"  -- une série de poèmes lus avec force hauts parleurs sur le Viaduct de Cha à Sao Paolo, (sous les années de dictature et censure) une  belle fête et une heureuse rencontre avec l'auteur -- et la jeune universitaire qui vient de consacrer une thèse à ce livre, ouvrage présenté le même jour, -- et qui a lieu à l'espace "Local Pantemporâneo"... bon, je mets tout ça en portugais du Brésil:

"lançamento no sábado, dia 30, do livro de Aline Bernar, sobre o meu “O Sermão do Viaduto”, os poemas que eu dizia no Viaduto do Chá, nos anos de escuridão. Será no “Local Pantemporâneo”, na Avenida Nove de Julho, 3.653, a 50 metros da Rua Estados Unidos, às 15,30 horas." dit le poète sur son blog "o blog do poeta Alvaro Alves"

J'ai dejà averti des amies appartenant au monde du spectacle (l' organisation, pas les paillettes!) et du cinéma, à Sao Paolo, de s'y rendre, quant à moi je m'y rendrai par la pensée et très ému après m'être engagé, il y a quelque temps auprès du poète à quelques traductions en prose, ce qui, me dit-il, lui donnera muita allegria, et j'espère que seront heureux aussi, très bientôt,  tous ses nouveaux lecteurs d'ici.


poeta-alves-copie-1.png


http://www.alvaroalvesdefaria.com





Sous une apparente bonhomie, beaucoup de très très grande culture (Camoes et tous les poètes du monde entier) et un talent très très grand de poète-né, en qui la lumière de la poésie ne cesse jamais de briller intensément -- et pas pour des bouquets de syllabes comme ici, non, c'est la poésie engagée à être dans l'effort durable et continué d'être ce qu'elle est, et qui ne peut venir que d'un artiste-né.

elevergois -Tous nos voeux pour  que cette fête d'aujourd'hui  soit un beau succès, poète Alvaro Alves, et mes sentiments émus à tous ces lecteurs et lectrices passionnés qui suivent votre blog avec émotion jour après jour!! -elevergois
 


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