Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /2009 22:47

Dans un pays bien loin d'ici, il existe des poètes qui tiennent des blogs dans les journaux électroniques, et ils écrivent comme des poètes qui ont souffert de tout, rêvé de tout, se sont enchantés de tout. Un rien, une image, une rencontre fortuite ou une mélodie qui hante leurs rêves les fait écrire. Ce qui sort de leur plume ou de leur clavier est une poésie qui n'est pas le chant précieux des érudits trop raffiné, ni une mélancolie facile qui les autorise à prendre des poses de curiosité mondaine. Non, eux, ce sont des hommes-poètes, ils ont grandi et vécu comme des phénomènes naturels incarnant la vie de la Poésie. Ils l'éclairent, ils la forment, ils la disent comme leur langue unique. Ils sont comme de vraies erreurs sur cette terre, et ils exercent à merveille leur fonction d'être des erreurs, des phénomènes, des saltimbanques, des espèces de corsaires du langage qu'il ont pris d'assaut sans trop savoir à l'avance ce qu'ils faisaient, et ils réussissent, aventuriers spendides, aussi bien l'humble que le sublime. Ils écrivent tout simplement de la poésie parce qu'ils ne savent pas faire autre chose. Mettez-les par exemple dans la situation de ramasser un coquillage sur une plage, et ils se mettent à transcrire les confessions les plus intimes de l'océan, parce que tout ce qu'ils possèdent, ils le possèdent en commun avec l'univers infini des langues capables d'exprimer quelque chose. Inutile de préciser que de tels poètes sont devenus si rares qu'en les découvrant par hasard, on est étonné comme devant une réincarnation du poète de la Renaissance. Celui qui est à la fois grand amoureux, grand géographe, grand savant du coeur humain, et surtout merveilleux artiste et artisan raffiné et soigneux dans ce qu'il a choisi de dire. Précisément, nous devons à l'un de ces poètes nés pour être poètes avant même de prendre la forme d'un homme et de ressembler aux hommes -- nous voulons dire par là qu'ils sont supérieurs à l'humanité en ce sens qu'ils rallument les cendres dans les coeurs éteints, rien de plus – une remarque qui est très belle et qui nous a touché. Ce poète d'un pays très loin du nôtre, après s'être promené le long de l'océan, a remarqué une statue qui représente un autre grand poète de son pays, et ce qui a retenu son attention, c'est que la statue du poète assis au bord de l'océan est tournée vers les passants et pas vers le grand large. C'est une question qui pourrait n'intéresser personne, à part les conseillers littéraires de la municipalité et les responsables des beaux-arts locaux. Mais elle intéresse notre poète qui est un poète essentiel lorsqu'il repense à la statue officielle, emblématique, honorifique à l'échelle d'un pays vaste comme un continent, et qui est consacrée à son très illustre confrère. Sérieusement, voudriez-vous d'un Chateaubriand avec un visage défiant les océans et le grand large, (s'il n'était pas couché dans son rocher) ou bien un Chateaubriand tourné vers la terre de Combourg et les remparts de Saint-Malo? La réponse n'est pas simple, mais ce qu'il y a de moins simple, on s'en aperçoit vite en lisant le poète qui a posé cette question, c'est le noyau, le coeur de la question qui ne cesse de briller pour l'intelligence comme un pur diamant: de quelque côté qu'on le place, ou bien le poète tournera le dos aux hommes, à toute l'humanité des lecteurs présents et futurs, ou bien, inversement et comme c'est le cas à présent, il tournera le dos à l'océan, aux vagues immenses venues de pays lointains qui lui parlent une des langues les plus spontanées et les plus naturelles qui soient pour un poète, montrant ses épaules au grand large, et comme voulant se séparer de la scène aux spectacles toujours changeants de la mer. Notre poète s'est bien gardé de conclure ou de condamner, comme on le ferait chez nous. Il a simplement adressé une lettre magnifique « à ses dix-neuf lecteurs » comme il dit si joliment, et il ont déposé des fleurs, des poèmes de l'homme à la statue, des témoignages sensibles et vrais , pleins de tendresse d'émotion, et de larmes que les lecteurs ont osé avouer dans leurs messages, de vraies larmes de gens vraiment émus qui le remercient d'avoir posé cette question. Qu'ils soit remercié ici aussi du fond du coeur, et qu'ils ne soit pas surpris si une nuit la statue (qui sait?) disparaîssait ; c'est que le grand poète impatienté de tourner le dos à l'océan est allé se baigner dans l'élément vaste et originel d'où fut tirée l'humanité: il aura ainsi résolu de lui même la question épineuse. Ou bien la statue se sera d'elle-même tournée de l'autre côté, à des heures inconnues de nous, et sans qu'on puisse s'expliquer ce mystère – c' est la solution la plus probable.

 

elevergois -- retour d'un voyage littéraire en un pays bien loin d'ici où vivent des gens  qui ne sont pas encore ivres d'idées reçues -- tous droits réervés sur les bords des lacs italiens, comme d'habitude.

 

A Monsieur Alavaro Alves de Faria , sur son article à propos de la Statue de Carlos Drummond de Andrade placée à Rio devant la mer. Merci pour votre magnifique texte!

 

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Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /2009 02:50
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Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /2009 02:05
texte retiré par l'auteur qui veut rester optimiste malgré les signaux de détresse qui viennent des statistiques de l'éco -
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Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 11:52
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TOUS LE 7 JANVIER POUR AVOIR UNE SIGNATURE DU DESSINATEUR PIEM QUI DEDICACERA SON LIVREA LA LIBRAIRIE EN FACE DE CHEZ TSCHANN, BOULEVARD DU MONTPARNASSE A PARIS VI METRO VAVIN. PIEM DOIT ETRE VERT DE RAGE APRES CE QUI S'EST PASSE -- OU PLUTOT NE S'EST PAS PASSE --- A COPENHAGUE, ET LE DESSINATEUR HUMANISTE, JE LE SAIS DOIT SE FAIRE DU SOUCI POUR LA TERRE Où VIVRONT SES ENFANTS, PETITS-ENFANTS ET ARRIERE-PETITS --ENFANTS. LE LIVRE EST BRULOT, UN MANIFESTE ACCABLANT CONTRE TOUS LES AFFAMEURS, DESTRUCTEURS, ET POLLUEURS DE TOUTE HUILE ET
DE TOUT GAZ A EFFET DE SERRE-MOI LE QUI-QUI. LA TEMPERATURE VA MONTER DANS LES DISCUSSIONS -- SUIVEZ CE LIEN POUR EN SAVOIR PLUS SUR L'AUTEUR ET SES ENGAGEMENTS MILITANTS CONTE LE GASPILLAGE DE L'ARGENT PUBLIC, CONTRE  L'HORREUR ECONOMIQUE, CONTRE L'ESCLAVAGE DES ENFANTS DANS LE MONDE, ETC.
(http://www.cherche-m
idi.com/theme/detail-La_Terre_jusqu_au_trognon-9782749112503.html)
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Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 06:49
Ce n'est pas une plaisanterie même si ça en a l'air: si la France relisait davantage ses classiques,  la population en général s'en porterait beaucoup mieux. Le simple fait d'échanger son sort avec celui des héros et des héroïnes de roman, rendrait bien des maux de la vie supportables, d'abord en nous soustrayant à cette machine "satanique" (nous utilisons le terme dans un sens baudelairien, c'est-à-dire, qui empêche l'homme de penser à sa part de sacré ou de génie) qu'est la télévision.  La lecture d'un livre important, c'est comme une escapade dans les forêts vierges de l'âme, dans les oubliettes les plus sombres du remords, de la honte, de la tolérance excessive à l'égard de ses propres erreurs, dans les destinées inévitables qui attendent les êtres qu'un destin fatal doit broyer. La littérature n'a jamais été écrite pour les écoles, autrement ça serait franchement nul. La littérature consiste à mettre les hommes dans des situations invraisemblables et à vous les faire vivre comme un parcours hallucinant rempli de mille et une question lacérantes comme le fer barbelé -- croyez-vous qu'on sort de La Peau de chagrin de Balzac en étant resté le même? Non, une fois qu'on l'aura lu, ce livre vous hantera toute la vie, ce sera comme une brûlure au fer rouge, avec mystères, signes indéchiffrables, alchimie, amours fatales, destinée brisée. Ne mettez pas derrière ce livre trois ou quatre étoiles et un code barre qui correspondent à la vente -- marchands de cette terre, le monde ne vous appartient pas! -- mais quatre ou cinq flambeaux servant à désigner le danger couru et la libération qui en découle. Il est atroce, et parce qu'il est atroce et imaginaire, il est justement l'épreuve morale et physique qu'il vous faut, et sans tarder. Et voilà qui nous fait des milliers de dépressions nerveuses dûes a l'ennui, qui n'ont plus besoin de traitement trop long. Voulez-vous aller un cran plus haut dans la terreur? procurez le Moine de Mattew Gregory Lewis, ou Melmoth  de Mathurin, dans l'édition rouge de Pauvert, avec la préface de Breton, et là vous verrez que ce n'est pas de la grenadine, chers amis. Cent mille boites de tranquillisants annulées du même coup. Car la lecture vous "met dans le coup" pour transformer une des hypothèses d'un  grand sémiologue italien, vous vivez l'histoire que vous lisez, et dans une langue -- hein, vous, les jeunes, qui allez finir par ne plus savoir écrire votre nom si ça continue, vous me suivez? --une langue débridée, splendide, furieusement travaillée,, qui est faite pour vous élever dans les cieux de la beauté. La Beauté n'est pas la beauté qu'on croit, elle est souvent la beauté qui ne pardonne pas à celui qui a osé la regarder! Comment, vous n'entrez pas dans votre classe de littérature en ayant une trouille pas possible? Je vous plains: vous ne savez pas encore lire, je ne dis pas lire des mots, je dis se frictionner la tête avec l'eau gelée des mares qui sont au pied des haies dans les Chouans de Balzac (encore lui? direz-vous, mais faudrait pas trop rire de lui) ce fut un authentique génie, et chacun de ses livres est un mélange d'alchimie, de sciences occultes, de paysages visionnaires, de tumultueuses saisons d'amour et de folie violente comme un ouragan qui vous décollera du quai venteux où vous irez aller le chercher."On ne fait pas de la bonne littérature avec des bons sentiments" a dit André Gide, et il avait diablement raison: on fait de la bonne littérature avec ce qui vous fait du mal, vous saoûle, vous enivre, vous étouffe, vous libère enfin après avoir espéré la libération, le succès triomphal du héros ou de l'héroïne, et vous voilà, refermant votre livre, tout en larmes, décomposé mais aussi reconstruit et régénéré. En pleine forme!! Enfermez-vous avec un de ces bon vieux "poche" (il y a un site pour les bouquins d'occasion sur internet, le prix descend jusqu'à deux euros, hein? deux euros, pour les Misérables, les égouts, Jean Valjean, ou les Mystères de Paris, (pires encore!), deux euros? deux euros! papa ou maman ne les a pas? allons, allons, qu'est-ce que vous me chantez-là, deux euros pour faire le tour de la terre et plonger au fin fond du cosmos avec un seul bouquin, c'est trop cher payé? La science dans quoi plonge la littérature c'est la science de votre âme, de votre conscience, de vos rêves, de vos dédains, et suprême théâtre gratuit et cependant à portée de la main, le monde de vos amours! -- excusez du peu, mais je vous souhaite à tous d'aimer comme on aime dans les romans classiques, c'est -à-dire jusqu'à l'épuisement et à la folie, d'y fondre et d'y rencontrer l'absolu divin comme dans Dante ou dans Shakespeare! Et voilà des listes de gens qui étaient prêts à consulter des milliers de médecins et qui d'un seul coup y renoncent! Une belle pièce de théâtre, un conte moral d'Ibsen (tiens, Maison de poupée, par exemple)vous fera tenir le coup contre les maux de gorge et une toux légère, c'est garanti. Ca n'a pas été nécessairement écrit pour être lu ou vu dans le confort moral le plus absolu, mais ce médicament de deux cents pages (un peu moins peut-être) vous remettra sur pied en une ou deux  séances de lecture, c'est garanti. Vous pensez que je rigole? pas du tout: la littérature est faite avec ce que vous avez de plus sombre et de plus beau en vous, par des gens qui le voyaient comme on voit la lune et les étoiles en plein jour -- des gens extralucides qui poussent leurs lecteurs dans des abîmes de réflexions, pour que vous en ressortiez en vous écorchant les mains à toutes les aiguilles des rochers. Et après, blessé, nu, abandonné à votre sort vous aussi, dites-vous que ce n'était qu'une fiction et que vous êtes indemne, mais ne vous voilà pas un peu méditatif et songeur, déjà?...ah, je le sens, vous commencez à philosopher à part vous même, vous vous demandez pourquoi l'héroine fait ça plutôt qu'autre chose, et oui, c'est étonnant n'est-ce pas? Vous voilà en route vers les insondables mécanismes de votre âme la plus profonde, en apnée dans une espèce de Grand Bleu du corps et de l'esprit -- bien loin de ces âneries d'hommes peinturlurés en bleu avec des ailes de chauve-souris que vomissent les écrans des cinémas ces temps derniers. En vérite, je me permets de vous le dire: si vous ne lisez pas, vous serez illisible vous-même,et inaudible par la suite, parce que sans langue, sans langage amoureux, religieux, délicat, passionné, vous ne saurez résister à aucune affection légère au début de l'hiver, car la littérature vous conforte, et vous rend bien plus fort par rapport à ce qui vous domine. Et voilà encore des tonnes de médicaments économisés. Et surtout ne me dites pas: oui, tout ça c'est loin du monde, ça n'a aucun arpport avec l'époque à la quelle nous, nous vivons. Pas plus tard qu'avant hier, j'ouvre mon La Bruyère, (un type qui donnait des leçons aux fils de nobles, un éternel petit job d'été, pas trop bien payé, quoi, mais qui lui a permis de prendre des petites notes sur la vie qu'il a appelées "Caractères") (en Folio). Et qu'est-ce que j'y trouve, vous n'allez pas me croire, au chapitre pouvoir: "La carrière d'un homme politique ne serait jamais si complète ni si réussie, si le peuple, dans sa passion d'être soumis à quelque chose ou à quelqu'un, ne faisait pas la moitié du chemin pour lui obéir". ET BOUM! pas mal pour un truc qu'on est censé lire à école. De la dynamite. Approchez-vous, oui, plus près... parlons-bas, plus doucement, là,...vous voyez cette page, oui, là, à gauche, en bas...là, ici, oui... ça parle un peu comme qui dirait des traders d'aujourd'hui, des gens à fric pour qui tout ce qui se vit se résume au fric, y compris votre misérable vie et la mienne, enfin celle de tous -- et bien lisez plutôt, et après ça vous n'aurez plus besoin d'une montre Rolex, ça je vous le jure:"Il y a en ce monde des hommes remplis d'affaires, de papiers, de procès, de stratégies, qui n'ont pas de famille, pas d'amis, pas de frère, pas de liens avec les autres, qui n'ont rien qui soit humain, âpres, laids, féroces, et au sujet de qui on peut se demander,à les voir faire, s'il est resté quoi que ce soit d'humain en eux, et si même ils appartiennent même à l'espèce humaine: ces gens-là ont de l'argent."  Et RE-BOUM!!! Ce La Bruyère, moi, il me console et il me donne le moral. J'espère qu'il vous fera du bien à vous aussi, c'est un véritable antidépresseur qui ferait gagner des millions d'économies aux systèmes sociaux. Et puis il écrivait au temps de Louis XIV, on ne peut pas l'accuser d'avoir été un dangereux révolutionnaire, n'est-ce pas? Allez, prenez-en une dizaine de pages tous les soirs pendant trois mois, vous verrez, c'est un excellent reconstituant quand vous sentez que tout fiche le camp.  Y a du Platon et de l'Aristote, dedans, deux merveilleux antioxydants, je vous garantis des effets dès les premières prises, et revenez me voir pour un autre livre si jamais ça ne va pas mieux! bonnes fêtes de Noël quand même, et bonnes lectures!



elevergois  -- je dédie ce texte bien amicalement à mon ancien camarade de lycée, G.J.  qui fut longtemps directeur de la Sécurité Sociale et  toujours très actif dans cette  branche, au cours des vingt-cinq dernières années, et à mon autre camarade de lycée, mon meilleur copain de cette époque, qui est actuellement President de l'amicale des Anciens de l 'IEP J.E . C.  en leur adessant par l'intermédiaire de cette page tous mes voeux, en leur présentant mes excuses pour n'avoir pas imaginé que les trésors de la littérature réduisent et éliminent bien des maux moraux, et même physiques -- et donc peuvent contribuer efficacement à la réduction des déficits-- elevergois --
(texte protégé partout, et surtout au bord des charmants lacs que j'aime tant -elevergois - eric levergeois)
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