Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /2010 19:20

Dans un être aimé tout s'accorde comme dans un tableau. Nul besoin, du reste, d'imaginer qu'il y a des réincarnations, des messages venus du passé et des vestiges ressuscités. Ce qui nous émeut, au fond, c'est l'appel d'un avenir inconnu et sa splendeur. Cette héroïne qu'on aime est une découverte et une vision de vie nouvelle où tout  résonne  en tout, comme un paysage admirablement composé, et c'est petit à petit que les cheveux dont les boucles se déroulent avec douceur, les yeux qui accumulent des teintes de bleu, de violet, de soirs tendus de bleu couleur de septembre, et encore mille et une nuances, tous ces traits se fondent pour ne plus former qu'une présence qui se résume à un nom, à un prénom plutôt. Celui que portent bien d'autres femmes mais qui, pour vous, sonne comme une annonce musicale et sonore du paradis, ce paradis que comme le poète, vous tournez et retournez sur vos lèvres en le prononçant à la dérobée, en le murmurant, et qui ne signifie que cette femme-là, celle qui est aimée et qui n'est semblable à aucune autre -- et même ce qui l'entoure et qui est devenu tout aussi divin, cède à l'énoncé doux  et privé  de ce nom magique: une sorte de sésame qui rend le monde au bonheur, le fait palpiter. Vous dites deux fois son nom, et aussitôt quelque chose de divin vous arrête, comme si vous aviez un doute, un doute inutile -- ou est-ce plutôt un jeu qui permet à votre coeur qui se dilate de "respirer" un petit instant ? -- mais ce qui est si magique laisse derrière lui votre raison et toutes ses ruses, et vous dépasse, et vous laisse parfois aussi émerveillé qu'incrédule. Il se pourrait, vous y pensez par amusement, ou peut-être par distraction volontaire, qu'elle ne soit pas là demain, qu'elle ait on ne sait quel empêchement, vous imaginez tout à coup et à plaisir le contraire de ce qui vous arrive, simplement pour replonger avec bonheur dans l'ineffable et invraisemblable stupéfaction de cette réalité sûre et certaine: vous aimez celle qui vous aime, oui, et elle existe bel et bien. Et chaque jour qui vous rapprochera d'elle vous apportera une découverte. Vous allez l'apprendre comme on apprend une langue étrangère, l'atmosphère d'un pays inconnu, son parfum, ses rites. Il est même honteux de savoir qu'un jour on pourra ne plus aimer cette femme dont le moindre geste est une parole, un signe d'entente, parfois un doute, mais un doute qu'elle efface pour votre bonheur – car vous vous aimez, avec tous les verbes que contient le mot et qui sont innombrables. Il y a même, en cherchant bien, quand c'est l'intelligence égarée qui s'avance la première, comme l'idée d'un souvenir que vous auriez acquis jadis, dans un passé qui n'existe bien sûr pas, mais certains instants du bonheur font écho dans votre mémoire, comme si vous inventiez à cet amour une préhistoire, et que vous ne disiez pas simplement « pour toujours », mais aussi « depuis toujours », comme si l'amour présent, comme une gomme, réussissait à effacer les mois et les années atones où il n'était pas là, et à semer des vestiges et des signes futurs dans vos années anciennes. Lorsque vous commencez à vous demander si vous ne l'avez pas connue dans une vie antérieure, c'est vraiment que la fusion des âmes est entière; tournez-vous, avancez un peu, ...voilà, maintenant vous pouvez prendre un cliché de votre âme dans cette posture-là, vous êtes dans l'état de grâce de l'amour fou, absolu. Clic! Merci, rangez-le dans un tiroir ou faites-en une page d'auteur, cela prouvera à vos amis que quand on parlera d'amour devant vous...allons, inutile d'écrire la suite, restons dans ce beau climat de gondoles, de couchers de soleils vénitiens et de douces paroles que le vent léger du large emporte.

 

 



elevergois -- lu hier au soir Stendhal avec le même bonheur, avec cette nuance qu'en privé, quand il se parle en notant ses idées...enfin, Stendhal reste le grand et durable auteur d'oeuvres où l'amour agit et manipule tout comme un personnage invisible qui s'affaire sans trêve-- elevergois --


 











 


 


 

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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /2010 20:49
Il ne viendrait à l'esprit de personne d'accuser de l'ignorance ambiante qui que ce soit, mais le fait est que de parler ou écrire en faisant référence à une oeuvre classique, à un de ces grands noms qui sont sculptés sur la façade de nos grands temples personnels, n'émeut plus grand monde. Je n'ose pas dire que les (plus ou moins grands) lettrés vont bientôt faire partie d'une sous-branche d'anciens combattants, mais les débats qu'ils ont encore entre eux donnent l'impression qu'ils se servent d'une langue morte, connue seulement des érudits poussiérieux, des astronomes de planètes nommées Voltaire, Diderot, Rousseau, Stendhal, il faudrait les citer tous, lieux ou planètes bien plus attirants que nos pauvres conquêtes de planètes réelles. La lecture récente d'un grand journal du soir nous l'a d'ailleurs appris: pour de nouvelles grandes puissances, la Lune reste un placement publicitaire attractif, à moins que ce ne soit un lieu stratégique d'où l'on puisse menacer de bombarder la terre avec des missiles -- à condition de savoir faire des missiles qui ne partiraient pas en fumée en entrant dans l'atmosphère, ce qui nous laisse un peu de marge. Le siècle précédent regrettait parfois les trains à vapeur, celui d'avant la marine à voile; à présent, il faudra se dire (à voix pas trop haute tout de même)
"tu te souviens de l'époque où on dévorait les classiques en livre de poche?". Ca semble loin, et en même temps on se dit qu'une telle absence de savoir doit s'acquérir aussi laborieusement que nous bossions nos thèmes latins. Ne savions-nous donc rien, nous non plus, quand nous avions vingt ans? Si, nous avions mis des marque-pages dans nos manuels en nous promettant de nous émerveiller de lire tel ou tel chef-d'oeuvre plus tard, sauf que plus tard que plus tard est arrivé ce monde, ce monde si ressemblant au "monde du silence" de Cousteau, avec cette différence que le silence est dans les têtes et que ça se passe à l'air libre. Un silence contagieux d'ailleurs, sauf pour les territoires loin d'ici où on regarde la France de loin: de loin personne n'ose évoquer le naufrage ni se demander qui sont les "naufrageurs" -- c'étaient des malheureux sans le sou et un peu assassins qui pour faire éclater les bateaux sur les rivages dangereux, et s'emparer de la cargaison et tuer ce qui en restait accessoirement, embarquaient la lanterne signalant la côte sur un charrette qui bougeait sans cesse. Tactique imparable pour envoyer un navire sur les récifs, de nuit, et par mauvais temps. Il serait étonnant que le peu d'importance accordé par la nouvelle génération dirigeante aux travaux de l'esprit n'obtienne pas le même résultat. Il faut croire que " Les Phares " baudelairiens éclairant l'humanité ne l'éclairent plus de la même façon, et que nous allons du culte du  bidulle portable en culte d'autres machin-choses électroniques vers (comme nous le disent et le redisent les portails de l'Internet) des préoccupations hautement érudites sur le maquillage, les derniers résultats de la course de formule 1, ou du mariage de la dernière star à la mode. Cureiux présages. A toutes fins futile (sic), nous signalerons que nous avons entendu parler , malgré tout, de la sortie d'une biographie de Prosper Merimée, d'une autre de Clara Malraux, et que des historiens se sont penchés sur la gloire du roi Henri IV, qui en discutaient comme s'il avait été tué hier; il paraît même que le mystère subsiste sur le fait que Ravaillac ait eu des complice ou pas. De bonnes nouvelles du côté de l'édition, donc, malgré les Phares qui commencent à clignoter, mais après tout, ce n'est pas tant la question des phares qui ennuie.C'est quand on trouvera le moyen de supprimer la nuit qu'il faudra s'inquiéter.

(il semble que le texte soit sorti "en drapeau" mais si ça ressort encore après correction, ma foi tant pis)


elevergois -- avec un salut aux lacs italiens qui en ce moment semblent s'être rétrécis sous une couche de neige et de glace, et à propos de lacs italiens, ai constaté qu'il y a plus d'événements dans une page du Journal de Stendhal que dans bien des journaux de ce temps -- elevergois
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 02:13
Vraiment c'est un peu une bouteille à la mer que j'avais lancée en écrivant au poète Alvaro Alves de Faria, pour la fête qui devait l'honorer samedi dernier,  sur le blog de Pierre Assouline -- Republique des Livres, blog du Monde- et en trois autres endroits, cet article que j'ai posté sur le blog brésilien, et qu'il a eu l'extrème gentillesse de publier en portugais (brésilien) sur son propre blog officiel, (rien que ça!) comme je viens de le voir avec des larmes de joie! La nuit va se passer avec la tête dans les étoiles!!!! pour en savoir  un peu  plus suivre ce lien (www.alvaroalvesdefaria.com) -- Très heureux. Merci infiniment.-elevergois--pour le texte sur le blog, et pour faire connaissance, à côté d'une grande Tour Eiffel qui n'émet pas mais RECOIT des ondes du Brésil poétique:

http://blogs.jovempan.uol.com.br/poeta/

Pour tous les amoureux de poésie qui s'intéressent à cette flamme  ardente de l'intelligence - elevergeois -- eric elevergois
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 14:54
J'ai signalé sur le blog de Pierre Assouline cette fête pour "le Serment du Viaduct" cet après midi à Sao Paolo, samedi 30 janvier, à l'occasion de la réédition de ce livre mythique: du grand poète brésilien:"Le serment du Viaduct"  -- une série de poèmes lus avec force hauts parleurs sur le Viaduct de Cha à Sao Paolo, (sous les années de dictature et censure) une  belle fête et une heureuse rencontre avec l'auteur -- et la jeune universitaire qui vient de consacrer une thèse à ce livre, ouvrage présenté le même jour, -- et qui a lieu à l'espace "Local Pantemporâneo"... bon, je mets tout ça en portugais du Brésil:

"lançamento no sábado, dia 30, do livro de Aline Bernar, sobre o meu “O Sermão do Viaduto”, os poemas que eu dizia no Viaduto do Chá, nos anos de escuridão. Será no “Local Pantemporâneo”, na Avenida Nove de Julho, 3.653, a 50 metros da Rua Estados Unidos, às 15,30 horas." dit le poète sur son blog "o blog do poeta Alvaro Alves"

J'ai dejà averti des amies appartenant au monde du spectacle (l' organisation, pas les paillettes!) et du cinéma, à Sao Paolo, de s'y rendre, quant à moi je m'y rendrai par la pensée et très ému après m'être engagé, il y a quelque temps auprès du poète à quelques traductions en prose, ce qui, me dit-il, lui donnera muita allegria, et j'espère que seront heureux aussi, très bientôt,  tous ses nouveaux lecteurs d'ici.


poeta-alves-copie-1.png


http://www.alvaroalvesdefaria.com





Sous une apparente bonhomie, beaucoup de très très grande culture (Camoes et tous les poètes du monde entier) et un talent très très grand de poète-né, en qui la lumière de la poésie ne cesse jamais de briller intensément -- et pas pour des bouquets de syllabes comme ici, non, c'est la poésie engagée à être dans l'effort durable et continué d'être ce qu'elle est, et qui ne peut venir que d'un artiste-né.

elevergois -Tous nos voeux pour  que cette fête d'aujourd'hui  soit un beau succès, poète Alvaro Alves, et mes sentiments émus à tous ces lecteurs et lectrices passionnés qui suivent votre blog avec émotion jour après jour!! -elevergois
 


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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 06:15
Ce fut un peu comme une apparition et la synthèse d'émotions données par d'autres oeuvres, et certainement par sa présence au monde qui ne se décidait pas, avec son visage incliné et cherchant le secret, mais qui restait dans un équilibre étrange, il émanait de cette statue pensive une douceur étrange,  une harmonie comme en produit la musique. Intense et réservée. On percevait d'abord son effort tranquille pour s'imposer ave douceur dans l'espace, avec une confidence de prière, d'élégie -- c'est une oeuvre ultime entre toutes. Longtemps Maillol fut pour nous le Maillol des autres, un producteur de statues de femmes massives, et puis, à force de dessiner ses figures ou de les reprendre en petit  avec d'assez  mauvais plâtres personnels, il y a des années,  tout ce qui accorde au monde une statue se produisit dans l'imagination par des voies sans tapage -- purement méditées et musicales. L'Harmonie nous sembla  auréolée d'une paix profonde, une oeuvre emplie d'une musique sacrée, un choral, une fugue; comme les cathédrales où l'on prie, où l'on concentre et resserre son âme pour quelque bond -- sur un sujet profane, je veux bien -- mais il est clair qu'on y progresse jusqu'à un dégré de complicité comme peu de satues en donnent, parce que sa grâce hésitante est méditative, retenue, et infinie. D'ailleurs la statue se tient curieusement dans l'attente d'un état ultérieur de pure grâce, et en même temps de recueillement. C'est cet instant d'attente qui nous retient dans une contemplation pleine de curiosité et d'écoute, et dans une grande paix un peu inquiète. Le plâtre de l'Harmonie est une oeuvre "ascendante", qui joue sur l'intensité croissante de notre émotion par dégrés successifs et qui nous laisse seuls, un peu aux aguets malgré tout, car dans certaines oeuvres particulièrement réussies -- on en trouve  des exemples en musique -- il y a une partie de l'oeuvre qu'on ne voit qu'en soi-même parce que l'artiste s'est aventuré sur un territoire où l'accomplissement définitif est comme à partager, (la sculpture possède ce charme) et il nous plaît  que ce titre d'Harmonie, harmonie avec le monde, harmonie avec tous les états de recherche et d'imagination d'un grand artiste, porte un titre précisément musical. Ici aussi la Beauté est inquiète, tendue vers une perfection invisible dont il faut accepter de porter et supporter en soi , d'un coeur espérant et ravi, la suite étonnante. Selon Dina Vierny, dont le témoignage est souverain dans ce domaine, Maillol travailla longuement à cette oeuvre et il ne put l'achever. Il y a quelque chose de ce drame qui la rend "bizarre" pour reprendre la remarque fulgurante de Baudelaire: cette statue continue sa traversée dans la masse fluide de l'atmosphère avec laquelle elle dialogue selon des lois mystérieuses mais qui nous engagent comme un thème musical nous engage à poursuivre son horizon. L'appparat un peu simple de l'état de plâtre, c'est à dire d'émotion vivante préludant à une statue nous pousse à un respect plus ému encore, c'est une statue que les mains d'un homme font continuer de naître et de vêtir de sa beauté d'origine, et qui s'accorde au regard comme en cheminant. Pour ceux qui connaissent les travaux répétés de femmes marchant dans l'eau de la mer dont elles sortent pour " en rejaillir vivantes" (pour reprendre l'image à Paul Valéry) il y a là comme la possession infinie d'un secret de la vie puisé à la méditaion la plus profonde sur le surgissement à la fois calme et bouleversant qu'est une sculpture qui a dans tout son rayonnement ce qu'on dit d'habitude d'une apparition. L'Harmonie, comme son non l'indique, demeure une musique accordée au monde qu'il faut écouter infiniment, pour accéder à une forme d'harmonie des premiers temps, surgie en plein vingtième siècle, preuve que pour l'art il n'est pas de contemporain ni d'ancien, dès qu'il s'agit de rencontre capitale, comme cette heureuse et infinie source de jeunesse éblouissante, et cependant si retenue et presque si discrète qu'elle nous émeut encore davantage. Nous sommes destinés à partager toujours la prière qu'elle nous invite en secret à croire, au fond de nous, à une scène capitale et  complice  d'une  contemplation en progrès. Elle n'est pas "non-finie", mais bien plus sûrement infinie par la vie méditative dont elle rayonne.

eric elevergeois


HISTOIRE DE MA VIE RACONTEE A ALAIN JAUBERT , les Mémoires de  Dina Vierny ,  a paru aux Edtions Gallimard en 2009 -- ayant rencontré Dina Vierny dans les années quatre-vingts grâce à ma famille, mon père, (de là date sans doute ce grand amour insensé pour Poliakoff) et fréquenté quoique discrètement mais à intervalles répétés la galerie de la rue jacob, j'ai lu ce livre avec plaisir et émotion. -- elevergois.com --


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