Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /Juil /2009 03:23


LES NAUFRAGES

 

 

On voit parfois des cimetières de bateaux sur les grèves, au milieu des rochers que ne vient plus bercer la lame, des restes de coursiers qui hantaient le grand large. Ce sont des tas de planches verdies par la mousse, des mâts brisés, des vergues un peu tordues qui ne défient plus le vent pimenté des tropiques, membres inutiles où pend un vieux cordage  que mange le  sel ou la vermine. Et comme ils sont nombreux, dans leur couleur de sable vert, si tristes, et comme ils parlent encore, gisants mélancoliques au coeur abandonné par le chant des marins – marins autrefois disparus ou marins vivants, qu'importe! -- quand ils glissaient sur la vague, comme ils savaient bien tous et craquant en cadence, faire écho à la voix du corsaire, à la peur du jeune mousse, ou bien accompagner, loin de sa terre en le berçant, la dernière fièvre dont mourut le matelot avant de toucher l'île où chantent d'étranges oiseaux! Les hommes qui les ont guidés viennent de loin les contempler, quelquefois, dans cette crique où volent des mouettes en nuées, pour échanger en silence avec ces tristes reliques, des rêves d'horizons que ces cadavres inspirent, figés ou bien toujours mourants et percés de trous sous le  linceul de mousses et d'algues que procure à chacun sa coque vermoulue. Chacun d'entre eux sait lire la langue mystérieuse de ces grimoires du voyage que le vent indiscret feuillette sous la pluie d'un éternel automne. Chacun d'entre eux sait rafraîchir d'un souvenir éclatant la carène pourrissante qui jadis, halée par les vents , chargée de pierres, d'or ou de porcelaines chinoises rapportées au grand soleil, donnait à l'ivresse du retour un lustre à peine moins glorieux que celui d'Ulysse ou de Jason. Mais le poète, lui, n'a point de compagnon, et dans ces grands vaisseaux abandonnés, il voit des aventures que seul il a rêvées: la mer n'a point voulu de lui, il erre dans ses livres, et compte dans tous les vaisseaux tristes les chimères, les rêveries et les fantômes de  lointaines promesses qu'il fut le seul à tenir. Et les bateaux mourants racontent bien souvent ce que furent ses premiers pas et le destin d'amours et d'aventures sublimes qu'il eut la force de rêver, après avoir lu l'Arioste ou le Tasse, et que les lumières naufrageuses à contraints à se briser sur le rivage. Longtemps, bien longtemps avant d'avoir connu la houle répétée et la douceur d'une passion qui conduirait, bien loin,  vers des pays glorieux et des paradis inexplorés.

 

 

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Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009 01:20
Continuations. Essai de pastiche du tome Deux

Ulriche et Agathe rêvent:

"Ulrich n'avait plus songé à Agathe depuis son message d'adieu ou de précipitation, qu'il croyait lié à des obligations auquel il n'avait aucune part et qu'elle avait écrit sans doute dans une précipitation qui rabaisse jusqu'au néant tout ce qui n'est pas la promesse d'un "ailleurs". Il lui avait semblé étrange qu'elle lui fasse sentir le peu d'importance que leur histoire commune pouvait prendre, comme on change un décor en frappant dans ses mains, par caprice, par besoin d'être distraite de ce qu'eux deux aimaient sincèrement. Curieux de ce qui lui arrivait, il s'était promis de chercher la vraie profondeur de leur union, qui était faite avant tout d'une nécessité d'augmenter et d'approfondir ce curieux bonheur d'écrire ensemble leurs sentiments, de les échanger et les comparer dans une sorte de fratrie imaginaire,mais également très tendue, car tous deux pouvaient penser que d'autres sentiments, plus douloureux et plus  proches d'une infinie tendresse inexprimée les unissaient. Il avait relu des textes qu'elle devait aimer, ceux dont elle avait fait des sortes de trésors personnels et qui lui permettaient à la fois de la connaître comme un esprit fort et très savant et d'autres fois comme la petite fille de jadis, capricieuse, aimant jouer à cache-cache, et parfois capable d'être fort malheureuse. Il était resté à cette conclusion provisoire que si lui ou quiconque la laissait dans la nuit continuer le jeu toute seule et sortir de son bosquet en ne retrouvant que la place du village déserte et l'obscurité profonde, elle éprouverait le besoin -- malgré son orgueil -- de l'appeler, ou de désirer qu'il fût présent d'une manière ou d'une autre. Une de ces nuits où elle était restée seule, comme dans les jeux de cache cache d'autrefois,  il l'entendit se plaindre d'une façon toute lyrique, car se croyant seule et abandonnée elle s'était mise à dire des poèmes  au ciel plein de petits points de lumière, un ciel qui semblait lui sourire de sa voix lointaine, divine -- cette voix dont seuls les élus d'un certain type de chagrin possèdent le secret. Il était assez près d'elle pour entendre qu'entre deux poèmes (il lui sembla qu'il y en avait eu un de Hofmannsthal et un autre, peut-être de  Eichendorff,  mais cet autre il l'oubliait souvent, c'était un texte qui leur servait de coeur commun à tous les deux, aussi évitaient-ils d'en parler) elle proférait contre lui des reproches assez justes et pleins d'une tendresse bien évidemment mêlée de sa hauteur naturelle. "Mais non, se murmurait-il tout en lui parlant directement, surtout ne va pas penser que parce que tu joues à t'éloigner, moi-même je m'éloigne, si seulement tu pouvais imaginer ce que je saurais te dire si cela était possible..." Mais il eut peur lui-même de cette sorte d'aveu qui revenait à dire ce qui généralement se laisse deviner. Dans les premiers jour de son absence (la dernière en date...) , il avait disposé des fleurs sur l'album de carton blanc où ils aimaient écrire ensemble; ces fleurs ne pouvaient être que d'un certain type, et avoir cette sorte de robe de bal soyeuse et frissonnante, comme un coeur externe -- d'ailleurs pourquoi les pétales des roses ne sont-ils pas des extensions extérieures du coeur? -- et puis voyant qu'elle ne  souhaitait pas réagir, il avait rangé ces fleurs loin d'elle, ayant toujours soin de ménager cette étrange soeur bien-aimée,  car il ménageait en elle, sans cesse et d'un mouvement contradictoire, l'être qui était la soeur à qui il devait un respect sacré, et d'un autre côté, la jeune femme amoureuse qu'il ne devait pas réduire non plus car elle occupait ces deux places dans sa vie. Et puis, un soir où il l'imaginait encore "vénitienne", "turque", grecque", "cairote" ou partie on ne sait où  sur les traces de son immense magicien inspirateur, il trouva une lettre qu'on avait apportée dans l'album blanc. Dans ce message bourré de reproches et de douceur, il comprit qu'elle n'était pas si entièrement partie qu'elle le disait, ou du moins qu'elle restait préoccupée par leur univers de poésie, de confidences, de joies murmurées -- et pour une fois il y avait moins de Sebstliebe que dans les autres lettres, et bien plus d'agacement, de douceur meurtrie. "Agathe existe donc encore!" se dit-il. Il avait hâte de finir sa lettre pour pouvoir relire la sienne, de façon un peu maniaque, comme on passe et repasse  entre ses doigts le châle d'une femme aimée qui ne reviendra jamais, mais dont un objet personnel gardé sous clé et soudain libéré nous redonne comme un espoir. Agathe lui reprochait d'avoir ôté des pages de l'album, d'en avoir modifié d'autres, et surtout de n'avoir pas écrit ---il lui écrivit aussitôt une très longue lettre, reconnaissant et dévoué envers elle comme jamais il ne l'avait été, et se demandant si, comme ils se sentaient à présent séparés et si loin l'un de l'autre, il ne valait pas mieux qu'ils se disent au moins une fois, qu' ensemble, ("ensemble" dans la situation que leur avait donné la vie au départ était plutôt un mot plein de pièges) oui, ensemble, elle et lui étaient infiniment heureux d'une sorte de bonheur que ni l'un ni l'autre ne voulaient perdre. Il ne put s'empêcher -- demandant à tous ces anges qui à chaque instant de la vie surveillent peut-être nos actes pour en tirer la somme quand ce sera fini -- de ne pas le regarder lorsqu'il prit les mains d'Agathe entre les siennes, sans les serrer convulsivement mais avec le sentiment qu'elles pouvaient se poser dans les siennes avec une douceur retrouvée et magique, celle qu'ils éprouvaient lorsqu'ils lisaient  ensemble, lorsqu'il savait qu'elle avait eu un peu de peine et qu'il voulait lui faire comprendre qu'il l'aurait adorée pour des siècles -- mais il ignorait comment pareil aveu pourrait être reçu, si par mégarde elle le comprenait tout entier."

Continuations -- essais de prolongations d'oeuvres existantes là  où une une vibration rencontrée dans un texte permet de l'augmenter. Le premier exemple de cette sorte a été rencontré à propos de De Quincey, -- Dickens , en effet ,fut inspiré par l'image de la jeune infortunée qui errre dans l'immense maison vide de Londres auprès du héros -- il en tira une oeuvre pesonnelle -- ici il s'agit de l'amour entre Ulrich et Agathe d'après Musil. -elevergois - tous  droits réservés et protégés.
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 06:55

 

 

 

Les ciels bleus et argentés qui se multiplient au-dessus du ruban large du courant, le long des îles où les arbres s'entremêlent et s'agitent, sont semblables à de grands pétales courbés et scintillants. Il semblent prêts à soutenir la longue caresse du vent, et cependant sont posés là, douceur de soie lente au-dessus des rives, versant sur l'inconnaissable secret des fleurs cette poussière d'air chaud parfumée des épices de l'été et de sels qui descendent de l'espace cristallin. C'est un long sable bleu qui forme comme un corps endormi en vaste courbes sur les étiers et les vases d'un Nil imaginaire qui s'évapore et songe vaguement sous les caravelles des nuages qui s'étirent, suivant l'azur liquide où tout se noie. Tout ce qui frémit sur la terre annule toutes les ombres et la lumière s'infiltre jusqu'au coeur des pierres où s'épanche la confidence des plus humbles reflets soudain riches de mystère. Le regard qui suit la lente élévation de ces châteaux indolents, de toutes ces collines de nuages qui se meuvent et qui sont la palpitation d'une âme unique, s'y mêle parfois intimement, comme en suivant le jeu voluptueux des vagues d'un grand large aux écumes couleur de lis, et toute la splendeur du monde s'y transforme. Et cette longue terre où les après-midis se recommencent, du fond de cette coupe d'indicible beauté, invite à des élans superbes pour aller cueillir la douceur des brises dans les lointains profonds.

 

 

elevergois – le texte a paru en revue – texte protégé par la revue et par les editions de Revue Europe – 2008 – texte également adressé de tout coeur aux amis de Touraine , comme chacun l'aura compris

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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /Juil /2009 21:38
message ôté
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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /Juil /2009 18:26
page modifiée par elevergois le 6 juillet 2009 pour raisons d'esthérique et autres --
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