Comme pour anticiper sur le début de la FOLLE JOURNEE de Nantes toute consacrée à la musique russe dans une semaine (01/02/ au 05/02/), dimanche dernier nous voilà surpris dès le réveil par un extraordinaire exploit musical diffusé par france-musqiue: cinq sonates de Prokofiev sur un «premier CD" (nom de l’émission) où s’illustre la jeunesse et la force d’Alexandra Silocea. On dit que le monde passe? non, il renaît toujours, et les jeunes pousses des pianistes ont l’éclat absolu d’un rayon sur une lame. Voici les accents vifs, les pulsions, les élans de la seconde sonate de Prokofiev, et aussi ses lents dégradés pleins d’ombre, nous interrogeant toujours sur cette écriture vive et jaillissante qui doit ici composer avec l’espèce de chemin de prières que propose le troisième mouvement. Brillamment renaissent ces lentes brumes sur la campagne, rapportant à l’esprit un monde de rêve, de voiles lointaines, d’aubes de craie, de tableaux aux couleurs primordiales où la création s’est recueillie.
Et puis nous avons vu -- dites, «étonnants voyageurs, qu’avez-vous vu?» dit le poète -- le tourbillon du pays de cocagne du quatrième mouvement du même morceau, qui tout en renouant avec le thème initial, s’en joue en mêlant la même grande force, la sonorité de cymbale de certaines notes frappées, et puis la course heureuse d’un vent dans la campagne; -- quelque chose qui fait toujours penser aux quatre fées des pièces pour piano de Cendrillon, (surtout la fée Eté et son mouvement de berceuse ) la réunion et la danse des thèmes exigeant cette élégante vitalité visionnaire. La pensée créatrice de Prokofiev danse, et Prokofiev rêve, médite, réveille le monde dans un ballet de notes qui le renouvelle sans cesse. Elle exige de ses interprètes profondeur, rêve et joie visionnaire.
Alexandra Silocea, qui vient de sortir ce disque entier consacré au pièces de Pokofiev -- incarne cette impatience, ces tours et détours de l’imagination procédant par bonds et confidences en lignes apparemment brisées, mais qui gravent au coeur un désir de liberté constant, allant tour à tour glaner sur des tonalités hautes et comme ludiques, puis sur des mélancolies appuyées, avant que ne passe et repasse cet élan d’hirondelle, cette inspiration de souffles composites et presque juxtaposés comme un collage de rythmes. Alors, Prokofiev est comme une fontaine d’inspiration, une source de formes qui s’unissent et se reproduisent selon une magie où glissent subtilement inventions mélodiques et cadences qui éclatent.
Dans la troisième sonate, diffusée le même matin, un long morceau d’un seul élan orageux où la virtuosité de lutin shakespearien du compositeur se donne libre cours, l’artiste-interprète s’identifie et s’incorpore pleinement à cette musique, avec une fougue, une force digne d’arpenter tous ces territoires joyeux et inspirés, puis caracole, s’entête, bondit et restitue cette merveilleuse leçon de vie qu’est l’oeuvre du grand Serguei. Le disque d’Alexandra Silocea réussit ce prodige. Instrumentiste qui a reçu moult «Victoires» de la musique classique en maint pays, originaire de Roumanie, déjà en vedette au Musikverrein de Vienne et à Carnegie Hall (sa bio figure sur : www.alexandra-silocea.com) elle surgit ainsi avec ce premier disque (chez AVIE), inspiré, disponible sur fnac et amazon et, c’est à souligner, voici un vrai Prokofiev par une artiste contemporaine. -- N’oublions pas pour autant que c’est bientôt la Folle Journée (d’âme russe) à Nantes, et rejouissons-nous du torrent d’émotions musicales de la fête promise.
(extraits du disque d’A.Silocea) http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/jeunes-talents/emission.php?e_id=80000063 Le disque est disponible sur amazon et fnac, mais aussi en téléchargement pour les plus impatients d’écouter l’incroyable troisième sonate -- oeuvre qui mériterait tout un livre à elle toute seule.
Avec toutes nos pensées toujours très musicales qui courent vers les lacs italiens et nous font rêver au soleil -- elevergeois-