Jeudi 24 juillet 2008 4 24 /07 /2008 02:20
Voilà assurément un grand, un très grand génie de la musique, du son, du sentiment religieux, de la ferveur, de l'invention, dont hélas ces jours-ci  le nom n'orne pas les murs de toutes les villes, sans doute parce qu'accéder à certains bonheurs esthétiques se fait en cachette ou en solitude. Ce sont les Petites Esquisses d'oiseaux -- qu'on me pardonne mon ingnorance du reste -- qui, à peine écoutées, m'ont plongé dans ce sentiment d'admiration et de bouleversement d'un certain ordre du monde à quoi on reconnaît une oeuvre vraie,intense, une source de joie intarissable. En règle générale, il est admis qu'on ne se penche plus sur les questions de musique qu'en fonction des impératifs des célébrations d'anniversaires, des fleurs qu'on pose sur la tombe des grands disparus à date fixe, comme si les écouter était une obligation douloureuse qui les rend deux fois plus morts -- avant de ne plus en parler pendant un autre demi-siècle. D'où mon texte de ce jour (de cette nuit plutôt) par lequel je voudrais alerter les "âmes sensibles en petit nombre sur cette terre" comme dirait Stendhal, et tout ceux que les rencontres heureuses et imprévues enchantent. Ornithologue fabuleusement inspiré, outre le corpus immense de la musique sacrée, Olivier Messiaen a ciselé de petites merveilles de musique certes assez difficile -- plus proche de ce qu'il était convenu d'appeler "musique contemporaine" il y a trente ans - mais c'est un bonheur sans  limites dès que l'on consent à faire l'effort d'y consacrer le temps qu'il faut. Ce sont des pièces pour piano, brèves, souvent "imitatives" quoique complexes,  du chant de l'oiseau concerné (fauvette, rouge-gorge, alouette, merle noir, et bien d'autres qui font penser à ravel, à saint françois, au bonheur du premier chant d'oiseau qui éveilla la terre ). L'esprit encyclopédique du musicien y éclate de morceau en morceau, avec cette impression qu'il faut écouter tout cela dans un lieu retiré, loin des jacasseries du monde et des crises économiques -- elles disparaitront, elles,mais Messiaen, lui demeurera -- dans une sorte de chapelle intérieure, profondément recueilli, intensément attentif, puis finalement ravi, parce qu'une oeuvre vraie enchante et inspire. Un bref survol de la biographie d'Olivier Messiaen donne une idée de l'importance et de l'ampleur de son oeuvre. Cependant, il faut bien reconnaître que les affiches proposant des oeuvres de lui ne frappent pas le regard au coin de chaque rue. Mais puisque la longue trève  estivale du Paris désert vient de commencer, et puisque nous prétendons (quelle prétention, effectivement!) ne pas moisir d'ennui sous le soleil poisseux et crémeux d'une zone de bronzage pourvue de sable de n'importe où  à prix cassés, offrons-nous - offrez-vous, si j'ose dire - ce plaisir d'été lumineux et inégalable: écoutez Olivier Messiaen, mêlez les joies qu'il vous apporte à ce que vous aimez le plus en art, apprenez à le connaître, piochez, prenez de la peine comme dit ce bon La Fontaine, et passez une partie de votre été dans cette aventure. Personnellement , sachant que les sites de la fnac ou d'abeille musique permettent d'avoir une idée des morceaux avant d'acheter, cette occupation me sera précieuse, émouvante comme doit l'être celle de continents ignorés, et si seule une partie de la sensibilité permet d'aborder l'immense cathédrale de ces oeuvres, redites vous "que la sensibilité de chacun c'est son génie", et que dans le plaisir de s'émerveiller il n'y a pas de petit effort: toute tentative est aussitôt récompensée. En élève studieux, je poursuis ma découverte de Messiaen, bluffé par tant d'éclairs de génie, et agacé prodigieusement par le silence de ce qui devrait être une "année Messiaen", à mon avis jusqu'à présent assez peu audible. Elle appartient à tous, elle est urgente comme la vie, et comme l'a dit magnifiquement Pasternak: ON NE NAIT PAS POUR SE PREPARER A VIVRE, ON NAIT POUR VIVRE. Ecoutez Messiaen sans tarder!
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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /2008 23:53

Né au début des années cinquante d’un père normand et d’une mère italienne originaire d’un village situé sur la rive piémontaise du Lac Majeur – paysage qui a modelé sa sensibilité -- Eric Levergeois a toujours oscillé, transporté par ses émotions esthétiques, entre les cultures italienne et française. Le cataclysme de sa vie d’adolescent est la lecture d’un volume de Proust laissé par hasard sur sa table : dès ce moment, c’est décidé, il vivra coûte que coûte pour les arts et la littérature et, pour utiliser un trait stendhalien, il sait  qu’il aimera toujours le génie . Il s’échappe (ou réchappe) des études de lettres et du couperet linguistico-structural pour rejoindre des rédactions où il écrit sur Pound, Ungaretti, Baudelaire ou Jouve, et suit des cours d’histoire de l’art. Le second cataclysme est sa première visite de Florence. Lecteur pour plusieurs éditeurs, il donne des traductions de l’italien, devient " talent scout " pour l’éditeur Mazarine (les anciennes éditions, jadis rue de Nesle) et un de ses projets connaîtra même un passage à Apostrophes. Il pratique ensuite le journalisme grand public, tout en piochant sur d’autres sujets de littérature classique, notamment un projet en deux volumes de Gautier dans la collection Bouquins – pas terminé selon ses vœux. " Auteur de projets " infatigable, organisateur, acheteur de droits d’ouvrages étrangers en free-lance, critique de photographie et d’art, il rencontre André Kertez, Jacques Henri Lartigue, correspond avec Roland Barthes, obtient des entrevues personnelles à la suite d’articles " impersonnels ". En 2000 l’article de Julien Gracq " je n’ai plus de confrères " paru dans " Le Monde " le désespère. Il travaille à un nouveau texte, mais il n’en sort que de belles suites de pages très esthétisantes, mais hélas, point de récit ! Répondant à la suggestion " d’écrire seulement des fragments ", il compose cette espèce de musique de chambre pour littérature, ces " préludes ", pour célébrer le charme du vieux manoir vieillissant que possèdent ses beaux-parents, entre le pays de Ronsard et le pays de Racan, près de la Loire et de la Grange de Meslay, qu’il intitule :Un manoir en Touraine. Dans la vie civile et pour le quotidien, Eric Levergeois est professeur à l’Alliance Française de Paris depuis 1990.

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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 14:36



"Quand on voit l'importance que prend la littérature de gare, on se demande pourquoi les gens prennent encore leur voiture"

(elevergois)
Par elevergois
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Samedi 3 mai 2008 6 03 /05 /2008 13:43
Rejoyce! Rejoyce!

A tous ceux qui ont connu et apprécié l'entêtement passionné d'Eric Levergeois pour la littérature classique, Proust, Baudelaire, le romantisme allemand, etc. (je pense à des auteurs, critiques, professeurs, tels que Thérèse de Saint-Phalle, Roland Barthes, Henri Lemaître,  Philippe Dagen,  j'en passe...) Eric a le plaisir de vous annoncer la parution, dans la revue Europe de mai 2008, de pages consacrées à une maison pleine de charmes secrets sur les bords magiques de la Loire. Il s'agit de poèmes lyriques en prose extraits d'un volume dont le titre général est : Un Manoir en Touraine.

Je vous en souhaite une heureuse lecture en attendant la parution du volume complet.

Les textes ont été choisis et selectionnés par Jean-Baptiste Para pour lea revue Europe, disponible dans toutes les librairies de littérature ou en écrivant à la revue, ou en la commandant à partir de son site http://www.europe-revue.info ou encore en leur téléphonant.
Par elevergois
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Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /2008 17:08
                 

                                              REVERIE (GACHEE) DU PROMENEUR SOLITAIRE



Si je vous dis que ma facture est élevée, que je n'ai pas consommé les heures gratuites jamais exactement reportées, et que finalement, de rage ou de guerre lasse il m'arrive de déclarer la "perte" de cet objet qui me coûte si cher, vous  allez encore imaginer que je parle encore automobile . Et bien non.  Aujourd'hui, nous allons nous promener par une  belle journée de printemps dans une jolie rue calme de Paris. Et rêver en nous laissant aller aux pensées vagabondes, aux pensées distraites, aux pensées refleurissant en grand nombre comme les pages d'un vaste dictionnaire que les premières brisent feuillettent en souriant. Ces délices sont rares: les marronniers sont couverts de ces sortes de chandelles roses ou blanches qui portent des petites aiguilles fines comme des antennes, le chant d'un oiseau lance un air de flûte dans les buissons cachés d'un jardin derrière le mur que je longe en marchant, tout confus comme le touriste conquérant qui sent qu'une ville inconnue et libre de tout tracas professionnel lui ouvre ses bras, les referme autour de son cou, et le mène à son gré, comme  soumis au charme d'une inconnue. Je profite de ce médiocre essai lyrique pour vous faire une confidence qui va vous ravir: il y a un siècle, à peine plus, j'ai eu l'occasion d'interviewer Jacques-Henri Lartigue. Je lui posai les questions d'usage, celles qui servaient à mon article, puis je pris mon courage à deux mains et commençai à lui parler de ma vraie admiration pour une de ses photos que je considérais depuis toujours, passez-moi l'expresion, comme un vrai déclic. Bien sûr, j'avais le coeur battant à tout rompre, mais une fois lancé par la passion, je précisai la date, la forme et le sujet du cliché, et je lui avouai même qu'au concert, au théâtre, enfin dans bien des endroits où on peut exprimer sa reconnaissance, on applaudit l'artiste, on lui exprime directement son bonheur, mais que devant une photo qui ouvre le monde de toutes les autres, on est bien embarrassé. Alors, nous avons continué à bavarder, jusqu'au moment où, je ne sais plus comment, j'ai fini par lui demander ce que signifiait pour lui Paris et les beaux jours de printemps. Vous êtes peut-être de Paris, vous, mon lecteur, vous empruntez peut-être parfois non le Velib de vingt kilos,mais votre propre vélo de ville sportif, sur les pistes qui vous coûtent environ deux roues neuves par mois -- (eh, oui! je suis sportif, je ne roule pas pour passer le temps, et les merveilleuses pistes qu'on nous a concoctées présentent des passages de niveau si bien faits qu'à 25 km/h, bien lancé sur un boulevard extrérieur, par exemple, la roue avant (comme les poires de Touraine) se retrouve "tapée" irrémédiablement et à changer dans les semaines qui suivent. D'un autre côté, (je suis vache, hein?) si les vélib' comme leur nom l'indique, passent les feux rouges y compris à reculons et sur la tête devant la maréchaussée impassible, c'est bien sûr, VOUS (en l'occurence,MOI) casqué, chaussé, protégé, éclairé correctement que les respectables fonctionnaires arrêteront pour le moindre feu rouge un peu laissé de côté, même à quatre heures du matin, dans la brume un trente février. Ca se passe de commentaires, surtout quand on paie sur le champ, car j'ai été très bien élevé et je fais ce qu'on me dit)--. Mais où en étais-je? ah, oui! ce délicieux monsieur Lartigue. Descendez de votre vélo et prenez un siège car sa réponse fut étonnante. "Ce qu'évoque pour moi Paris au printemps? (un silence) et bien,je vais vous dire une seule chose: Paris au printemps, c'est cette odeur immense des marronniers en fleurs qu'on respire partout, du Bois de Boulogne, où je jouais au tennis avec mes petites amies, jusque dans les moindres recoins de la ville. C'est pour moi un souvenir merveilleux qui me revient à chaque fois qu'on me pose cette question..." LE PARFUM DES MARRONNIERS EN FLEURS! c'est étonnant, non? ça contraste sévèrement avec nos temps fleurant bon les indices d'octane millésimé 98, ou 95, ou sans plomb, ou gazoil premium, ou gazoil x premium (j'ai délaissé le vin, oui, c'est récent mais très tendance, pour être "nez" chez les écolos. Pour les dégustations d'air à l'aveugle. Je réussis pas mal pour le moment dans le cépage Renault-Margaux, et je vais peut-être passer l'année prochaine à quelque chose de plus corsé, il paraît qu'il y a des plants de cabernet sauvignon plantés 4x4 qui ont un bouquet qui reste dans le nez des heures entières...) -- Enfin voilà, vous êtes comme moi,  je  suis perdu dans mon article, et vous vous demandez peut-être où je veux en venir. Rien qu'à ceci, après mille et un détours puisque nous nous promenons: j'étais seul, dans ma rue, lançant et relançant les dés de ma fantaisie sous le ventre des nuages et le ciel bleu, et je m'imaginais dérivant comme Rousseau dans sa barque, "semblable à quelque dieu dérivant sur ces espaces, allongé sur mon fragile esquif" (je cite de mémoire, pardon pour les erreurs)  QUAND TOUT A COUP, sur cette planète où je suis le dernier terrien vivant, une voix coupante et grinçante comme un serrure mal huilée brise mon rêve en fracassant l'air pur de la plus déshonnorante des vulgarités privées, intime, sale, personelle, impudique, poisseuse, vous savez, un peu comme un pétrolier panaméen en plein dégazage clandestin : "DIS-DONC, fait la voix, T'A PAS OUBLIE DE SORTIR LA POUBELLE CE MATIN, MA LULU?" Je sursaute comme piqué par un serpent. Je me retourne, et HELAS, MALHEUR A MOI et à ma rue tranquille! j'avise un quidam qui comme des millions d'autres moustiques de son espèce n'a rien d'autre à faire dans une rue de carte postale photographiée par Lartigue (où peut-être j'allais faire du vélo, d'ailleurs) vomit sa vie privée, son misérable tas de secrets qui ne sont des secrets pour personne --pour parodier Malraux -- sans la moindre pitié pour le rêveur planant à deux pieds du sol et que le courant printannier poussait.

 Ces machins-là, quand ça commence, ça ne s'arrête pas.C'est drôle comme du Anne Roumanoff et ça dégouline comme l'eau sale d'un baquet de lessive à l'ancienne, et malheureusement ma rue est étroite, sans autre issue  que de continuer tout droit. Sans marronniers, sans Lartigue, sans rêves, sans pouvoir assommer avec son propre TELEPHONE PORTABLE  l'esprit badaud badaudant qui me poursuit sans le savoir  de  sa voix de v.r.p. style famille nombreuse, qui a choisi cette charmante rue pour énumérer les bobos de la famille jusqu'aux dents de lait de son dernier moutard. Que faire? des contraventions, peut-être? non, ce ne serait pas démocratique.Dessiner sur sol des sièges de TGV ayant un panneau de téléphone marqué d'une barre rouge? ça couterait trop cher, et comme ça ressemble au train, il y aurait des resquilleurs. Si seulement, façon Devos, je pouvais voir au loin un gardien de la paix, je lui demanderais poliment: "vous êtes bien gardien de la paix?" "oui" qu'il me dirait, et moi je lui dirais: "eh, bien justement, il y a un individu avec une antenne qui me la gâche la paix, la mienne,MA PAIX privée à moi tout seul. Là bas, cet homme avec son oreille contre sa main, enfin non, le contraire, il m'a rompu MA PAIX!" Evidemment, le fonctionnaire me dirait que je divague et que la paix ça se partage; et moi je demanderais si c'est lui qui doit partager la mienne ou moi qui dois manger de la sienne, qu'a pas bon goût, qu'est moche et qu'est sale! Je  serais un bien mauvais concitoyen, un de ceux qui ne rêvent que du moindre prétexte en temps de paix pour faire la guerre...Flûte, zut, et nom d'un bouygues d'une orange de sfr! c'est sans issue. De toute façon, il ne me reste que quelques dizaines de mètres, et seulement quelques nouvelles de la belle mère de gugusse, qui a l'air de souffrir d'une angine...tiens? mais une angine de quoi?...mince, il a coupé. Tant qu'à faire, promenade gâchée pour promenade  gâchée, j'aurais bien supporté les nouvelles de sa belle-mère, mais la rue s'arrête. Le regard torve, je le vois tourner à gauche,et j'en profite pour prendre à droite pour éloigner de moi toute envie mesquine et infantile de l'étrangler avec son fil d'oreillette, ses câbles, ses antennes et ses bidules qui communiquent, qui plantent mes marronniers et ma rue dans je ne sais quel appartement comme tous les autres,dans je ne sais quel faubourg.comme tous les autres. Glauque et anonyme comme du Edgar Poe. Et vous savez ce qu'il a dit en raccrochant la dépouille de ma belle journée sur la patère du quotidien? "JE TE SOUHAITE UNE BONNE JOURNEE!!". Pour une bonne et belle journée de printemps, je crois que celle-ci est gâchée jusqu'à la fin de l'après-midi.  Merci de m'avoir lu, on se rapelle, hein? (elevergois - chroniques impubliables - droits déposés- )

P.S. Je profite de ce papier pour signaler que ce n'est bien sûr pas moi qui traite le Président de la République de je ne sais quoi de pas courtois dans un comentaire de journal en ligne, comme on le trouve en tapant elevergois. En revanche, c'est bien moi qui ai essayé (sans succès) dans trois journaux de soutenir que madame N-K.M. a une silhouette de personnage romantique très touchante, un vrai personnage tiré d'un roman de George Sand avec une élégance très particulière, mais ça n'intéresse personne. Ca n'est pas passé, mais je le maintiens.
Par elevergois
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