Samedi 25 juillet 2009
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Vacances à Malte pour les uns, en Asie lointaine pour d'autres, pourquoi pas? pour ce samedi nous avions rendez-vous avec une fleur en Touraine, et nous n'avons pas
hésité. C'est peut-être un défaut d'aller arpenter les provinces désertées par l'ivresse balnéaire, pour aller discuter en tête à tête avec ce qui fut beau jadis pour les poètes, mais certaines
passions sans apparat ni coups de cymbales en valent d'autres. Cette fleur pour nous unique réclamait une attention d'horloger, de diamantaire, ou simplement de peintre en mots qui ne peut pas se
taire. Sujet d'actualité, cette fleur l'est, disons d'une actualité éternelle, car même si le monde meurt tout entier, elle restera l' unique pierre précieuse qui poussait dans les champs. C'est
une sorte de miracle tombé des cieux de la peinture, parce que son rouge culmine et s'évapore tour à tour comme les nuances d'un ciel -- et l'on sait que les ciels ont ici des nuances
vagabondes de grands tissus de soie qui cherchent une beauté à réveiller dans un château, qu'ils ne trouvent pas toujours. Si l'oeil écoute, c'est qu'il faut des scribes pour noter ce qui
est raconté par la beauté du monde. Alors prenons sur nous, aussi sérieusement que s'il s'agissait de visiter Venise, la mission pleine d'attention, de ferveur, d'écoute du diapason de
toutes choses des champs entre elles, pour traduire ce que l'oeil du poète, du peintre et du voyageur céleste, croit voir en lui et hors de lui. La fleur courtisée, si l'on ose dire, décompose sa
couleur et la recrée de seconde en seconde, abondonnant même, parfois, son plus bel éclat comme les femmes endormies laissent vagabonder la beauté d'un bijou au bord d'une table, au plus
profond des nuits. Les fleurs qui nous font rêver rêvent elles aussi. Elles font rejaillir autour d'elles le mystère de leur rouge, qui est substance, qui est chair, qui est mystère autant que le
teint d'une peau qui aurait pris son indépendance pour s'allier au miraculeux exploit d'une couleur naissante, inconnue, qui n'appartient qu'à elle et nous transporte. Surtout si c'est dans l'air
transparent et diamanté du rêve de ciel qui règne partout ici. Nous savons par certains témoignages que Marcel Proust pouvait s'abîmer littéralement dans la contemplation des réseaux et des
sentiers et des rivières infinies déployés par des pétales de fleurs, qu'il incoropra par la suite en suprême alchimiste du style à des pages depuis devenues fort célèbres. Et ce fut la Recheche,
comme on dit d'une demeure familière supposée connue de tous, et parvenue, par sa notoriété, à ne plus être scrupuleusement connue de personne. Contituons donc humblement à rechercher et à
nous égarer dans ces mystères. Le charme cent fois recomposé et réinterprété comme une musique qui s'est rejouée sous nos yeux, protégée par l'humilité du monde le plus proche, baigne dans un
liquide entre l'air et l'eau, et assurément, se partageant entre les nuages dramatiques de Tiepolo et les vagues de brume insensiblement douces d'un Ruysdael, traversées d'un rayon ocre et de
biais. C'est l'atmosphère d'un pays inconnu et cependant magique au coeur de la France , où notre Ronsard national n'a sûrement pas fini de parler de belles italiennes, d'une fleur morte de la
beauté d'un seul soir, et bien évidemment de ses amours. Alors, aux vacances sur les lointains rivages, il faut l'avouer, peut-être faut-ll préférer deux ou trois jours au jardin de la France,
comme on disait autrefois, car si les noms disparaissent, les pays qui les portent les conservent admirablement, et ne s'en débarrassent pas aussi facilement qu'on croit -- et la première de
toutes les écologies, peut-être, ce serait d'abord d'aimer sans jamais cesser, passionnnément, tout ce que nous entoure.
elevergois -- nouveau textes de Touraine - tous droits réservés - chronique des jardins d'un pays au ciel de cristal - suite au Manoir de la Noue - texte dédié à Pierre et Elizabeth de
Montvallon, à qui je dois tant pour la découverte de ce merveilleux pays.