Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 23:53
Vous qui êtes le lecteur en toutes sortes de styles, vous qui êtes déjà prévenu qu'il y a autant d'océans, de fleuves, de rivières que de façons de naviguer ou de s'embarquer sur le vaisseau d'une grande oeuvre, vous la connaissez sûrement cette sensation très étrange, que Stendhal eût peut-être appelée "mouvement senti près du coeur". Ce n'est pas de la grande rhétorique, c'est simplement pour mes (quatre?) lecteurs ou lectrices en France ou sur la lune, une impression reçue profondément, à l'instant,  à la seconde ligne d'un poème de Fernando Pessoa. C'est ce poème ironique et à la fois plein de bonté et de glace, à propos des gens qui écrivent des lettres d'amour qui sont toujours un peu idiotes et cependant nécessaires -- parce qu'idiotes, justement. Et aussitôt à la ligne suivante, il vous cloue sur place, en équilibre entre la necessité d'écrire ces choses, et leur vanité dite sans amertume, d'une manière quasi pascalienne, mais c'est encore plus étourdissant parce que c'est infiniment simple, délicatement absurde, donc à la fois banal et  indispensable et fugace. Ce n'est pas la première fois que le génie de ce poète se manifeste de cette façon, d'ailleurs, si vous n'êtes pas professeur, vous avez encore le droit de dire que le genie d'un auteur se manifeste d'une façon mystérieuse et spéciale, parce que pour vous, la littérature a sa vie propre, comme les nuages des ciels de Rubens, comme la posture des saintes en prière, comme la silhouette des églises dans les tableaux de Constable ou les montagnes et les défilés des pics de Suisse dans ceux de Turner. Je m' éloigne un peu, pardon. Simplement je voudrais dire que Pessoa souvent célèbre l'essence même de la vie, et toute sa lumineuse et amère et lisse beauté en ayant l'air embarrassé d'avoir pris  à l'aile de l'ange à qui il l'a prise,  la plume pour l'écrire, parce que c'était également comme un geste nécessaire, et aussi inutile. Cela donne l'impression qu'il nous regarde du fin fond du plus lointain cosmos. Et on a l'impression après ça qu'il peut prendre un filet d'air parfumé et exprimer la profonde essence de cet instant en le saluant humblement, en faisant de son admiration une humilité d'homme qui passe parmi les hommes, hasard de génie. C'est le sublime qui s'excuse d'être entré dans votre coeur. A ce propos, encore une insatisfaction provenant de la traduction en français: l'original du "livre de l'intranquillité", terme abstrait et sans chair, est: "O livro do desassossego" qui correspond effectivement à l'inquiétude mais qui a la fluidité fascinante d'un vol de comète..


elevergois- tous droits réservés comme toujours au bord de mes lacs italiens et surtout celui qui est le plus au nord, e, attendant sur les plages de l'hémisphère sud, ce matin, il faisait 25 degrés dans l'eau -- en tout cas écrire ces choses ici préserve avec efficacité de la chance d'être lu par la multitude, ce qui est déjà satisfaisant-elevergois
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 06:53


Dans certains pays bien loin d'ici, il existe des poètes qui tiennent des blogs dans les journaux électroniques, et ils écrivent comme des poètes qui ont souffert de tout devraient écrire. Un rien, une image, une rencontre fortuite ou une mélodie qui hante leurs rêves les fait écrire. Et ce qui sort de leur plume ou de leur clavier est une poésie qui n'est ni le langage des dictionnaires un peu trop longuement exploré, ni une mélancolie de pacotille qui les autorise à prendre des poses intéressantes dans les journaux à la mode. Ils sont comme de vraies erreurs sur cette terre, et ils exercent à merveille leur fonction d'être des erreurs, des phénomènes, des saltimbanques, des espèces de corsaires du langage qu'il ont pris d'assaut sans trop savoir à l'avance ce qu'ils faisaient, et surtout convaincus que leur état dans la société n'est officiel que par accident. Ils n'ont pas passé des années d'études laborieuses avant de trouver une langue personnelle: ils écrivent tout simplement de la poésie parce qu'ils ne savent pas faire autre chose. Mettez-les par exemple dans la situation de ramasser un coquillage sur une plage, et ils se mettent à transcrire les confessions les plus intimes de l'océan, parce que ce qu'ils possèdent, ils le possèdent en commun avec l'univers infini des langues capables d'exprimer quelque chose. Inutile de préciser que de tels poètes sont devenus si rares qu'en les découvrant par hasard, on est étonné comme devant une réincarnation du poète de la Renaissance, qui est à la fois grand amoureux, grand géographe, grand savant du coeur humain, et surtout merveilleux artiste et artisan raffiné et soigneux dans ce qu'il a choisi de dire. Précisément, nous devons à l'un de ces poètes nés pour être poètes avant même de prendre la forme d'un homme et de ressembler aux hommes -- nous voulons dire par là qu'ils sont supérieurs à l'humanité en ce sens qu'ils rallument les cendres dans les coeurs éteints, rien de plus – une remarque qui est très belle et qui nous a touché. Ce poète d'un pays très loin du nôtre, après s'être promené le long de l'océan, a remarqué une statue qui représente un autre grand poète de son pays, et ce qui a retenu son attention, c'est que la statue du poète assis au bord de l'océan est tournée vers les passants et pas vers le grand large. C'est une question qui pourrait n'intéresser personne, à part les conseillers littéraires de la municipalité et les responsables des beaux-arts locaux. Mais elle intéresse notre poète qui est un poète essentiel lorsqu'il repense à la statue officielle, emblématique, honorifique à l'échelle d'un pays vaste comme un continent, et qui est consacrée à son très illustre confrère. Sérieusement, voudriez-vous d'un Chateaubriand avec un visage défiant les embruns et le grand large, s'il n'était pas logé dans son rocher, ou bien un Chateaubriand tourné vers la Chaussée du Sillon et les remparts de Saint-Malo? La réponse n'est pas simple, mais ce qu'il y a de moins simple, on s'en aperçoit vite en lisant le poète qui a posé cette question, c'est le noyau, le coeur de la question qui ne cesse de briller pour l'intelligence comme un pur diamant: de quelque côté qu'on le place, ou bien le poète tournera le dos aux hommes, à toute l'humanité des lecteurs présents et futurs, ou bien, inversement et comme c'est le cas à présent, il tournera le dos à l'océan, aux vagues immenses venues de pays lointains qui lui parlent une des langues les plus spontanées et les plus naturelles qui soient pour un poète, montrant ses épaules au grand large, et comme voulant se séparer de la scène aux spectacles toujours changeants de la mer. Notre poète s'est bien gardé de conclure ou de condamner, comme on le ferait chez nous. Il a simplement adressé une lettre magnifique « à ses dix-neuf lecteurs » comme il dit si joliment, et il ont déposé des fleurs, des poèmes de l'homme à la statue, des témoignages sensibles et vrais , pleins de tendresse d'émotion, et de larmes que les lecteurs ont osé avouer dans leurs messages, de vraies larmes de gens vraiment émus qui le remercient d'avoir posé cette question. Qu'ils soit remercié ici aussi du fond du coeur, et qu'ils ne soit pas surpris si une nuit la statue disparaît; c'est que le grand poète impatienté de tourner le dos à l'océan est allé se baigner dans l'élément vaste et originel d'où fut tirée l'humanité: il aura ainsi résolu de lui même la question épineuse. Ou bien la statue se sera d'elle-même tournée de l'autre côté, sans qu'on puisse s'expliquer ce mystère, ce qui est la solution la plus probable.

 

elevergois -- retour d'un voyage en un pays bien loin d'ici où vivent des gens  qui ne sont pas encore ivres d'idées reçues -- tous droits réervés sur les bords des lacs italiens, comme d'habitude.


A Monsieur Alavaro Alves de Faria , sur son article à propos de la Statue de Carlos Drummond de Andrade placée à Rio devant la mer. Merci pour votre texte!
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 22:09




elevergois -- une époque pas si ancienne que cela, mais nous avions encore une façon d'être et de travailler qui était pleine de rires, de folie, d'emballements, et les fêtes de fin de cycle paraissent avoir été plutôt arrosées. Ce qui n'a pas beaucoup changé,  ce sont nos vieilles salles. On pourrait les nommer toutes une par une: celle du cours sur Verlaine, celle du cours du soir sur Proust,où venait le milliardaire en habit d'escrimeur (sic), celle où arriva on ne sait comment un jeune homme absolument "dérangé" , ce qui m'obligeait à me répéter mentalement: "tu n'as pas peur," "tu n'as pas peur", et celle où le mathématicien du costa rica m'expliqua que son pays avait déclaré la guerre à hitler, et qu'ils avaient pris la mer sur un beau bateau, tous courageux et plein d'entrain, et que le premier sous-marin allemand rencontré les avait envoyés par le fond, "donc nous avons fait la guerre nous aussi" disait-il avec un sourire, sans oublier un cours d'été où le prénom de quelqu'un était chanté par tous les autres...être drôle est une affaire de gens qui savent ce qu'est le sérieux, décidément. La Bruyère est très précis là-dessus, avec la fameuse anecdote sur Socrate, nous verrons cela plus tard. elevergois -
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 19:25

cet article  a paru dans le Monde des Abonnés en mars, en référence au délicat pb des parachutes très osés qu'utilisent archanges et séraphins, et autres dirigeants puissants; seulement le Père Hugo veillait et il osa ce qui suit:

 

ET LEX FACTA EST

(elevergois.com) humour, presse, edition

 


Hier au soir un tartuffe un peu industriel
Disait, parachuté, comblé des dons du Ciel:

"Il faut pour être sûr qu'ici bas l'on existe,
Des forfaits les plus fins s'établir une liste,
Et quand on a commis tout le faux, tout l'injuste,
A quelque grand de l'art se commander un buste!

Voyez dans mes yeux las comme crie la douleur,
Et comme est exprimé avec quelle chaleur,
Sur mon front parcouru des plus hautes vertus
Ce que je fis de mal, et tout ce que j'ai tu.

C'est une vie de saint, aux dehors un peu tristes
Que montrent sur ma peau ces reflets un peu bistres;
J'ai souffert, croyez-le, toutes ces fins de mois,
Les sinistres hivers, les chagrins, les émois

De tous ces gens de peu qui se lèvent matin
Pour aller au travail gagner leur bout de pain.
Surtout ne dites pas qu'à la place où je siège,
Je suis l'ordonnateur unique du manège!

Je me bats comme un lion, je résiste, je lutte,
Même si quelquefois j'ai poussé vers sa chute
L'usine et ses trésors, l'ardeur, la compétence,
De qui peinait chez moi comme on fait pénitence.

Je guettais, surveillais la plus petite erreur,
Poussant tous au travail y compris mon chauffeur,
Qui peiné de me voir chaque jour soucieux
Me disait le journal d'un ton obséquieux.

Le monde est divisé en deux ordres, je crois
Ceux qui mangent à leur faim, ceux qui n'ont jamais froid,
Qui avancent toujours et  serrent mille mains
Et puis quand tout finit sont empereurs romains.

Que sont sans nous les autres, ces laboureurs de vie
Qui mécontents de tout, pleins de haine et et d'envie,
Font retentir de cris les cortèges hurlants
Docteurs pour dénoncer, et même pas savants?

Et ces jeunots targués du nom d'étudiants
Impies, écervelés, qui vont balbutiant
Récitant dans les rues en se moquant du glaive
Les oripeaux puants des princesses de Clèves!"

En entendant ces mots dits comme un Gédéon,
Hugo en grand courroux sortit du Panthéon,
Et volant loin au ciel, la main sur sa faucille,
Du parachute d'or, tel Eschyle qui sourcille
Il vous coupa les fils puissant comme un tonnerre
Et le financier alla rouler par terre!

V.H. (Petites Légendes du Siècle)

 

 

elevergois.com  bien sûr à prendre avec une certaine dose d'humour mais le texte ne devrait pas décevoir les connaisseurs aimant bien prendre la lance de la poésie pour se battre, sans vouloir agresser quiconque, naturellement.




Par elevergois
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 18:55

Du tact au tacle, avec humour et élégance.

par elevergois.com - (e. levergeois), humour, presse, traduction, etc

12.03.09


Quoique ce ne soit pas mon sujet de prédilection, je voudrais souligner que le sport français et le football en particulier, font l'objet de prouesses stylistiques ahurissantes toujours destinées à ne pas fâcher l'orgueil national. Surtout un lendemain de défaite.


Les autres nations européennes, grâce à  des recettes de sorciers inconnues, sans doute, ont des équipes qui marquent des buts et qui gagnent. Et quand ni la pelouse, ni le coupeur de citrons, ni le ballon ou l'arbitre (sujets d'orgueil hautement français éventuellement) ne sont en jeu, c'est l' équipe française qui est en face et qui perd. Les manchettes de la presse anglaise, en pareil cas, sont d'une brutalité indigne à laquelle nous n'oserions pas vilement nous abaisser: "cette bande de navets n'a rien à faire sur un stade", " quelle honte", etc. La gazetta dello sport, (équivalent du journal l'Equipe) ne mâche pas non plus ses mots :"changez le directeur technique", "l'avant-centre n'a qu'à plus qu'à faire ses valises", etc. On en arriverait presque à la crise gouvernementale, car le directeur technique national, en Italie,  est franchement plus important pour le peuple que M. Berlusconi. En France, pays béni par l'ivresse tricolore, sachez-le, et enregistrez-le une bonne fois pour toutes, nous ne perdons jamais, mais nous subissons. Nuance...

Enfin, si, mais nous perdons juste un peu quand même, mais à peine, disons en hors-texte, en filigrane, en marge d'une situation qui globalement nous a totalement dépassés. Dépassés signifie surnoisement déjà dans l'inconscient : "excusés" ...vous voulez un dessin? L'équipe de France s'est retrouvée face à une situation insurmontable, inhumaine, face à des joueurs extraterrestres qui avaient la clé du match en main, et finalement, si nous ne l'avons pas fait, c'est parce que c'était - notez l'autre nuance - par définition absolument infaisable.


En quelque sorte, nous sommes des victimes d'une horde de spadassins du ballon qui n'ont pas été des virtuoses hors de portée, mais qui se sont jetés sur nous comme une meute sans pitié pour la fierté nationale. On retrouve donc le lendemain de nos semi-défaites en championnats europééns de longues tirades sur "le réalisme toujours implacable de l'équipe italienne" (le réalisme en sport doit surement être un  handicap), "le jeu toujours rugueux et hautement viril de l'équipe allemande" (nos joueurs doivent sans doute se préparer en écoutant des quatuors de Gabriel Fauré), et "les canoniers d'Arsenal toujours aussi diaboliques" (messieurs les Anglais tirez les premiers!  fallait pas leur dire...) et en plus, question quasi mystique,  ces joueurs jouent souvent dans leur stade immortel qualifié par tous les échotiers de "Temple du football" (Wembley, par exemple). On ne peut quand même pas aller gagner  dans le " Temple" du voisin, c'est une question de politesse. Nous avons du tact, voilà tout.


Heureusement, nous avons comme arme secrète, cette tournure de la langue sportico-tarabiscotée : "la physionomie du match" , celle qui ne reflète pas le score, quasiment jamais,  et inversement. Il n'y a qu'une conclusion à tirer : nous sommes grandioses, rien n'éteint la flamme de cette conscience d'être par essence une nation portée vers ce qu'il y a de plus grand et qui dépasse la mesure commune, mais peut-être faudrait-il de temps en temps rentrer dans les clous, et marquer, j'ose le dire, - puisque nous sommes dans un monde globalisé -  des buts anglais, des buts italiens, des buts hollandais, des buts brésiliens...et même ceux du commerce équitable.


Même au ralenti, je suis certain qu'on ne verrait aucune différence, et ça irait au fond de la cage ! J'ajoute que MM Nouvel ou Porzamparc pourraient quand même nous faire à nous aussi un vrai  Temple du Football, car depuis 1998, c'est justifié .

(elevergeois.com)

 

article hébergé par le Monde informatique en mars. elevergois -- auteur en panne de contrat, snif, snif, (pas le snif d'un écrivain connu déprimé et primé  à la fois, non, le snif onomatopée lacrimale)


PS . DEPUIS UN CERTAIN TEMPS, ON A REMARQUE UN RETOUR A LA TRADITION ET AUX VIEILLES FACONS DE FAIRE: PAR EXEMPLE, LES BUTS "FAITS MAIN" MAIS ON A DEJA BEAUCOUP EPILOGUE SUR CE SUJET,... ajouté en décembre 2009 - elevergois

 

 

 

Par elevergois
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