Vendredi 16 avril 2010 5 16 /04 /2010 23:03

 

 

 

Ouvrez un livre de Giono, qui est notre Homère, notre grand barde des bois et des vents qui causent entre eux, des sources qui ont des histoires à raconter, des arbres qui accompagnent le promeneur et lui enseignent le chemin. Giono tient le monde éveillé autour de lui, il a le don de recueillir toutes les voix de la nature, de faire de nous des êtres avec un rêve unique: celui de la terre, de la symphonie de la terre.


Tous les moindres bruits y sont, tous les incidents que voient les yeux perçants des êtres plus subtils que nous y tremblent aussi. La page de Giono est un rêve de peintre paysagiste qui soudain tombe amoureux de son sujet et n'en finit pas de parler de ces mots sortis d'un tableau à la manière de Chardin, qui ont des airs de famille avec la poésie simple de la vie terrestre. Et puis, il y a dans ses textes de ces moments magiques, tenez, celui-ci par exemple: « L'homme on a dit qu'il était fait de cellules et de sang. Mais en réalité il est comme un feuillage. Non pas serré en bloc mais composé d'images éparses comme les feuilles dans les branchages des arbres et à travers lesquelles il faut que le vent passe pour que ça chante. » Vous avez bien lu: « pour que ça chante ! » L'homme, il faut que ça chante comme fait le vent dans les branches d'un arbres! Vous vous rappelez tous ces mots des dictées du primaire qui étaient comme un catalogue de grainetier introuvable: yeuse, panais, digitales, etc. et tout un bestiaire d'oiseaux, de loutres, de chats huants, de renards qui sautillent « à vouloir  mordre la nuit », des bêtes pas si bêtes qui ont des histoires personnelles et des émotions tragiques. Le monde de Giono est en crue, il déborde de toutes les vies possibles, il est agité et en perpétuel mouvement comme une nature qu'on aurait oublié de voir.


Le héros de « l'Homme qui plantait des arbres », c'est un berger solitaire qui a une grande tige en fer, et qui plante quasiment, à son rythme, des milliers et des milliers d'arbres, et qui ne cesse pas, et l'on assiste bientôt à l'arrivée des « autorités » stupéfiées de voir cette forêt naturelle qui s'étend de plus en plus. Et puis l'humidité y revient, et les cours d'eau, et les pluies, et tout un rythme; et à dix kilomètres de l'endroit où il avait commencé, notre bon apôtre continue, comme un Saint François qui n'aurait parlé qu'aux arbres. Et les multiplie à l'infini. Je me dis parfois que ce serait magnifique de hanter comme cela la montagne, pour tirer la langue à nos destructeurs de paysages, à nos faiseurs d'autoroutes qui « développent » notre pays dans le sens que vous savez, et d'aller planter des arbres – que ce soit ici ou dans d'autres continents d'ailleurs, parce que l'amour de la terre me semble toucher à sa fin. Et ce qui s'envole maintenant, c'est le perfectionnement dans le génie de la destruction.


Quelquefois, je me demande sincèrement si les « nouveaux hommes » qui n'ont jamais vu ni belette, ni renard, ni cours d'eau, ni ciel, ni vent, ni eau qui court n'ont pas été escroqués, si on leur a pas volé leur terre, leur paysage, leurs paysans, leur masure, et les mots d'un dictionnaire infini par lequel on était accroché solidement à la vie. Regardez les routes, par exemple: autrefois, les routes, c'était fait pour aller à la campagne, et elles prenaient leur temps ces routes, elles allaient leur petit bonhomme de chemin, elle s'arrêtaient au tournant pour boire un verre. Maintenant, elles sont devenues folles, elles ont changé de sens et se précipitent toutes vers les grandes villes, à vive allure, et pas le temps de s'arrêter. Et souvent même on s'y tue avant d'arriver.


Évidemment, vous pouvez toujours vous constituer un potager très « tendance » au trentième étage de votre tour, avec trois bouquets de radis et des salades qui lorgnent vers le soleil couchant les larmes aux yeux. Mais quelle vie est-ce donc? Il me semble qu'il serait temps d'inventer, à côté de l'écologie, (pas l'écologie politico -politicienne, mais celle qui est en nous tous) un nouveau mal du siècle: le malaise des gens qui ne veulent pas voir la terre pillée, détruite, vendue, abolie, et qui ont encore envie de s'y promener comme – c'est ce que dit une certaine fable de notre religion– un séjour fait pour l'homme et qu'on puisse encore se transmettre à peu près intact. Et en attendant, je prends mon livre de « L'homme qui plantait des arbres », ou bien « Que ma joie demeure », ou bien « Regain », j'en parle le plus souvent possible (comme ici) et j'y écoute le remous des arbres; et je me dis que certains écrivains ont mis dans leurs livres la fable magnifique d'une vie sur la terre, aussi belle et aussi vivante qu'est la nature dans Homère: le rêve de la terre et le rêve du ciel accordés, et là haut « les mystérieuses plantes du ciel » qui parlent avec les astres.

 

 

 

 

 

Nota- « L'Homme qui plantait des arbres » est en petite collection blanche de Gallimard pour environ 8 euros, sinon en Folio cadet avec des illustrations, ou en Folio plus Classique, avec un dossier nature, pour environ 5 euros. -elevergois - eric levergeois -

 

 

 

 

 

 

Par elevergois
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Jeudi 15 avril 2010 4 15 /04 /2010 09:15

 

   

    RARE RENCONTRE AVEC LA PEINTURE BRESILIENNE A PARIS



 

Les peintres découvreurs de mondes surnaturels sont les éclaireurs de ce temps, ce sont eux qui donnent d'emblée un sens puissant au monde, et quand leur puissance impose d'emblée une effervescence de couleur d'un lysrisme intense, notre vision de la terre peut reprendre et repuiser aux sources des timbres, des formes – au bénéfice d'un surgissement total, un ouragan de jouvence traversée d'éclairs sous l'apparence de la partition, du solfège imposé qui est le sceau de leur école. L'extraordinaire rétrospective que nous offre, dans les salles d'expositions de l'Unesco à Paris, en une petite cinquantaine de toiles, l'itinéraire d'Antonio Bandeira – peintre Brésilien originaire de  Fortaleza disparu en 1967 – partage avec la sérénité, la beauté, l'émotion des choses de la vie, ce mystère d'offrande décidée et nette qui alerte et réveille en nous un goût  pour se replacer au coeur d'une connaissance, d'un envol visonnaire où règne un vrai artiste.



L'époque où peignit Antonio Bandeira à Paris, a pour nom, pour enseigne lumineuse, l' «Abstraction Lyrique » des années Cinquante-Soixante. Mais le peintre dont chaque toile est comme un violent dialogue avec les sujets traités, comme le résultat d'un feu de l'imagination (on reste stupéfait par l'ardente transfiguration tonale de ses bleus ou ses rouges), bouleverse le genre : il y a dans cette exposition un arbre bleu célébrant le printemps où l'artiste a cédé à l'ivresse d'une pluie de pétales blancs, que le regard traverse avec une joie rare, la découverte méditée et traversée d'un ton de bleu, d'outre-bleu qui s'abstrait dans son essence tandis que ces pétales dansent et dansent comme un jet diamenté d'ailes de papillons, tout occupés à exercer leur recherche. Leur apparente et délicieuse errance qui agit sans cesse, relève la mesure puissante d'un art de conquête. Et c'est ce qui nous subjuge dans l'oeuvre de cet artiste d'une finesse d'approche longuement pensée, l'approche d'un irréel abstrait (morcelé, découpé, réduit à un langage intime cloisonné mais intense) qui donne au réel une réalité qui ne lui est pas contraire mais se veut une école de vie.


La commissaire de l'exposition, Vera Novis, auteur d'une monographie sul l'artiste (1) qui nous présente l'artiste parisien-brésilien avec une documentation finement détaillée et sans faille, retrace le parcours de ce contemporain des Wols (qui fut l'ami et l'inspirateur fraternel du peintre), Hartung et autres Atlan, artiste déjà reconnu dans les années 1950 pour ses « échafaudages de rêve » (Pierre Descargues), présence agissante au sein de l'Ecole de Paris et aussi sous d'autres cieux qui sont sa terre de soleil, car il avait exposé à la Première Biennale de Sao Paulo, puis à Rio ou à Fortaleza, dans un échange de ressourcement entre l'inspiration qui lui vient du Brésil, et celle qu'il mûrit et cultive à Paris.


Bandeira, prophète d'un surgissement « brésilien » qui universalise son espace, bouleverse et décloisonne les codes de l'école abstraite, trop obéissante à son code géométrique. C'est un conquérant d'univers, et s'il expose à côté d'Alechinsky, Arpr, Bruyen, Ernst, Fautrier, il ouvre une scène d'une sorte de peinture du monde car le coeur de son approche puise à une énergie qui se nourrit formellement de sa force sans cesse en mouvement. Traversière, elle possède le don d'approche qui donne des toiles pleines, démesurées d'intensité sous le langage travaillé de l'espace -- ses oeuvres aèrent et débordent les principes contraignants de l'école, s'expriment et surtout excèdent l'espace imparti juqu'à l'intense et cosmique alliage de techniques mixtes et aérées qui aboutisent à une oeuvre comme A Grande Cidade – la Grande Ville, les Arbres, La Grande Ville II, vers le tournant des années Cinquante-Soixante. A partir de là, un nouveau lyrisme maîtrisé atteint à des toiles qui paraissent des révélations pures de paysages urbains célestes. Naissent alors de grands éclatements mêlant et dépassant les techniques du temps, (La Ville illuminée en bleu (1962), la Ville Bleue (1958), puis un fabuleux ensemble rythmique intitulé  « Sans titre » lui aussi plein de fonds bleus, percés de madrépodes, comètes en vol, striures griffées de coraux argentés, qu'on imagine saisi au travers d'un téléscope chargé que conquérir des mondes, la toile tirant de la vie ce qui irrigue l'art et s'y replonge avec une instensité surnaturelle – et dès lors, un grand et incontestable succès accompagnera désormais l'artiste internationalement, l'un des dix plus grands peintres brésiliens de tous les temps


Grâce aux efforts des collectionneurs privés, aux autorités de l'Unesco, à l'Ambassade du Brésil, et à l'impulsion donnée par J-P Persin, l'animateur historique du salon « grands et jeunes », l'exposition nous convie à un bain de création sans cesse renouvelée qu'il serait maladroit pour tout amoureux de la peinture de rater comme on rate un concert essentiel où a lieu une révélation. Il faut venir rencontrer le lyrisme d'Antonio Bandeira, un des rares peintres hantés par des mondes formels innombrables, dont la déclinaison contient deux conditions esentielles à la peinture: explorer un monde original puissant, le dépasser pour offrir un message de grande ampleur pour le futur.

 

 

ERIC LEVERGEOIS - (elevergois)

 

http://abonnes.lemonde.fr/opinions/chronique/2010/04/06/giono-notre-homere_1328704_3232.html -(jean giono)

  

 

Du 30 mars au 29 avril dans les salles Juan Miro de l'Unesco à paris – rue de Fontenoy, paris 75007 – 01 45 68 05 16 – entrée libre. (1) Antonio Bandeira – um raro. Salamandra Rio de Janeiro – 1996 – (NB - il existe aussi à présent de nombreuses références sur la Toile d'Araignée Mondiale) - (les fôtes seront corrrigées plus tard...)   

 

LIENS:

 

http://www.artistikrezo.com/actualites/Art/antonio-bandeira-maison-de-lunesco.html


http://opovo.uol.com.br/opovo/vidaearte/965264.html



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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /2010 11:23

 

On peut être ce voyageur immobile qui reste sur le rivage, accoudé sur le môle baigné de lumière comme un paysage  de Claude Lorrain, face à ces petites Ithaques dansant dans le creux de la petite baie, parce qu'ici se retrouvent des points cardinaux paradisiaques, des lieux de solitude martelés par l'ardeur de la lumière où le soleil tire du cœur des choses un indomptable élan. Ivre d'une ivresse d'air frais, de peau  longtemps sensible à l'eau  qui y laisse  l'impression de journées longues comme un siècle, tout en attendant que survienne, descendu des collines,  la poussière d'un air chargé de parfums d'eau, de soir, de lauriers épanouis,et de l'ivresse d'avoir été! La courte vague battant la  jetée n' est-elle pas comme le dernier message que nous enverra la vie et ne lancerons-nous pas notre dernier souffle, plus tard, semblable à ce courant qui lie la jeunesse et l'âge? Il est curieux que la matière fluide et claire de cette eau de jour opposée à l'eau de nuit ne m'inspire aucun attrait morbide, mais rien qu'une joie où renaître à partir de l'enfance et indéfiniment. Sans doute est-elle poétique, prophétique, hantée de promesses miraculeuses qui étendent la vie des jours bien plus loin qu'une conscience sans ivresse ni fièvre ne pourrait le faire. Dans le livre des heures, il y a de curieux signets et de curieuses prières, et des lambeaux de fresques et des chapelles perdues, et des sentiers de ronces et de mûres, et l'espérance sans limite que la vie ne sut pas entendre, et comme les bois flottés qui errent ici sur l'eau après les orages, il y a des désespoirs devenus trophées des heures d'attente et que rapporte l'eau verte dans son baiser contre le sable. Et puis ce fut aussi l'album où ranger mon Italie miniature, car la grande plaine commençait loin au sud, beaucoup plus au sud, et souvent je la regardais de la hauteur du pays des pierres et des ruisseaux se muant en torrent, comme la géographie du bonheur – d'ailleurs refusant d'emblée qu'il puisse y avoir par ici de quoi bâtir une histoire de héros éperdument amoureux, combatifs,  décidés et vainqueurs, car je n'étais pas dans l'Italie de la douceur des fresques, dans l'Italie miraculeuse des couleurs de Toscane et d'Ombrie, mais dans toutes les pensées préparatoires qui consument la volonté de partir au loin – à vrai dire aucun océan n'eût calmé mon désir de voyage. Les lacs contiennent peut-être sous leur eau trop tranquille un désert de sable plein des volontés mortes, qui sont comme les couches préparatoires d'une surface peinte où l'on ne voit plus la chaux blanche – qui pourtant y est bien présente. L'eau des aurores est un tableau de mille nuances sans cesse décomposées comme une oeuvre en devenir: celle qui devient en nous; l'eau dormante de midi que la brise du sud vient colorer de ce ton d'outremer, d'ombre de sauge traçant cette ligne sombre de baie de l'Estaque inattendue mais maçonnée comme un Cézanne qui ne possède qu'un semblant de voile et qui est tout aussi rocheuse que l'anse de montagnes qui la surveille; l'eau des soirs préparant la nuit qui est comme l'abandon au langage amoureux des sirènes, mais mêlé à celui des bois, des divinités sylvestres libres, cette eau d'où montent des reflets apaisés de nacre et de perle bercés par l'imagination qui les allie au fronton des villas « seigneuriales » où peut-être ont vécu princes et princesses d'orient – ce qui fait que nous la réciterons comme les mille et une nuits « aussi longtemps que nous trouverons des mots pour parler ». Alors, peut-être, l'eau des lacs est comme le recueil des poésies sans bruit dont le réveil un jour nous rapportera des mondes.

 

 

 

elevergois -- texte publié plus ou moins sous cette forme en italien , et mis ici avec quelques retouches pour retrouver la transparence -- un je-ne-sais-quoi fauréen peut-être-- à noter qu'il y a dans la Chartreuse une traversée en barque faite de nuit par Fabrice et que "le bruit de la petite lame" qui vient se rompre sur le sable  y est évoqué de façon sublime -- (eric levergeois)

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Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /2010 13:09

 

par eric levergeois, presse, alliance française de paris, etc

12.03.10


Je vais vous faire à tous une confession qui n'a rien à voir avec les sempiternelles plaies de notre temps, mais qui me tient à coeur : en décembre, en modifiant les paramètres de mon navigateur (Linux) pour aller écouter des radios et des chansons brésiliennes, je suis tombé par hasard sur un miracle. Il était d'ailleurs temps, puisque l'année de la France et du Brésil réunis allait s'achever. J'écoute donc une radio qui s'appelle Jovem Pan, et je vois en bandeau au-dessus de la page: O blog do poeta. Et je me dis que ça doit être un peu comme chez nous, un pseudo lyrique qui épate la galerie, eh bien non ! Oh, que non! Je suis tombé sur cette chose si rare sur cette terre et qui se passe dans la grande cité de Sao Paolo d'où viennent un bon nombre de mes étudiants: là-bas, un grand poète, un vrai poète, un homme qui s'était rendu célèbre en lisant sa poésie avec de grands hauts parleurs, sur le Viaduc de Chà, pendant la sombre période de la dictature, un vrai poète parlait chaque jour à ses lecteurs. Incroyable, invraisemblable, et puis après m'être frotté les yeux et les méninges une bonne dizaine de fois, il a fallu que je cède à cette évidence: c'était vrai, et magnifique.


Vous allez me dire, comme V. Jankelevitch dans la célèbre émission  de Pivot qui fit vendre tant de livres au philosophe musicien, avec un petit haussement d'épaules : bof, la poésie? Mais à quoi ça sert ! Ca ne sert à rien, c'est fait pour les paresseux ou les ménagères qui songent aux amourettes passées, en fermant leur bouquin le soir, avant de couper la lumière près d'un époux ennuyeux. Et bien non, la poésie d'un vrai poète, c'est autre chose. C'est une parole qui vient d'une telle profondeur qu'on la reconnaît à tous les coups parce qu'elle est vraie, parce qu'elle avance pour dévisager la tristesse, le destin, la misère, avec cette impression - car les poètes créent leurs lecteurs - que vous vous jetez à l'eau dans un courant de mots qui vous bouleverse. Et puis les poètes, les vrais, sont des miroirs du temps qu'il fait au coeur du monde, et par exemple s'il s'agit de période de guerre et qu'on prenne l'exemple d'Aragon ou d'Eluard, ou de Char, vous allez vous rappeller que ces poètes-là, comme leurs frères en poésie, ne sont pas les derniers à avoir du courage quand il le faut. Villon finit on ne sait trop comment. Un certain Pierre Petit fut brûlé pour des poèmes licencieux ou jugés tels; Théophile de Viau ne se remit jamais de son séjour dans les prisons de l'époque Louis XIII, pour ne pas parler des poètes et poétesses russes - Pasternak, Mandelstam, Akhmatova qui dut apprendre et transmettre en le faisant apprendre à des gens qui le faisaient apprendre à leur tour son sublime "Requiem" , et Marina Tsvetaeva qui retourna en je ne sais quelle lande tartare où elle périt comme on sait - qui sont une gloire immense, un message de beauté, de lumière, de résistance: tout ce dont l'homme a  un besoin fondamental!


Alvaro Alves de Faria est né en 1943, et notre BNF nationale possède un certain nombre de ses oeuvres, car il n'a pas échappé à certains que c'est un grand artiste. Comme la première thèse en portugais paraissait sur lui au Portugal, comme on le fêtait, récemment je lui ai envoyé un humble article de louanges, qu'il a placé avec une belle Tour Eiffel sur son blog et il m'a traduit mon article de sa main, ce dont je le remercie vraiment du fond du coeur (le Monde est cité dans cet article, idem pour d'autres blogs où je me suis permis, comme critique et professeur à L'Alliance Française, de signaler l'événement aux sites électroniques et revues qui ont réagi comme il se doit). Reste qu'il y a sous cette présentation d'un poète parlant chaque jour à ses lecteurs, une petite question, ou plutôt une requête.


J'aimerais bien qu'on ait en France, en Italie, sur la lune, partout où on se branche et où on se connecte, un poète français de notre temps qui parle à des gens qui le suivent et qui l'aiment, et qui le regardent comme un descendant des plus grands. J'aimerais bien que quand on parle de littérature, on le fasse avec passion, avec rage, avec l'envie d'en découdre, et pas toujours pour d'obscures nuances du positionnement politique de tel ou tel. Et puis je voudrais dire à tous: ne vous laissez pas dire que la poésie est un machin vermoulu fait pour les écoles, non, la poésie est le fait d'un vrai poète qui se bat pour elle et pour faire la lumière, pour le combat, l'hallucination, l'émerveillement dont il faut connaître au moins une petite part si au bout du compte avoir vécu signifie quelque chose. Une année, il y a longtemps, j'avais écrit sans trop savoir ce qui allait m'attendre, un article qui avait ce titre: "Pitié pour les poètes" sans grand espoir. C'était dans un magazine du genre Cosmo ou Marie-Claire, un peu en haut de la page de gauche en la retournant, donc très mal placé, et bien au contraire de ce que nous pensions tous, j'ai eu une cinquantaine de lettres de personnes qui y avaient pensé sérieusement,  et qui s'en voulaient de n'avoir pas gardé dans leur vie le poète de leurs vingt ans, et des tas d'autres confessions étranges, gênées, sincères, pleines de regrets et même de remords. Bizarre, non?


Comme il va falloir s'occuper très sérieusement de la voix de ce poète lointain et proche à la fois (qui a écrit un très, très beau livre sur les poétesses de son pays, disponible sur Google.books, ça s'appelle Palavra de Mulher et c'est très émouvant et sensible) - et comme les numéros d'opus de cet écrivain sont assez nombreux, j'en profite pour lancer un clin d'oeil aux traducteurs du portugais, comme ça en passant. Et je continue à aller voir ce que le poète - et plus généralement le Brésil de la poésie, ont a dire de beau avec de belles paroles de poésie, sur le blog du poète. Et à me documenter sérieusement. Et oui, voyez-vous ça, un blog de poète, quelle merveille, quelle étonnante et extraordinaire merveille! (et naturellement j'apprends le portugais, ce qui avec un peu d'italien et d'espagnol au départ n'est franchement pas insurmontable) . Bonne poésie à tous, donc, et un grand salut aux poètes et poétesses de ce  grand pays qu'est le Brésil qui est lié à nous par une longue tradition intellectuelle,  et  que marquent des échanges lyriques, passionnés, et pleins d'enthousiasme!

 

pour connaître la vie et les oeuvres de ce grand écrivain ici:

www.alavaroalvesdefaria.com

 

 

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Vendredi 26 mars 2010 5 26 /03 /2010 02:09
Etre apprécié en Grande-Bretagne, avoir des textes sur le site de la British Library (surprise!) me console et me réjouit de l'indifférence marquée des prétendus amis, des auteurs à l'avancement, etc. du concours de compositions françaises que je viens de voir exposé sans la moindre honte au salon du livre. Normal. Une génération qui n'a lu aucun classique arrive, fière comme toute jeune génération doit l'être -- on n'est pas loin de l'infarctus muet de toute une frange cultivée du pays qui s'accroche à sa place, pendant que le moulin à cervelles de la télévision tue ce que l'ordinateur n'a pas achevé. Cependant, derrière une paroi de notre appartement, une jeune maman chante des chansons qui sont les mêmes que les chansons traditionnelles françaises que les mamans chics du Connecticut francophiles font apprendre à leurs enfants, et les mêmes que celles que nous apprenions étant enfants. (à suivre) le texte sur Liszt est bien mieux, voir plus bas. elevergois.




















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