Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 18:25
S'il y a des joies dans la vie qui ne dépendent pas de la littérature, il y en a quand même de belles et de rares qui ne dépendent que de la rencontre avec un poète, un poète vrai, un poète agissant, remuant le ciel de sa plume et de sa pensée avec ces accents auxquels on reconnaît sans se tromper un poète-né! Un magnifique poète, un être ivre de littérature, un navigateur infatigable de la beauté qui possède la douleur et la science des mots qu'une étincelle magique invente, et qui illumine l'intelligence de ses lecteurs parce qu'on sent que sa présence dans ce monde est une intense fatalité littéraire. Je voudrais dire aussi à mes trois ou quatre lecteurs que vous, homme courageux, homme qui a risqué sa peau et sa liberté dans des temps difficiles -- en lisant chaque jour, dans des heures politiquement  douloureuses,  avec des haut-parleurs rebelles clamant votre poésie sur un viaduc de Sao Paolo, ce qui me paraît beau, noble et subtil comme un acte de Fabrice del Dongo -- vous écrivez chaque jour sur un blog qui s'appelle "O blog do poeta Alvaro Alves", et que vous le faites avec sérénité, avec amour, avec tendresse, avec un puissant talent qui quelquefois rugit comme la voix d'un lion -- mais en poésie il est préférable d'être lion et de montrer ses griffes et toute la puissance que les lectures, la vie, les ans, ont accumulé en vous. Je suis allé à présent une quinzaine de fois depuis décembre lire "o blog do poeta" et je me suis émerveillé simplement de ça: qu'un poète écrive de la poésie en prose, ou même un poème, et tous les jours, arrachant du ciel un rayon d'étoile errante ou des larmes de vraie joie ou de vraie tristesse poétique, dans un dialogue continué où la magie ne diminue jamais. D'ici, de France, (je suis tenté de critiquer ces landes avec la méchanceté d'un liseur de Baudelaire, mais il faut peut-être rester serein dans les petites époques: nous ne les avons pas faites, et elles ne nous ont pas défait), je peux vous dire que vos textes me paraissent un peu un miracle, une source de joie bien inconnue et bien émouvante. Vous me donnez l'impression de voir, avec votre stature forte, un tableau semblable à ceux du Titien, où la vaillance des hommes éclate lumineusement comme un reflet sur une épée ou une dague, et parfois aussi, déchiffrant (pardonnez-moi) lentement Camoes et ses pairs, j'imagine que je suis devant un de ces héros d'un autre temps qu'un prince capricieux eût remercié en lui offrant un palais de marbre, un coffre rempli de belles pièces d'or, ou encore mille arpents de falaises du Portugal pour qu'il console ou trempe sa mélancolie dans la rumeur de l'océan.Heureux le Brésil s'il y vit des hommes pleins de talent et de générosité tels que vous, qui donnez sans compter, à tous ces lecteurs et lectrices aux noms de duchesses, une part de votre coeur et de votre inspiration quotidienne, en tendant à ceux que la poésie vraie inspire et réconforte, une main savante et secourable. Oui, trois fois bienheureux le Brésil (poussé sur  la terre poétique du Portugal) d'où nous provient chaque jour cet admirable rayon de poésie, pour ne pas perdre lout à fait le nord dans ses brumes, et surtout pour réinventer jour après jour, mélodieusement,  le Sud que vos mots réenchantent à l'infini. Merci! Merci! Merci!

croyez sincèrement que je regrette de ne pas avoir plus de mots magiques pour vous saluer, mais si ces quelques phrases donnent à quelque lettré curieux l'idée d'aller vous lire, une partie de ce que je ressens pour la poésie sera comblée, et pour moi, j'accomplirai ce que vous avez déjà accepté que je fasse, avec la générosité des vraies "grandes personnes" de la littérature - bien respecteusement à vous --elevergois.



 
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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 03:50


                                       II



"Vous êtes rentré lentement, en marchant le long de grandes avenues tout éclairées, vous aviez un but précis, mais vous souhaitiez le retarder au profit d'un autre, plus vaste et tentateur comme un grand rêve de liberté, ou plutôt d'immensité. Comme vous le faites souvent, vous êtes entré dans la librairie aux éclairages jaune orangé, celle qui toujours vous donne envie d'acheter des livres. Vous avez voulu chercher – parce que, bien sûr, tout cela est complètement enfantin, mais c'était ce qui vous manquait essentiellement – un lien de mots ou de littérature avec la belle apparition. Et vous avez cherché un volume dans les rayonnages du Portugal ou du Brésil, agacé de tout trouver sous le titre générique d ' « Amérique-latine ».Vous éprouviez une douleur sans limites, il vous fallait au moins un livre écrit dans cette langue inconnue dans votre poche, et vous avez pris, en constatant avec surprise qu'encore une fois le titre original : « O Livro do Dosassossego » de Fernando Pessoa, était à mille lieues du terme d' « Intranquillité » qui lui sert de bannière en français. Vous êtes toujours dans les livres n'est-ce pas? et incapable d'en sortir. Vous pourriez également dire que vous êtes resté dans les territoires mystérieux de l'amour, dans les intrigues et les murmures, les confidences, en bref, tout cela vous interesse comme un éternel dormeur à la belle étoile et un campeur étourdi de la Carte du Tendre.



Ce soir-là, dans le geste de payer (en cachant un peu l'autre main quand même un peu meurtrie) il y avait quelque chose d'un peu interdit, de coupable, parce que vous êtes maintenant trop vieux, enfin, vous comprenez que vous n'êtes, c'est le moins qu'on puisse dire, plus assez jeune pour cultiver une pareille passion. Vous aviez fait confidence d'ailleurs, à la jeune femme que vous étiez sous le coup d'une forte émotion, certes – tout le monde l'avait vu et c'était comme une faute avouée et pardonnée – mais que donner une suite à cela tenait du ridicule, ce n'était plus de votre âge, d'ailleurs cela passerait. Toutes les choses passent quand on y met l'énergie nécessaire. Seulement voilà: vous constatiez que ça ne passait pas. (..../....)



Vous constatiez que vous étiez immensément heureux, et même s'il vous était impossible de décrire le moindre détail physique, réel, de cette jeune et bouleversante apparition, vous saviez que c'était sa présence qui avait provoqué en vous cet immense changement, cette déroute de tous vos plus solides principes, et l'aiguille de votre boussole mentale en plein délire. Oui, vous étiez amoureux d'une image à présent repartie, et vous bénissiez cette amère douceur de l'absence, comme le font les adolescents dont le coeur déborde même du plaisir d'être séparé de ceux qu'ils aiment par un espace qui est comme habité par une panique heureuse emportant la terre entière.




Ces adolescents, ou ceux qui ont la chance de le redevenir, sont séparés de ceux qu'ils aiment, mais comme par accident et ne vivent que par eux et pour eux. Quand ils se sentent seuls, ils pensent avec une absolue certitude qu'ils sont la moitié d'un seul être, ou qu'ils ont créé un troisième être différent d'eux et qui cependant les contient, et qu'ils possèdent depuis une éternité ce sentiment étrange d'appartenir à quelque puissance lointaine qui les submerge. Et eux, ils flottent simplement sur ce courant, heureux de se sentir doués de sensations qui leur viennent du corps d'un autre, de la vie magique d'une divinité, comme s'ils avaient avaient bu dans le calice de ses mains un nectar de bonheur, et cela leur suffit. C'est bien le moment de parler d'âme, de souffle divin, de dépossession absolue et de fluides mêlés, de rivières de vie entrelacées comme des torrents réunis au coeur d'une montagne magique. Que de lumière, d'un seul coup, jusqu'au fond de vous-même, et quelle minuscule importance les avenues, les rues, Paris, et la terre même! On ne sait pas combien de temps cet état surnaturel va durer, mais il vous a transfiguré et c'est cela seul qui compte. Le moindre geste, n'est-ce pas, c'est sous son regard à elle que vous le faites, vous en êtes convaincu au point que vous pourriez continuer d' avancer sur ce boulevard en vous regardant faire , à nouveau, vos premiers pas d'adulte, vos premiers pas de soirée mondaine sous des projecteurs. Mais ce sont des projecteurs intérieurs, si tout à coup la lumière de la ville venait à s'éteindre, n'est-ce pas vous qui serviriez de phare dans la nuit noire, pour la ville tout entière?


Même si cette clameur est exagérée, cela correspond bien à l'état somnambulique extraordinaire dans lequel vous avez traversé ces moments étranges, hors de vous, heureux et égaré-- et enfin, comme qui avance dans le noir les mains tendues en avant, et soudain touche des doigts une porte ou un objet qui lui redonne comme un secours la mesure de l'espace et des formes  reconnues qui permettent par magie de savoir où l'on est, même si l'obscurité est restée profonde, vous avez compris que c'était cela qu'on appelle l'amour fou." (.../...)


eric levergeois

 

 




Certains petits dieux malins quelquefois s'occupent de nous et c'est un peu comme si ayant lu abondamment "les vertus de l'amour" du charmant philosophe mélomane, l'histoire de votre petite vie vous emmenait dans les travaux pratiques -- pas toujours faciles à vivre, désespérants parce que magnifiques -- ici et même vus des bords lointains des lacs italiens-- elevergois -- (tout rapport avec des personnages existants est pure vérité, mais chacun sait que dans ces histoires, un seul des deux peut y voir et pas l'autre, cette condition est essentielle, et ce depuis toujours - elevergois)


 

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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 21:55

Percy Bysshe Shelley - X
http://oldpoetry.com/opoem/15573-Percy-Bysshe-Shelley-Adonais--An-elegy-on-the-Death-of-John-Keats



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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 18:28
POURQUOI LINUX EST VRAIMENT UN O.S POETIQUE.

Par elevergois
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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 17:46
C'est absolument merveilleux d'avoir fait, dans une époque comme la nôtre un film sur John Keats, qui fut l'un des plus grands poètes de son temps, c'est rendre à la poésie -- ce langage de l'âme tout entière qui donne voix à tous les mystères du monde, ce langage qui appartient à tous les hommes qui font parler les montagnes, les rivières, les orages, les douleurs, les pierres et les abîmes, et les moindres choses, auxquelles une vie neuve est accordée. Ce n'est pas d'une vaine rencontre de termes harmonieux, ou de bouquets de syllabes bien assorties qu'il est question ici ; il est question de l'engagement absolu d'un être qui s'est reconnu poète et qui se livre tout entier à cette maîtrise du langage accompagnée par  le déchiffrement des sensations les plus profondes qui nous donnent, parce que nous les partageons, une vie de rêve que nous ne partagerions pas sans elle,  la poésie, et cette expérience, cet art, ce miracle de densité  redécouverte -- et cette aventure sur les territoires  insoupçonnés d'une vie à vivre bien supérieure au reste. Keats fut un immense poète, il eut un traducteur français quasiment attitré, mais on le lisait avec plaisir dans l'édition complète anglaise, comme Tennnyson ou (les rythmes de la Lady of Shalott sont encore présents) ou encore S.T. Coleridge, qui semble à plus d'un le vrai génie de cette épopée de la poésie anglaise . Merveilleux poètes anglais redécouvrant l'Italie, comme Browning à Florence, Shelley à bord de son voilier l'Ariel. A Rome, certains doivent le savoir, au pied du grand escalier qui va vers l'église Trinità dei Monti, il y a un petit musée consacré à John Keats, et sur le mur est une phrase de son ami Shelley (qui mourut sur son voilier dans la baie de La Spezia) qui (je traduis de mémoire) dit ceci: "cet homme dont le nom était écrit sur la rumeur des vagues". Jane Campion a déjà dit qu'à la fin du film on ricanerait ou on pleurerait. J'ai déjà choisi mon camp. Merci du fond du coeur, Jane Campion, d'avoir fait revivre ce qui reste l'honneur de l'intelligence et de la sensibilité au monde: la Poésie. On trouvera toutes les oeuvres de Keats sur la toile, et en français dans l'édition de l'imprimerie nationale.Même s'ils sont oubliés par cette époque où la niaiserie a pignon sur rue, et où l'argent des marchands semble être la mesure de toute chose, inconnus, méconnus et oubliés, les poètes connaissant l'or du temps (l'expression, chacun le sait, appartient à Breton) sont la joie, la gloire et l'honneur de l'humanité. Ils sont bien plus vivants dans notre sensibilité que ces vivants honteux que dégorge comme un égout nos sociétés appauvries de ce que la richesse n'achète pas: la subtilité, le merveilleux, l'expression, l'art, l'intensité, et le souci de la grandeur -- et pour les hommes, un destin qui toujours cherche le sublime.(elevergois.com)

Avec ma prière personnelle et profonde pour que tous puissent honorer malgré les siècles et l'indifférence, le grand poète romantique si tôt arraché à la vie, et qui écrivit d'une manière si intense et géniale! Salut à toi, ô grandeur, de loin, de près, des bords figés et lourds de mes lacs italiens- elevergois
Par elevergois
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