Dimanche 26 septembre 2010
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L'eau triste et sereine accompagne nos pas et nos regards, et nous voyons par elle l'heure qui s'attarde autour d'une colline, et nous sentons le vent parfumé dont
les haies se remplissent comme ivres et tremblantes. Et tout se meut d'un mouvement unique et splendide qui nous dit que la vie qui court dans les torrents, la vie qui brille sur les sommets, a
des milliers d'années de promesses de plénitude semblable. Le lac tranquille est à nos pieds et dans le soir commencé, tel le son d'un quatuor léger, il se redit et se remumure ses pensées
secrètes, ses inquiétudes et ses tourments de lac marin agité tout le jour comme une mer. C'est l'instant infini de l'heure exquise où la nature ici visible s'étonne, et prie, et rêve: fontaines
bleues, ravins verts, allées montantes couvertes de petites pierres et clochers tracés au fusain entre les tiges des sapins, tout soudain s'apaise en voix d'aveux tendres, ou se crispe de froid
léger comme la fleur des volubilis sauvages refermée. Ce monde qui a le doigt sur la bouche fait naître comme un miracle de sensations soudain très graves: la partie profonde du clavier ronronne,
une tristesse heureuse se répand dans le coeur, une mélancolie préférant l'amour heureux perdu à l'amour présent, à celui qu'on eût pu saisir, car son souvenir est éternel. Existe-t-il des
battements de coeur du monde, et ce battement-là qui fait chanceler est-il précisément celui du silence qui surgit dans la symphonie continuée du vaste rêve vécu de seconde en seconde, --
pourquoi nous laisse -t-il si longtemps attentifs, aux aguets devant notre infini intérieur, qui est aussi notre infinie présence? Se peut-il que des eaux tranquilles il monte un cantique pur et
sans bruit, et que nous, traversant cette mesure où la musique n'est plus écrite, nous soyons en contact miraculeux avec un sentiment d'éternité? Rives de ce lac qui m'avez donné cette joie,
cette sensation matérielle que vos beautés ont construite, ces heures colorées de nuances qui se complètent et se fondent, cette renaissance au monde fuide et légère, je vous salue dans votre
immensité!
elevergois -- publié dans Edizioni del Lago, été 2010, avec les modifs évidentes pour la version en langue italienne -- elevergois.com
Par elevergois
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Dimanche 19 septembre 2010
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Il me faut une soupente et un ciel s'ouvrant derrière la fenêtre, avec aussi un peu de soleil froid ou doux, mais tout de même de la clarté, un peu de cet infini
qui est la richesse des pauvres. Avec cela, le retour indispensable du matin ; un matin musical qui parle, avec une voix universelle de ce qui arriva la nuit passée. Notre monde savant
s'irritera de ce que je n'exige pas le récit détaillé et le tapage des heures noires avec la science des psychologues, minutiologues, et autres esprits portant couronne. Les nuits sont un autre
monde : n'y touchez pas avec vos lasers et vos loupes de savants qui ne voient dans leur poussière que des atomes, des particules baptisées de noms d'explorateurs toujours plus savants et
méticuleux, qui avec leurs lunettes d'astronomes prises par l'autre bout, transforment la vie et les hommes en gaz. A ce compte-là, tout n'est que désenchantement programmé et fastidieux. Laissez
venir à moi les petits instants. Laissez-moi, dans la soupente évoquée ci-dessus, les jouissances de la contemplation et d'un intime contact avec une autre histoire du monde, et faites mes adieux
à cette pluie torrentielle de la connaissance qui tue toute magie. J'apprécie, comme vous tous, la distillation de tout le réel en formules mathématiques, mais j'aime aussi les sciences des
sources et des foyers intérieurs où toute chose se construit d'abord dans le mystère de son éclosion profonde, la plus inépuisable de toutes. Derrière la fenêtre, le matin vient d'ouvrir un ciel
pur et radieux, un ciel d'où naissent les plantes, les sources, les roches, et il a commencé par un soleil rouge au-dessus de l'horizon, rouge comme une flamme d'un bon feu qui réchauffe. Il est
resté très longtemps dans la brume qui le précède, comme dans une longue hésitation à faire renaître les êtres qui nous entourent. Il a préparé longuement le réveil de la vie en assemblant des
formules qui lui permettent de mettre sur pied et de l'organiser, le génie de l'amour, la majesté des sons qui nous accompagnent, la continuité des ondes de la pensée qui nous dictaient, hier
encore, les chemins à suivre pour sentir ce qui se passe vraiment des ténèbres désespérées et veules de toutes nos réalités . Celles qui ne parlent
plus, sinon par l'arrangement expérimental de suites de mots qui divergent habilement de la poésie et qui sont sans influence sur elle et sur les vraies voix du monde. Dans la nuit d'hier à
aujourd'hui, je trouve au fil d'une lecture dans ma soupente, entre deux misères et deux repas manqués qui ouvrent l'appétit vers d'autres sciences, un passage d'André Breton – qui est peut-être
l'entrée qui conduit par son soupirail à cette journée dont la fraîcheur violette et les yeux sont déjà d'automne : « Toutes ces stries qui s'organisent, toute cette distribution des
couches géologiques par plateaux ondulés et par gradins interrompus, ces affaissements brusques, ces redressements parfois contre toute attente, ces zones du rose au pourpre en équilibrant
d'autres du pervenche à l'outremer à la faveur de plages transverses tour à tour nocturnes et embrasées figurent on ne peut mieux la structure de l'édifice culturel humain dans l'étroite
intrication de ses parties composantes, défiant toute velléité de soustraction de l'un d'elles. » Voilà qui justifie qu'on se retrouve dans ce bûcher froid qu'on nous fait passer pour de
l'éblouissement, et qu'on attende ardemment à l'inverse, de ce matin qui commence les secrets de la lumière.
eric levergeois - elevergois -
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Samedi 18 septembre 2010
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Au-dessous de la petite maison de notre enfance, la vue sur le lac était soutenue par deux grands sapins dressés à toute heure du jour comme de grands piliers de
verdure filtrant les visions d'argent des vagues toutes tremblantes, et subtilisant parfois au regard les voiliers qui y entraient pour n'en sortir que longtemps après, comme des coulisses d'un
théâtre pour enfants. Avec le temps, les arbres masquant la longue étendue de vents bleutés, les grands camphriers, les immenses cheminées vertes de palmiers aux plumets luisants ou les séquoias
tristes attroupés à l'angle des villas prestigieuses, ne coupaient pas le regard, mais s'installaient dans cette fenêtre sur les eaux, comme les gardiens d'un tableau où leur image imposait la
présence de gigantesques clochers de verdure. Sans eux, sans l'univers de leurs mâts et leur balancement dans les rondes de l'air, la vue conquise eût ressemblé à ce luxe de bourgeois où dominent
deux ciels grands et lisses, l'air et le lac, mais vides comme un marbre bien poli. Il n'aurait pas régné non plus le luxe plus subtil des odeurs, les statues dansantes des ombres à leur pied, la
touche des hortensias haussant les tons de bleu de l'air, ni cette fraîcheur de vallons doux comme des bords d'eaux vives. Pour étudier la vie des images de l'eau, il faut des présences de
jardins anciens que nous n'avons pas connus, le caprice de feuillages de vert sombre qu'on a laissé pousser, ou encore l'obstacle d'un gros nuage de feuilles laquées de soleil alliant la clarté
vive à l'âme du ruisseau. Du reste, le sillage blanc que laissaient les barques jouant à cache-cache entre les massifs, ajoutaient des surprises lors du passage malicieux des coques blanches ou
brunes, toujours distrayantes, et la conscience d'une beauté rêveuse et pensée, comme pour qui détaille tous les points d'un tableau de Whistler ou de Corot. Sans nos grands arbres devant les
fenêtres, les puissances réfléchissantes des eaux, celles que j'ai connues ici, n'eussent pas eu la beauté d'un beau visage où l'on aime à deviner des pensées.
- eric levergeois- edizioni dei Laghi- 2010 - et bien voilà, à force de les aimer, ces lacs, ils finissent par faire un volume.
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Samedi 18 septembre 2010
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Jeudi 2 septembre 2010
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