Jeudi 16 juillet 2009
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Il y a des fragments de poèmes qui pour des raisons mystérieuses nous restent en travers de la mémoire, et il est possible de penser que certaines lignes de
certains auteurs continuent de briller en nous malgré les années, l'ennui , l'affaiblissement de la mémoire, les travaux forcés qu' appelle « le travail » comme des morceaux d'épaves
encore éclatants de lumière et de couleur, et pas encore recouverts par les algues et le sable. Sans doute le poème tout entier s'est-il ramassé, distillé dans la substance liquide d'un unique
vers qui demeure un nectar, un narcotique ou un délicieux poison, car ce qui est beau et emportant contient toujours une part de mystère et d'éloquence qui dérange. Puisque cette nuit nous
n'avons pas d'étoiles au-dessus de la tête, regardons dans les bizarres figures du zodiaque poétique pour contempler ce brin d'un joyau, ce filament de topaze en feu, détaché de son corps
principal. Le fragment du poème appartient à Luis de Gongora, poète génial et impécunieux du Siècle d'or espagnol, qui a laissé attachée à son nom la funeste réputation du gongorisme, autrement
dit la manie du style ampoulé, plein d'hyperboles funambulesque et inutiles. Le fragment dit, si notre mémoire est juste: « La vie est un chevreuil blessé » ou, en langue originale
« La vida es un ciervo herido ». L'image s'impose d'elle même avec la magie de l'animal en question, leste, agile, bondissant, décrivant dans un saut la courbe miraculeuse de la
vitalité de l'existence, mais...mais il y a aussi « herido ». Notre chevreuil porte dans son flanc une flèche et c'est de cela qu'il doit, comme tout être vivant en ce monde, mourir de
sa triste mort. L'image de ce chevreuil incarnant la vie est une ivresse, et cependant cette ivresse porte aussi le trait dont elle périra. Que de fois, en voulant exposer un exemple d'image
mobile, d'image de « réverie mouvante » pour marcher sur les traces de Bachelard, n'avons-nous pas cité cette belle phrase du poète espagnol, en la revivant dans toute sa beauté. Et que
de fois, en citant et en revivant cette phrase, nous nous sommes laissé aller à sa mélodie, à son éclat, à son triomphe aussi, car en énonçant d'une manière si frappante une réalité de toujours,
elle a inscrit à côté du destin, à côté du geste de la Parque, une réalité poétique qui provoque une rêverie. Cette petite phrase pose au-dessus du destin le sien propre, celui de toujours faire
la lumière au coeur de ce qui passe pour être la fin de la vie – car elle peut être lue, si l'on ose dire, également à l'envers, au moment où le chevreuil s'élance et où il n'a pas encore reçu la
flèche fatale. Au reste, elle ne cesse, et c'est là à notre avis son immense prestige, sa gloire et son honneur, d'être en action, elle vibre et vibre encore de ce qu'elle est, unissant
différents mouvements contrariés qui doivent finir en un seul. Au fait, qui nous a dit que ce chevreuil était « bondissant »? personne, et peut-être ne l'est-il pas. Mais la rêverie
poétique du mouvement nous l'a fait imaginer ainsi. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles ce fragment tiré des Solitudes de Gongora est merveilleux: il vainc d'emblée ce qu'il semble
dénoncer comme un malheur, il fait de l'existence une sorte de triomphe quintessencié par un animal devenu pure magie, et cela par la grâce ineffable de la poésie.
elevergois -- variations personnelles et musiques en été sous des cieux qu'on aimerait plus purs et plus bleus, mais qu'y
verrait-on? puisque c'est la nuit que naissent les figures et les notes des guitares sous les arbres enivrés de vent . -- tous droits vers la vie en vers, la seule ,
l'unique.