Vendredi 19 juin 2009 5 19 /06 /Juin /2009 10:25


Oui, je le sais, notre orthographe est difficile. Mais si l'on veut écrire quelque chose qui soit bien jugé, il faut le faire avec les moyens qui conviennent, et je n'imagine pas un navigateur oubliant les règles nécessaires à la conduite de son bateau parmi les récifs. Une erreur de jugement ou de trajectoire, et la course est perdue, quand ce n'est pas le bateau tout entier...Frères humains qui après nous vivez, respectez et aimez notre langue, je vous adresse une prière inhabituelle: ne dites à personne qu'écrire une langue, quelle qu'elle soit, est réputé facile. Rien de tout cela n'est facile. Rien de ce que vous aimerez faire avec passion, avec ardeur, avec le désir de dire des mots qui sonnent bien dans une belle phrase, non, pas une miette de tout ce travail-là n'est facile. Le grand Théo, notre Théophile Gautier national, qui était un sacré luron quand il le voulait, a écrit: « Je mettrais l'orthographe sous la main du bourreau! » Artiste plumitif, grand génie ou simple scribe, songe que tu ne finis pas cette langue, mais que tu la cultives et que tu la fais croître, où que tu sois. Si tu sais un peu l'écrire, c 'est que tu en possèdes une partie à garder, alors garde-la bien et fais en un pur plaisir. Aime-la comme l'amie la plus digne d'amitié, elle attend que tu poses ta plume ou ton stylo pour l'écrire et la décrire; pare-la des couleurs et des dessins et des polices d'écriture les plus jolies – n'as tu pas un ordinateur maintenant, pour cela? -- alors donne-lui des lignes justes, entreprends son contour, dessine ses jolis traits comme si c'était la femme que tu aimes, songe à quelque dessin de Matisse, et sois savant en patience, et s'il te manque un e, un s, un t, songe qu'en retour, si cela se trouve dans une lettre qui fera réagir celle que tu aimes, la langue ne glissera point légère jusqu'au fond de son coeur. Aime faire ton ouvrage et ton ouvrage t'aimera. Aime donc écrire ta langue comme le plus parfait amant, en sachant ce que tu dis au millimètre près, et tu comprendras que tu vises droit au coeur de la cible. Aime bien écrire et tu seras aimé en retour, je te l'assure, sans le moindre doute sur l'issue de ton labeur.

 

eric levergeois - tous droits réservés et protégés -sur toutes les rives des lacs italiens et éventuellement chez Me...avocat redouté.

 

Par elevergois
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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 10:43

Il y a dans ce couloir une note de silence suspendue, miraculeuse, attentive et comme en prière. Si l'on avance doucement, on peut craindre de la faire disparaître par le cri d'une lame du parquet tirée de son sommeil, et les cartes de toute cette paix, posées l'une sur l'autre comme un fragile château, pourraient s'effondrer et nous rendre le présent moins simple, et d'un seul coup périssable, et même aussitôt englouti. Alors, on préfère rêver d'avancer, comme vers un ami qui monterait les marches en silence, et dont la présence ne troublerait pas l'espace, ou bien à peine, comme le reflet dans un miroir qui serait comme le souvenir d'un être aimé qui se promènerait comme chez lui, ayant ouvert les portes sans bruit pour prendre discrètement un objet familier et surtout pour ne déranger personne. Car ces présences silencieuses, et avec elles toutes nos pensées de fin du jour, et avec elles tous nos désirs chassés à peine éclos, sont comme des instants interpolés au milieu des autres, des virgules légères dans la ponctuation du temps, d'étranges trous noirs du silence au fond desquels, si l'on parvient à en saisir le sens, s'est recueilllie toute la poésie mystérieuse qui fait qu'on peut dire d'une pièce qu'elle vient d'être quittée, encore vibrante et attentive, et non qu'elle est simplement vide.

L'Absente

(elevergois-ce texte a paru en revue--tous droits protégés par la revue, et si nécessaire par mon colt)
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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /Juin /2009 02:38

texte retiré pour travaux

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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 19:40

par elevergois, presse, humour, edition


04.06.09

De toute façon, c'est fait, et il est certainement trop tard pour y remédier. Après avoir effectué un certain nombre de recoupements et téléphoné en certains lieux où circulent les murmures qui importent le plus, nous en avons reçu la confirmation. Un ensemble euro-américain, vaste zone de libre-échange et de marché dérégulé est sur les rails, et par conséquent, nos rêves gaulliens,  adenaueriens, ou de toute autre étoffe européo-centriste n'ont plus lieu d'être.

Il semblereait même que ce projet, ce traité, cet accord (appelons ça comme on voudra) ait été voté à une majorité écrasante, avec juste une poignée de rêveurs attardés pour voter contre. Nous savions que les ingénieurs du secteur agro-alimentaire se penchent avec ardeur sur des jus pas très clairs qui, mélangés à l'eau, remplaceront dans peu de temps les crus et les terroirs, mais quelques bribes de cette alchimie avaient filtré.

Dans le cas qui se présente devant l'Européen qui se sent composé de fibres littéraires, culinaires, stratégiques ou linguistiques qui lui appartiennent en propre, rien n'est apparu, et nous allons voter pour entériner un tour de passe-passe déjà accompli. Nous sommes déjà des Euroaméricains qui s'ignorent, mais avec un peu de retard sur les décisions prises dans notre dos, il nous a semblé bon d'en informer le lecteur qui ne va pas aller voter par dépit, ou par lassitude. Non seulement, il faut aller voter, mais il nous semble qu'il soit nécessaire d'aller voter pour une Europe qui ne soit pas de cette nature là. Quand on pense qu'on a réfléchi pendant des années à se demander si on se sentait plutôt franco-italien, franco-allemand, de quelles autre cultures voisines, musicale, artistique,on était proche, de quel creuset ou mélange subtil et irrremplaçable nous étions faits ! Eh bien c'est raté.

Il n'y a plus besoin de se le demander puisque, c'est déjà voté. Reste à savoir, "hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère", comme disait Baudelaire, si tu iras voter pour la liste que tu pensais faire gagner, avec la même légèreté d'âme et le même souci de ton indépendance d'Européen votant pour des élections européennes après avoir lu ces lignes. En ce qui nous concerne, nous avouons être un tantinet fâchés : la France, tout compte fait, ça nous plaisait bien de l'imaginer dans un cadre où une Europe consciente de ses forces et de ses fiertés se serait organisée avec d'autres pays avec qui elle se sentait des affinités historiques profondes, ce n'était pas honteux de rêver de cette Europe-là, mais on vient de décider à notre place qu'on serait désormais voués à une rêverie euro-américaine.C'est plus fort que moi, mais je vais aller voter pour la liste qui soutient le contraire, il doit bien s'en trouver une. Car c'est pas l'Euro-Amérique que je souhaite voir naître : c'est une Europe d'Européens conscients, résolus, et déterminés à se faire par eux-mêmes.

 

elevergois - cette chronqiue a paru dans les pages des Abonnés du Monde -

Par elevergois
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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 18:11

Tous les hommes lisent, ou bien sont lus.  Qu'ils secouent eux-mêmes la poussière d'une étagère usée, ou que la brume d'un texte de génie qui les hante s'anime sous le ciel de leur rêve, ils voyagent tous en lisant. Du moins, c'était ainsi que nous les avons connus, attirés par des livres bien faits comme d'autres le sont par la musique, par la peinture ou par la beauté des femmes. Il y a fort longtemps, beaucoup ne savaient pas lire, ils adressaient des prières aux dieux familiers des arbres et des labours pour que les saisons suivent leur cours, et que les dieux leur répondent par la prospérité ou le désastre. Et puis, lorsqu'ils n'ont plus eu qu'un seul dieu, ils ont sauté dessus comme sur le soliveau de La Fontaine. Les livres tenaient debout d'anciens rêves, s'aidant l'un l'autre pour soutenir l'édifice de la courageuse espèce. Puis les hommes devinrent comme des dieux eux-mêmes, et ils défirent morceau par morceau la Création. Nous les avons connus dans des cités, ignorants de tout  et ne craignant plus rien. Un poète vint qui leur dit: "il y a trois sortes d'hommes, le prêtre, le poète, et le soldat: celui qui prie, celui qui crée, celui qui tue." A l'heure où nous écrivons ce message dans une bouteille, il semble qu'ils aient tous opté pour le dernier de ces modèles, et que la joie de s'entre-détruire ait prévalu dans leur coeur. S'ils ont un aspect poli, ne vous y trompez pas: les plus habiles d'entre eux s'équipent pour visiter des planètes différentes de la leur. Les moins habiles arborent l'ignorance avec une satisfaction d'animal s'étonnant soudain de savoir parler. Quand ils auront cessé d'écrire, le goût des lectures profondes leur passera lui aussi. Mais un semblant de moeurs polies qui rôde encore leur fait penser que la fin de leur histoire est encore loin. Laissons courir ces adultes enfants, et faisons nos paquets pour nous embarquer vers quelque livre douloureux dont la musique nous enchante. C'est le soir: le cri des moteurs strie la bizarre atmosphère d'excitation qui s'accumule comme un écran devant les étoiles. Ouvrons les pages du livre qui autrefois régnait, et pratiquons son enseignement comme celui d'une religion interdite. Les rues sont pleines de papier imprimé de mille couleurs affichant des femmes dans des postures publicitaires qui sont comme la danse effrénée du commerce, allié à une lubricité somnolente qui serait notre survie. Ô, poète sublime, tu es resté pour quelques-uns l'équivalent du monde et son adroit rival. Et nous avons choisi dans le livre une prière qui dit l'humanité des bons chiens. "Meilleurs que les hommes!" disent les jeunes générations. Car c'est bien ainsi: le poème des bons chiens semble plus humains que le plus saint des apôtres modernes sanctifiés chaque jour par les gazettes. Des milliards de gazettes de par le monde qui nous annoncent des suites fâcheuses. Et dans ces papiers, par tradition ou par fatalité, les chiens sont écrasés, vendus, échangés, expérimentés, mais hélas! jamais aussi sublimes que ceux que que le poète a chantés, lui qui croit encore à quelque paradis spécial pour toutes les espèces, et qui se moque des gouvernements montreurs et dresseurs d'hommes --  eux qui ne se prennent pas pour des bêtes!

(ebroligeas fecit) -- tous droits réservés y compris sur les rives du lac de Côme. elevergois.
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