Dimanche 12 juillet 2009
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Continuations. Essai de pastiche du tome Deux
Ulriche et Agathe rêvent:
"Ulrich n'avait plus songé à Agathe depuis son message d'adieu ou de précipitation, qu'il croyait lié à des obligations auquel il n'avait aucune part et qu'elle
avait écrit sans doute dans une précipitation qui rabaisse jusqu'au néant tout ce qui n'est pas la promesse d'un "ailleurs". Il lui avait semblé étrange qu'elle lui fasse sentir le peu
d'importance que leur histoire commune pouvait prendre, comme on change un décor en frappant dans ses mains, par caprice, par besoin d'être distraite de ce qu'eux deux aimaient sincèrement.
Curieux de ce qui lui arrivait, il s'était promis de chercher la vraie profondeur de leur union, qui était faite avant tout d'une nécessité d'augmenter et d'approfondir ce curieux bonheur
d'écrire ensemble leurs sentiments, de les échanger et les comparer dans une sorte de fratrie imaginaire,mais également très tendue, car tous deux pouvaient penser que d'autres sentiments, plus
douloureux et plus proches d'une infinie tendresse inexprimée les unissaient. Il avait relu des textes qu'elle devait aimer, ceux dont elle avait fait des sortes de trésors personnels et
qui lui permettaient à la fois de la connaître comme un esprit fort et très savant et d'autres fois comme la petite fille de jadis, capricieuse, aimant jouer à cache-cache, et parfois capable
d'être fort malheureuse. Il était resté à cette conclusion provisoire que si lui ou quiconque la laissait dans la nuit continuer le jeu toute seule et sortir de son bosquet en ne retrouvant que
la place du village déserte et l'obscurité profonde, elle éprouverait le besoin -- malgré son orgueil -- de l'appeler, ou de désirer qu'il fût présent d'une manière ou d'une autre. Une de ces
nuits où elle était restée seule, comme dans les jeux de cache cache d'autrefois, il l'entendit se plaindre d'une façon toute lyrique, car se croyant seule et abandonnée elle s'était mise à
dire des poèmes au ciel plein de petits points de lumière, un ciel qui semblait lui sourire de sa voix lointaine, divine -- cette voix dont seuls les élus d'un certain type de chagrin
possèdent le secret. Il était assez près d'elle pour entendre qu'entre deux poèmes (il lui sembla qu'il y en avait eu un de Hofmannsthal et un autre, peut-être de Eichendorff, mais
cet autre il l'oubliait souvent, c'était un texte qui leur servait de coeur commun à tous les deux, aussi évitaient-ils d'en parler) elle proférait contre lui des reproches assez justes et pleins
d'une tendresse bien évidemment mêlée de sa hauteur naturelle. "Mais non, se murmurait-il tout en lui parlant directement, surtout ne va pas penser que parce que tu joues à t'éloigner, moi-même
je m'éloigne, si seulement tu pouvais imaginer ce que je saurais te dire si cela était possible..." Mais il eut peur lui-même de cette sorte d'aveu qui revenait à dire ce qui généralement se
laisse deviner. Dans les premiers jour de son absence (la dernière en date...) , il avait disposé des fleurs sur l'album de carton blanc où ils aimaient écrire ensemble; ces fleurs ne pouvaient
être que d'un certain type, et avoir cette sorte de robe de bal soyeuse et frissonnante, comme un coeur externe -- d'ailleurs pourquoi les pétales des roses ne sont-ils pas des extensions
extérieures du coeur? -- et puis voyant qu'elle ne souhaitait pas réagir, il avait rangé ces fleurs loin d'elle, ayant toujours soin de ménager cette étrange soeur bien-aimée, car il
ménageait en elle, sans cesse et d'un mouvement contradictoire, l'être qui était la soeur à qui il devait un respect sacré, et d'un autre côté, la jeune femme amoureuse qu'il ne devait pas
réduire non plus car elle occupait ces deux places dans sa vie. Et puis, un soir où il l'imaginait encore "vénitienne", "turque", grecque", "cairote" ou partie on ne sait où sur les traces
de son immense magicien inspirateur, il trouva une lettre qu'on avait apportée dans l'album blanc. Dans ce message bourré de reproches et de douceur, il comprit qu'elle n'était pas si entièrement
partie qu'elle le disait, ou du moins qu'elle restait préoccupée par leur univers de poésie, de confidences, de joies murmurées -- et pour une fois il y avait moins de Sebstliebe que dans les
autres lettres, et bien plus d'agacement, de douceur meurtrie. "Agathe existe donc encore!" se dit-il. Il avait hâte de finir sa lettre pour pouvoir relire la sienne, de façon un peu maniaque,
comme on passe et repasse entre ses doigts le châle d'une femme aimée qui ne reviendra jamais, mais dont un objet personnel gardé sous clé et soudain libéré nous redonne comme un espoir.
Agathe lui reprochait d'avoir ôté des pages de l'album, d'en avoir modifié d'autres, et surtout de n'avoir pas écrit ---il lui écrivit aussitôt une très longue lettre, reconnaissant et dévoué
envers elle comme jamais il ne l'avait été, et se demandant si, comme ils se sentaient à présent séparés et si loin l'un de l'autre, il ne valait pas mieux qu'ils se disent au moins une fois, qu'
ensemble, ("ensemble" dans la situation que leur avait donné la vie au départ était plutôt un mot plein de pièges) oui, ensemble, elle et lui étaient infiniment heureux d'une sorte de bonheur que
ni l'un ni l'autre ne voulaient perdre. Il ne put s'empêcher -- demandant à tous ces anges qui à chaque instant de la vie surveillent peut-être nos actes pour en tirer la somme quand ce sera fini
-- de ne pas le regarder lorsqu'il prit les mains d'Agathe entre les siennes, sans les serrer convulsivement mais avec le sentiment qu'elles pouvaient se poser dans les siennes avec une douceur
retrouvée et magique, celle qu'ils éprouvaient lorsqu'ils lisaient ensemble, lorsqu'il savait qu'elle avait eu un peu de peine et qu'il voulait lui faire comprendre qu'il l'aurait adorée
pour des siècles -- mais il ignorait comment pareil aveu pourrait être reçu, si par mégarde elle le comprenait tout entier."
Continuations -- essais de prolongations d'oeuvres existantes là où une une vibration rencontrée dans un texte
permet de l'augmenter. Le premier exemple de cette sorte a été rencontré à propos de De Quincey, -- Dickens , en effet ,fut inspiré par l'image de la jeune infortunée qui errre dans l'immense
maison vide de Londres auprès du héros -- il en tira une oeuvre pesonnelle -- ici il s'agit de l'amour entre Ulrich et Agathe
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